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La Mort Blanche de Frank Herbert

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Frank Herbert est agaçant. Si, vraiment. Il est agaçant parce qu’il ne se contente pas d’être visionnaire, encore faut-il qu’il le soit avec style.

La Mort Blanche est un roman d’anticipation évidemment scientifique, à mi-chemin entre le polar et la philosophie. On pourrait le résumer en expliquant qu’un biologiste devient fou après la mort de sa femme et de ses enfants victimes d’un attentat et fabrique un virus qui ne tue que les femmes, mais ça ne suffit absolument pas, car cette histoire n’est qu’un support à moult réflexions politico-religieuses et éthiques.

Frank Herbert vient ici nous interroger sur le développement des sciences en général et de la génétique en particulier : n’y a-t-il pas un danger énorme dans un monde où un nombre incalculable de gens ont suffisamment de connaissances complexes capables de détruire l’humanité ? En cas de danger imminent pour l’humanité, les politiciens et les religions ne resteraient-ils pas ce qu’ils sont, capables de manipulations épouvantables qui ne feraient que renforcer le danger ? Un fou est-il réellement responsable de ses actes, même si ses actes conduisent à la destruction de l’humanité ?
Le plus inquiétant, c’est que toutes ces questions qu’il soulevait en 1982, à une époque où la recherche génétique n’était pas aussi avancée qu’aujourd’hui n’ont jamais été autant d’actualité : non seulement le terrorisme est partout, mais en plus les techniques génétiques qu’il imaginait à l’époque existent désormais.

Et ça rend la lecture de La Mort Blanche absolument indispensable.

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La dioxine et l’uranium ont rendu les terres infertiles. Les PCB ont eu raison de tout ce que les rivières charriaient de vivant. Le plancton a disparu : le précieux équilibre azote-oxygène de l’air est rompu. Des mammifères, il ne reste que les rats qui se nourrissent des déchets entassés pendant des siècles. Ils vivent dans ce qui furent les égouts mais qui sont devenus inutiles. Les humanoïdes ne mangent plus, ne boivent plus, donc ne produisent plus ni fluide ni matière à évacuer. Ils ne se lavent plus: des bactéries électroniques développées à la surface de leur peau les rendent auto-nettoyants. Ils respirent toujours: des capteurs intégrés dans leurs poumons permettent aux robots des alvéoles en fibres tissées de latex et de kevlar de les modifier au grès des changements de l’air.

Il n’y a plus d’enfants: les humanoïdes sont immortels. Les organes sont devenus auto-réparants. Si une anomalie apparaît, on les remplace. En général par un modèle plus performant. Quand, cela est rare, un corps est broyé donc irréparable, il reste toujours sa puce cérébrale. Infime mais détectable, elle est indestructible. On l’implante alors dans un robot qui n’a d’humain en lui que quelques brins d’ADN de synthèse pour lui donner sa forme bipède. Les yeux sont devenus capables de voir au travers du béton armé mais ils vont toujours par paire. Orthodoxie d’un monde où l’imagination, inutile, est morte.

L’homme, pour réaliser son vieux rêve de devenir plus immortel que ses anciens dieux a cessé d’être un homme. Et Dieu est un serveur informatique mondial et tout puissant, qui régente une fourmilière. La société n’existe plus puisqu’il n’y a plus d’individu. Seulement une somme d’éléments perpétuellement interconnectés.

La vie n’existe plus. La conscience non plus.