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Le Prince, la lune et les fornicateurs de Florent Kieffer

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On a plus ou moins de plaisir à découvrir et à faire découvrir un livre. Concernant ce petit ouvrage, on a très envie de le faire lire à tout le monde. Non qu’il s’agisse d’un chef d’œuvre : je parlerai plutôt de friandise.

Le Prince, la lune et les fornicateurs n’est pas vraiment un roman, mais plutôt un conte moderne. Il était une fois, dans un temps lointain, un royaume où tout le temps libre est utilisé pour se laisser aller à la fornication, au grand désespoir de l’Intendant qui décide de trouver tous les moyens possibles de lutter contre cette activité improductive en combattant l’existence même de l’érection. Avec pareil sujet, il eut été aisé de sombrer dans la vulgarité, dans l’érotisme à deux sous ou dans les lieux communs insupportables : Florent Kieffer évite pourtant tous ces écueils pour nous offrir au contraire un récit plein de finesse et d’humour.

Évidemment, ça n’est pas un conte pour enfants : destinés à celles et ceux qui ont au moins une vague idée de ce qu’est le désir sexuel, l’histoire n’aurait aucun intérêt pour des petits. Mais de par sa forme, et malgré le sujet traité, il s’adresse tout de même à la part d’enfant qui sommeille dans chaque adulte. C’est frais et réjouissant. C’est très facile à lire, si bien qu’il est accessible même aux lecteurs débutants, sans ennuyer les lecteurs confirmés : une vraie gageure pour un auteur !

Comme beaucoup de contes, il délivre une sorte de morale, mais une morale qui explose les cadres rigides que l’humanité n’a eu de cesse de dresser autour des questions de sexualité. On ne regrettera que le rôle secondaire réservé aux femmes dans ce récit, néanmoins, on rit assez pour pardonner.

Vous êtes encore là ? Mais enfin ? Vous devriez déjà être en train de découvrir les premières pages !


The Fly (1958)

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Il faut toujours préférer l’original à la copie, mais encore faut-il savoir qu’il y a eu un original. Pour ma part, j’ignorais jusqu’à hier que le film « La Mouche » en avait un, sorti en 1958.
Je n’avais pas du tout aimé le film de 1986. Je n’aime pas les films qui essaient de me faire peur avec des trucs gluants, justement parce qu’ils n’arrivent pas à me faire peur. J’ai plutôt tendance à trouver ça pathétique.

Il n’y a rien de gluant dans le film de 1958. C’est qu’à cette époque, on était sacrément limité du côté des effets spéciaux, alors plutôt que de faire de la forme, on était bien obligé de proposer du fond quand on voulait faire dans le fantastique.

Évidemment, en 1958, les mœurs étaient différentes, si bien que le rôle féminin manque quelque peu de crédibilité. Cela dit, en 2016, c’est encore très courant, au cinéma. Ce détail mis à part, le récit est foutrement bien construit, mais surtout, il y a la dernière image, terrible malgré les effets spéciaux dépassés. En fait, on m’a dit qu’ils étaient dépassés, mais cette dernière image est si terrorisante, si bien amenée, que je ne m’en étais même pas aperçu. Non, ça m’a plutôt coupé la voix et scotchée au canapé. Si tout le film est sobre, les cinq dernières minutes ont réussi là où la version plus récente a échoué : elles m’ont épouvantée.

Si vous non plus vous n’avez jamais vu cet original, je vous le recommande chaudement, mais je ne vous conseillerai pas de le regarder avec vos enfants.


Trepalium, une série si française

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Pour une fois que des moyens ont été mis dans une série française, ça s’annonçait bien. Pour la forme, déjà : des décors qui tiennent la route et une vraie recherche esthétique, ça fait plaisir. Et puis le fond s’annonçait bien : une réflexion sur la place du travail, il était plus que temps que quelqu’un se penche sur la question.

Hélas ! Toute la réflexion repose sur une seule phrase prononcée dans le premier épisode – sur six – et … c’est tout. Car passée cette petite phrase, on se retrouve face à un scénario on ne peut plus classique, avec ses aventures, ses poursuites, ses histoires de conflits de générations et d’amour et rien d’autres.

Le projet était ambitieux, et plouf ! Nous voilà face à une série toute en forme et sans profondeur. Quel est l’intérêt de construire tout un univers pour au final le reléguer au second plan ? On ne sait pas.

On arrive à la fin – poussive – avec un sentiment d’immense gâchis.


La Mort Blanche de Frank Herbert

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Frank Herbert est agaçant. Si, vraiment. Il est agaçant parce qu’il ne se contente pas d’être visionnaire, encore faut-il qu’il le soit avec style.

La Mort Blanche est un roman d’anticipation évidemment scientifique, à mi-chemin entre le polar et la philosophie. On pourrait le résumer en expliquant qu’un biologiste devient fou après la mort de sa femme et de ses enfants victimes d’un attentat et fabrique un virus qui ne tue que les femmes, mais ça ne suffit absolument pas, car cette histoire n’est qu’un support à moult réflexions politico-religieuses et éthiques.

Frank Herbert vient ici nous interroger sur le développement des sciences en général et de la génétique en particulier : n’y a-t-il pas un danger énorme dans un monde où un nombre incalculable de gens ont suffisamment de connaissances complexes capables de détruire l’humanité ? En cas de danger imminent pour l’humanité, les politiciens et les religions ne resteraient-ils pas ce qu’ils sont, capables de manipulations épouvantables qui ne feraient que renforcer le danger ? Un fou est-il réellement responsable de ses actes, même si ses actes conduisent à la destruction de l’humanité ?
Le plus inquiétant, c’est que toutes ces questions qu’il soulevait en 1982, à une époque où la recherche génétique n’était pas aussi avancée qu’aujourd’hui n’ont jamais été autant d’actualité : non seulement le terrorisme est partout, mais en plus les techniques génétiques qu’il imaginait à l’époque existent désormais.

Et ça rend la lecture de La Mort Blanche absolument indispensable.


2084 de Boualem Sansal

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Arrêtez immédiatement ce que vous êtes en train de faire, il y a peu de chance que ça soit aussi prenant que la lecture de 2084.

Boualem Sansal, qui a maintes fois écrit sur les dangers de l’islam politique, condense ici les fruits de sa réflexion en un roman post-apocalyptique dans lequel les intégristes de l’Islam ont gagné. Ils ont gagné et se sont inspirés de l’Angsoc et de la novlangue d’Orwell pour créer leur fonctionnement politique et leur langue, car 2084 n’a rien du plagiat : il est construit dans la lignée de 1984.

La soumission de tout un peuple, immense, est forcément au cœur du propos. La barbarie n’a pas plus de limite que la culture de la délation et de l’ignorance. Aucune femme n’est évidemment visible dans l’espace public. La misère est immense, mais chacun s’y soumet volontiers en récitant quelques versets du nouveau livre sacré. La guerre est permanente, même si personne ne sait qui est l’ennemi, qui par ailleurs n’est pas censé exister puisque la religion nouvelle a soumis le reste du monde. Les dictatures composent fort bien avec leurs paradoxes.

Avec cette description de ce futur qui n’est pas à souhaiter, Boualem Sansal parle évidemment à ses contemporains. Il pointe le danger qu’il y a à sous-estimer la puissance destructrice des intégristes, mais aussi celui de ne pas se pencher au chevet d’une religion contemporaine bien réelle et bien malade.

Outre son contenu passionnant, 2084 est un roman terriblement bien écrit. Si j’accorde peu d’importance aux prix littéraires, force est de constater que celui délivré par l’Académie Française est au moins une garantie de belle langue.

Enfin, Boualem Sansal a fini de me convaincre, si besoin était, que la littérature politique, sociale, la littérature de combat en quelque sorte, se trouve de l’autre côté de la Méditerranée. La France se contente facilement de romans qui sont à la littérature ce que les téléfilms romantiques sont au cinéma, ou, pire, de cette littérature réactionnaire qui fait les choux gras de la presse. De Boualem Sansal à Kamel Daoud en passant par Rachid Boudjera, la littérature algérienne n’hésite pas à secouer les lecteurs, les idées reçues et le prêt-à-penser. Et pour ma part : j’en redemande à l’infini.


Interstellar de Christopher Nolan

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Je m’attendais au pire. Je n’avais lu ni le synopsis ni les critiques, mais tous les éléments étaient réunis pour un insupportable film d’action, avec débauche d’effets spéciaux explosifs sans autre objectif que d’en mettre plein la vue, scénario vide de sens et pour couronner le tout, les insupportables violons de Hans Zimmer.

Rien de tout ça.

Christopher Nolan a fait le choix de ne pas prendre les spectateurs pour des crétins. Il s’amuse ici avec des concepts physiques compliqués. Les amateurs de physique quantique apprécieront le clin d’œil à la théorie des cordes, et même si en réalité on ne comprend pas grand chose à la dite théorie, on apprécie ce cinéma qui sait se saisir de la science. Ceux qui n’en ont jamais entendu parler ne seront pas gênés pour autant, mais je ne doute pas qu’ils auront la sensation, eux-aussi (et à juste titre), de ne pas être pris pour des nigauds. Les puristes tiqueront que l’approche d’un trou noir ne transforme pas tout le monde en steak haché de l’épaisseur d’une crêpe, mais soit, on pardonne. Nous avons donc là un film dont l’essentiel de l’action consiste à manier des concepts. Pas un rayon laser, pas un coup de feu, pas une course poursuite en vaisseaux spatiaux. Ouf !

Nolan a même eu cette intelligence de nous épargner les robots humanoïdes, optant pour des machines plus graphiques, plus originales. Et summum du plaisir : il a confisqué les violons de Hans Zimmer, qui, pour une fois, nous sert ici un support musical sobre, presque minimaliste, et parfaitement adapté au rythme tranquille du film.

Matthew McConaughey est irréprochable, l’ensemble est propre, bien maîtrisé, et prouve qu’on peut encore produire de la science-fiction qui ne se contente pas d’être de la fiction. Et au-delà, les préoccupations écologiques d’Hollywood feront taire les mauvaises langues qui pensent que le cinéma américain n’est plus capable d’intégrer une vision politique critique du monde.

Je m’attendais au pire, et j’ai sans doute eu raison : rien ne vaut le plaisir d’une bonne surprise.


La Fin du Monde de Camille Flammarion

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Je vous ai déjà parlé il y a peu de temps de Camille Flammarion, et de fait il est bon de connaître un peu son parcours personnel pour apprécier pleinement La Fin du Monde, l’un éclairant l’autre et inversement. Ce livre n’est pas exactement un roman. Du moins a-t-il peu d’intérêt en tant que tel, et pourtant, c’est une œuvre à découvrir.

S’il y a bien un vague schéma narratif, il n’est qu’un prétexte pour l’auteur qui souhaite surtout transmettre aux lecteurs de son époque autant de savoirs que possible en matière d’astronomie, de géologie et de climatologie. Mais Camille Flammarion n’était pas seulement un scientifique versé dans la vulgarisation, c’était aussi un penseur quelque peu idéaliste. Aussi se saisit-il ici de maints prétextes pour nous exposer ce qu’il espère être l’avenir. Et tout l’intérêt pour nous, lecteurs du XXIe siècle, se situe entre ces lignes-là. La science-fiction en dit souvent long sur l’époque à laquelle elle a été produite, et La Fin du Monde apparaît dès lors comme un document historique, un point de repère tant dans l’avancée des sciences que dans les aspirations sociétales.

Avec cette œuvre, on mesure le grand bond en avant des sciences en un peu plus d’un siècle : si les planètes sont encore à la même place, on sait maintenant exactement de quoi elles sont composées. On sait aussi que Mars n’est définitivement pas habitée, ni habitable, et on le sait d’autant mieux qu’on y a envoyé un robot : Flammarion n’a pas envisagé un instant qu’un jour les Humains iraient dans l’espace. La Fin du Monde est une fin géologique, celle qui ne manquera pas d’arriver d’ici quelques millions d’années, et pendant tout ce temps, si l’Humanité vue par Flammarion a vaincu la nature, jamais elle n’a songé à s’envoler pour d’autres cieux. Autres temps autres mœurs : la disparition des animaux sauvages et des forêts y sont présentées comme une immense victoire. Flammarion est du temps de la Révolution Industrielle : il n’y a guère de question éthique à se poser quant au progrès technique.

On retrouve au fil des pages un sujet auquel Camille Flammarion tenait beaucoup : l’égalité des droits pour les femme. Ses scientifiques du futur sont des deux sexes, les meilleurs sont des meilleures. Il y a maints ouvrages contemporains de science-fiction qui se soucient moins de présenter des personnages féminins d’importance. Un demi-siècle avant que ça ne soit effectif, il leur octroie le droit de vote. Par petite touche et à sa façon, il a instillé cette idée au même titre qu’il a œuvré pour la vulgarisation des sciences. Il est aussi à noter qu’il y fait d’un simple ouvrier un découvreur d’importance.

La Fin du Monde est un livre truffé de redondances, si bien que certains chapitres sont un peu pénibles à lire. Néanmoins, c’est une œuvre à découvrir pour maintes raisons qui ne sont pas forcément en lien direct avec la littérature. Je serais tentée de développer ici les différents thèmes abordés dans cet ouvrage, mais je m’en voudrais de vous gâcher le plaisir de la découverte.


Camille Flammarion, un esprit brillant.

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Camille Flammarion est le frère d’Ernest, le fondateur de la célèbre maison d’édition. L’écriture ne lui était pas plus étrangère qu’à son frère, néanmoins Camille s’est illustré dans un tout autre domaine : l’astronomie. Et son parcours est singulier.

Ses parents étaient de petits commerçants, vendeurs de mercerie, dans une petite ville de Haute-Marne, Montigny-le-Roi. Rien ne le prédestinait a priori à devenir un grand homme célèbre dans tout le pays. Son éducation est d’abord confiée à un curé de village. Alors qu’il n’a que cinq ans, il observe une éclipse annulaire, et ainsi naît sa passion pour l’astronomie. En 1853, alors que Camille n’a que onze ans, Montigny-le-Roi est ravagé par le choléra et sa famille part chercher fortune à Paris, confiant l’enfant, destiné à la prêtrise, au séminaire de Langres. Trois ans plus tard, il rejoint sa famille dans la capitale et commence à travailler comme graveur ciseleur. Il apprend ainsi à dessiner. Son père travaille alors dans un studio de photographie et il l’initie à cet art naissant. Tout en travaillant, le jeune Camille suit des cours du soir pour préparer le baccalauréat. À cette époque, on ne parle pas de « 80 % d’une génération au bac » : ce diplôme est rare et prestigieux. Il l’obtient en 1858.

Surchargé de travail, il tombe malade. Son médecin, percevant sa passion pour l’astronomie, use de son réseau et lui trouve un emploi à l’Observatoire Impérial de Paris. Camille est alors attaché au bureau des calculs, où il assiste, après ses heures de travail, le professeur Jean Chacornac aux observations nocturnes. En 1862, Camille Flammarion fait paraître un ouvrage intitulé La Pluralité des Mondes habités : ayant eu l’outrecuidance de se demander si les terriens étaient les seuls habitants du vaste univers, il est congédié par le directeur de l’Observatoire. Mais Camille Flammarion est doué, et le directeur du bureau des calculs le ré-embauche immédiatement pour calculer les éphémérides annuels de la lune. Il commence alors sa grande œuvre de vulgarisation de l’astronomie en écrivant dans la revue Le Cosmos et avant de devenir le rédacteur scientifique du journal Le Siècle. Toute sa vie, il travaillera à cette vulgarisation scientifique, ce qui lui vaudra plus tard d’être décoré de la Légion d’Honneur – à une époque où elle avait un sens.

Dès 1868, il entreprend de nombreux voyages en ballon afin d’étudier, entre autres, l’hygrométrie et les courants aériens. En 1874, il épouse Sylvie Petiaux-Hugo, lointaine parente de Victor, intellectuelle féministe et pacifiste. Pour son voyage de noces, le couple effectue un voyage en ballon. Il entreprend des voyages en aérostat, étudie les changements de saison sur les parties sombres de Mars, l’électricité atmosphérique, développe l’astrophotographie, fait construire une coupole astronomique où il crée une riche bibliothèque scientifique : Camille Flammarion cherche et trouve sans cesse.

Mais il ne perd toujours pas de vue la mission de vulgarisation qu’il s’est attribué. L’Assommoir de Émile Zola, édité par son frère Ernest Flammarion, est un succès. Grâce aux bénéfices, les deux frères peuvent diffuser L’Astronomie Populaire, qui sera tirée à 130 000 exemplaires.

Il publie La Planète Mars et ses conditions d’habitabilité : Camille Flammarion, ayant observé les « canaux » de la planète rouge, est persuadé qu’elle est habitée par « une race supérieure à la nôtre ». Presque un blasphème.

En 1919, peu de temps après le décès de sa première compagne, il épouse son assistante, Gabrielle Renaudot, elle aussi bachelière – ce qui est très rare pour une femme à l’époque – , astronome reconnue, découvreuse de la grande tache rouge de Jupiter et de nombreuses planètes et comètes.

Il meurt en 1925, sans jamais avoir cessé de plonger son regard dans les étoiles.

C’est Camille Flammarion qui a baptisé Triton, lune de Neptune et Amalthée, lune de Jupiter. Un cratère lunaire porte son nom.

Camille Flammarion fut un esprit brillant. Non content d’écrire des ouvrages scientifiques, il rédigea aussi des ouvrages de science-fiction, et un livre, Stella, où il décrit ce qui est pour lui la femme idéale : une femme instruite et libre, ce que furent ses deux épouses. Parti de rien, sa soif de connaissance le mena aux sommets, mais il n’oublia jamais d’où il venait. Dans son roman La Fin du Monde, il fait découvrir une importante comète à un ouvrier passionné d’astronomie et de nombreuses femmes y sont de célèbres scientifiques. Si cela est normal aujourd’hui, c’est tout à fait avant-gardiste à son époque. Il y pourfend aussi la médiocrité dans laquelle on laisse le peuple et prône une instruction de qualité pour chacun.


Snowpiercer, un film décevant.

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D’une part, j’avais entendu le plus grand bien de ce film, d’autre part, je suis une amatrice du thème post-apocalyptique : les éléments semblaient donc être réunis pour que je passe un bon moment.
Il est vrai que j’ai beaucoup aimé les décors et que le rôle de Tilda Swinton, tout hystérique soit-il, m’a semblé parfaitement tenu. Malheureusement, c’est tout ce que j’ai apprécié de The Snowpiercer.
Pour commencer : virez-moi le script ! Tout le film est truffé d’erreurs inadmissibles et d’improbabilités qui rendent l’ensemble peu crédible. En vrac : quand on est poursuivi dans un train, si long soit-il, on n’a pas le temps de se poser pour manger des sushis ou fumer une clope en taillant une bavette sans être vite rattrapé. Quand on se fait arracher un bras, on hurle, on s’évanouit, on reste à terre agonisant, mais dans tous les cas, on ne se relève pas comme si de rien n’était pour faire un câlin aux copains. Je veux bien admettre qu’un film n’est pas obligé de coller à la réalité, mais un peu de crédibilité n’a jamais tué personne !
Mais cela n’est rien encore comparé à la morale du film (attention, spoiler) : pour mettre un terme à la société de classes, ce qu’il faut c’est une bonne révolution qui détruit tout ce qui permet aux humains de survivre, d’annihiler 99% de l’humanité pour que les rares survivants (ici : deux personnes) puissent retourner à l’état de nature dans une neige immaculée auprès des animaux sauvages. Vous ne m’en voudrez pas de trouver une telle morale proche d’une conception nazie.
Je passe outre la caricature de la société de classes qui aurait pu être intéressante en dehors d’une situation de survie mais dont il ne reste au final qu’une caricature de caricature.
Je suis plutôt bon public, en général, concernant le genre « post-apo ». De Malevil à la Route, je n’avais jusqu’ici été déçue que par des grosses productions (trop) hollywoodiennes. Quel dommage qu’un film aussi international soit si mal mené !


Destination vide de Frank Herbert

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Amateurs de littérature facile d’accès, de science-fiction bourrée d’action et de livres dont on sort indemne : passez votre chemin. Certes Destination vide se passe dans le futur et dans l’espace. Certes, les quatre héros du roman portent des combinaisons spatiales. Mais au fond, la science-fiction s’arrête là et tout le reste aurait sa place sur l’étagère « philosophie » de votre bibliothèque.

Car Frank Herbert interroge ici la notion de conscience. Qu’est-ce qu’une conscience ? Est-ce lié aux sensations, aux perceptions ? Quel est son lien avec la morale ? Est-ce un simple fait chimique ? Et Dieu, dans tout ça ? Si on peut créer une intelligence artificielle, peut-on aussi créer une conscience artificielle ? Mais est-ce souhaitable ?

Dans ce huis-clos où les pensées sont d’une importance égale aux paroles prononcées, l’auteur creuse et creuse encore. Érudit, Frank Herbert nous parle d’informatique, de chimie, de psychologie et de théologie. On est parfois noyé dans toute cette technique qui rend la lecture un peu ardue, mais comment traiter d’un sujet complexe si l’on fait preuve de simplisme ? Les lecteurs de Dune savent déjà que c’est impossible et que ça n’est pas la façon de faire de ce grand écrivain.

Car il n’y a pas à en douter : Frank Herbert est un grand écrivain. Peu importe ce qu’en pensent les intégristes de la littérature pour qui la science-fiction ne serait qu’un genre inférieur à la littérature blanche : rares sont les auteurs capables d’à ce point questionner des concepts cruciaux. Destination vide est un grand roman, d’une érudition immense et d’une qualité indéniable.