Archives de Catégorie: Série

The handmaid’s tale.

Il y a les séries qui pétaradent, où la forme fait office de scénario, où le fond se noie dans la vacuité, où les acteurs sont transparents, où la photographie est bâclée, où on alterne action et sexe pour garder le spectateur éveillé. Et il y a The Handmaid’s tale.

Cette série en dix épisodes est un petit bijou de réalisation. Dystopie glaçante par son réalisme et sa probabilité, c’est avec des petites touches, des sous-entendus, bref, beaucoup de finesse qu’on nous décrit à la fois une société et la façon dont elle s’est construite. Certains sujets ne sont qu’effleurés, et c’est ainsi qu’ils en deviennent essentiels. D’autres sont fouillés au point d’en devenir insupportables. Et si le fond est là, la forme n’a pas été oubliée : la photographie est sublime, le rythme impeccablement géré et les acteurs sont excellents. Mention spéciale à l’actrice principale, Elizabeth Moss, qui fait jusqu’ici une carrière irréprochable avec un choix de séries intelligentes. Elle a visiblement choisi de ne pas aller se pervertir dans de grosses productions informes qui rapportent beaucoup en n’apportant rien aux spectateurs, et c’est heureux.

Même si le procédé des allers et retours dans le temps pourrait sembler éculé, il est ici parfaitement justifié et surtout parfaitement calculé. Seul bémol : le choix de la musique est dommageable, il ne colle pas toujours à l’ambiance générale, mais on pardonne facilement cet écueil devant le niveau de l’ensemble.

On découvre au générique beaucoup de noms féminins, bien plus qu’on n’en voit habituellement dans ce genre de productions, et si ça n’est pas une fin en soi, une réalisation féminine semblait indispensable pour traiter ce sujet. Il est fort probable que ce regard féminin est pour beaucoup dans la réussite de la réalisation.

The Handmaid’s tale est tiré du roman de Margaret Atwood : La Servante écarlate, et c’est la première fois qu’une série me donne très envie de me précipiter sur le livre et plus généralement sur l’œuvre d’un auteur.

Je ne peux que vous conseiller de visionner The Handmaid’s tale, mais soyez prévenus : c’est pesant (et c’est pour ça que c’est bien).

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Trepalium, une série si française

Trepalium

Pour une fois que des moyens ont été mis dans une série française, ça s’annonçait bien. Pour la forme, déjà : des décors qui tiennent la route et une vraie recherche esthétique, ça fait plaisir. Et puis le fond s’annonçait bien : une réflexion sur la place du travail, il était plus que temps que quelqu’un se penche sur la question.

Hélas ! Toute la réflexion repose sur une seule phrase prononcée dans le premier épisode – sur six – et … c’est tout. Car passée cette petite phrase, on se retrouve face à un scénario on ne peut plus classique, avec ses aventures, ses poursuites, ses histoires de conflits de générations et d’amour et rien d’autres.

Le projet était ambitieux, et plouf ! Nous voilà face à une série toute en forme et sans profondeur. Quel est l’intérêt de construire tout un univers pour au final le reléguer au second plan ? On ne sait pas.

On arrive à la fin – poussive – avec un sentiment d’immense gâchis.


Pour que cessent les violons

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Non seulement je proteste vigoureusement mais encore envisagé-je la création d’une ligue internationale de lutte contre une manie pénible, une plaie de l’humanité, cette insupportable coalition qui chaque jour attente à l’art, la finesse et le bon goût : les étalages violoneux dans les films et les séries.

En ce sens, je milite pour la mise hors d’état de nuire de fabricants de bandes originales incapables d’accompagner des images autrement qu’à grands renforts de zimzimzoumzoum pseudo-guerriers ou, pire, si cela est possible, de zimzimzoumzoum pas seulement larmoyants mais carrément dégoulinants. Non au zim en guimauve et au zoum à l’eau de rose !

J’ai ici une pensée de rejet épidermique particulièrement virulente pour le grand violoneux en chef des films et séries qu’est l’exaspérant Hans Zimmer. Non content de nous mener au bord de la crise de nerf avec ses zimzimzoumzoum intempestifs et redondants à l’action de la série de films Pirates des Caraïbes, Hans Zimmer nous prend encore pour des imbéciles ayant besoin de zimzimzoumzoum pleurnichards dans la mini-série The Pacific pour déterminer à quel endroit du scénario il nous faut être émus. Ces forfaits sont aussi nuisibles, non seulement aux films, mais aussi à notre intelligence qu’un sous-titrage qui nous dirait : « ici, vous devez être triste ».

La liste de ses méfaits grandiloquents est bien trop longue pour être reproduite ici, mais depuis plus de vingt ans, non content de nous gâcher le plaisir du visionnage d’œuvres par ailleurs réussies, le même M. Zimmer fait des émules et il devient impossible d’échapper à la furie ou au larmoiement de sempiternels zimzimzoumzoum.

J’en appelle aux cinéphiles autant qu’aux amateurs de musique : ensemble, faisons cesser les forfaits de ces pompeuses envolées pseudo-lyriques grand-guignolesques pour retrouver le plaisir d’écouter des bandes originales qui ne mettent pas les nerfs en pelote et l’estomac en péril, telles que les plus grands, de John Williams à Lalo Shifrin nous on permis de le faire avant l’avènement de l’omniprésence violonesque.


Broadchurch

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Série anglaise en 8 épisodes de type « who done it », Broadchurch est bien fichue : c’est filmé très proprement, joué admirablement, l’intrigue tient la route jusqu’au bout, même en usant des ressorts habituels de ce genre, et la construction a le mérite d’aller au delà de la traditionnelle fin qui arrive dès qu’on a trouvé le coupable. Ici, on aborde aussi les conséquences.
Seul reproche : la musique est beaucoup trop présente, ce manque de silence appuie un peu trop sur le pathos. Pour le reste, les personnages sont fouillés, leur évolution est tout à fait crédible, et l’air de rien, les épisodes abordent des sujets de société concrets : le bouc-émissaire, le droit à l’oubli, l’éthique journalistique …
Et cerise sur le gâteau, Broadchurch est une série policière garantie sans un seul coup de fusil et sans une seule bagarre.


Vicious

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Évidemment, si on ne regarde le libéralisme que par sa lorgnette économique, on peut trouver à critiquer. Mais si on le prend par son angle culturel, il nous reste à pleurer sur notre vieille France rance, réac’, coincée.
Prenez deux acteurs, issus de La Royal Shakespeare Company – l’équivalent de notre Comédie Française en moins poussiéreux, tous deux élevés au rang de « Sir » – ce qui n’est pas rien pour un anglais – , tous deux âgés de 75 ans avec des filmographies longues comme le bras, et tous deux ouvertement homosexuels. Faites-les jouer dans une sit-com – une vraie, format court, rires pré-enregistrés, décor quasiment unique – où on les présente comme un couple uni depuis 48 ans : deux individus qui ne pourraient vivre l’un sans l’autre mais qui ne se supportent pas. Imaginez que leur homosexualité n’est pas au centre de l’histoire, mais que c’est bien leur cynisme et leur vie de vieux aigris qui sont le support des situations comiques. L’antithèse de l’insupportable Cage aux folles. Ajoutez-y des dialogues tranchants, des blagues sexuelles décalées, des dialogues portés par deux excellents acteurs et vous obtenez sept épisodes de Vicious.
Pendant les épisodes, on s’amuse bien. Après les épisodes, on bascule sur les programmes français et on pleure de honte.