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Le saviez-tu ? L’agriculture en temps de guerre

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Avant la deuxième guerre mondiale, le Royaume Uni importait les deux tiers de la nourriture dont il avait besoin. Seulement voilà : dès le début des hostilités, les allemands eurent tôt fait de bloquer les importations en coulant les navires de ravitaillement à grand renfort de sous-marins et de mines submersibles. Et des sous-marins, ils en avaient beaucoup. Très vite, les britanniques se sont retrouvés ce qu’on peut communément nommer dans la merde : le risque de famine était réel et avec lui celui de perdre la guerre. Leur territoire insulaire n’offrait guère d’alternative à l’approvisionnement par les mers. Bref, c’était mal barré.

Mais que voulez-vous ? L’anglais est flegmatique, et à l’inconstructive panique il a préféré l’organisation au carré. Les paysans ont remonté leurs manches et défriché les mauvaises terres, et le gouvernement d’alors, sans ménagement aucun mais avec ce qui s’avéra d’une rare efficacité, organisa la politique agricole. Les évacués des bombardements, des groupes de femmes se lançant dans l’effort de guerre et les objecteurs de conscience fournirent la main d’œuvre contre la vie sauve, un toit et la bouffe. On se débarrassa de presque tous les troupeaux, ne conservant que les vaches laitières et les « Pig Clubs » – on pouvait engraisser un cochon, mais seulement en s’y mettant à plusieurs -, de façon à conserver les terres pour le plus essentiel : les céréales pour le pain et le lin pour les parachutes.

Les engrais étaient rares, et le Royaume Uni doit beaucoup au fumier de vaches. Le lait ne les sauva pas moins. Le rationnement était intense, mais les anglais ne sont pas morts de faim. Le pain n’a jamais été rationné, même pas à la fin de la guerre, alors qu’au même moment, les allemands « mangeaient » du « pain » confectionné à partir d’ensilage d’herbe et de sciure. Oui, vous avez bien lu.

Le Royaume-Uni (et donc nous avec) n’aurait pas gagné la guerre sans ses Spitfires et ses soldats. Mais il l’aurait indubitablement perdue sans ses paysans.

( Un autre jour, je vous conterai comment le même gouvernement fit le choix improbable de rémunérer les artistes pour qu’ils participent eux aussi au même effort de guerre.)

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Nicholas Winton, l’homme qui sauva 669 réfugiés.

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Nicholas Winton était courtier, et financièrement très à l’aise, dans les années 30. A Noël, en 1938, il avait prévu d’aller faire du ski en Suisse. Mais un de ses amis l’a invité à venir donner un coup de main aux réfugiés juifs, à Prague. Et il y est allé.

Oh, il aurait pu rentrer en Angleterre et crier partout en agitant les bras que ces méchants réfugiés allaient envahir le pays avec leurs coutumes qui ne sont pas les nôtres. On en connaît. Mais lui, il a décidé de faire autre chose. Il est resté à Prague. Il a sorti ses billets. Il a affrété neuf trains. Oui : neuf trains, avec ses sous à lui. Tout seul. Sans complice. Il a rempli les trains de gamins juifs, et roulez jeunesse, juste avant l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne, il a envoyé tout ce monde-là à Londres. Huit trains et 669 gamins ont été sauvés. Personne n’a jamais su ce qu’était devenu le neuvième train. On l’imagine sans difficulté.

Et ça n’est pas tout. Nicholas Winton est rentré chez lui sans fanfaronner, à tel point que les gamins n’avaient pas la moindre idée de qui leur avait sauvé la vie. Et on n’a plus entendu parler de lui jusqu’en 1988. Là, sa femme a appris par hasard ce que son mari avait fait. Et la plupart des 669 gamins, devenus grands, avaient très envie de remercier leur anonyme sauveur.
Une historienne s’en est mêlée et Nicholas Winton a fêté ses 100 ans avec les gamins qu’il avait sauvé et leurs familles. Il est mort six ans plus tard.

Quand on lui a demandé pourquoi il avait fait ça, il a répondu « parce que c’est éthique ».

L’un des enfants qu’il a sauvé, Lord Alf Dubs, est à l’origine du décret qui permet de faire venir les gamins de Calais qui ont de la famille sur le territoire anglais.


You don’t know Jack

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Je ne vais pas vous parler du jeu de Al Pacino, ça ne sert à rien car il est forcément extrêmement juste dans son interprétation. Je ne vais pas non plus revenir sur la performance de Susan Sarandon pour la même raison. Quant à John Goodman, vous le connaissez aussi.

Voilà un téléfilm, produit et diffusé par HBO, qui ne se contente pas de raconter une histoire vraie mais qui en plus prend clairement position. Oui. Un téléfilm. Puisque le cinéma ne veut plus que des super-héros, des zombies et des vampires, les vrais réalisateurs munis d’une opinion réelle comme Barry Levinson passent à la télévision pour nous envoyer leurs plaidoyers dans les dents. Et ça fait du bien.

You don’t know Jack est donc l’histoire réelle du docteur américain Jack Kevorkian qui en avait marre de vivre au moyen-âge d’une médecine qui fricote avec les histoires de bons dieux et qui a donc décidé de pratiquer ouvertement le suicide assisté, dans l’espoir de contraindre la Cour Suprême à prendre position en faveur de l’euthanasie.

You don’t know Jack n’est donc pas seulement à voir, il est aussi à faire voir car sur le sujet : tout est là.


Art et gueules cassées

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C’était il y a maintenant plus de dix ans, mais ça m’a marquée pour le restant de mes jours.
Le Conseil Général des Bouches-du-Rhône proposait une exposition gratuite de l’excellent photographe iranien Reza, et je n’aurais raté ça pour rien au monde. D’autant que comme je travaillais alors la nuit, j’avais toute la journée pour ce genre d’activité.
Histoire de joindre d’utile à l’agréable, et parce que je n’étais pas vraiment capable de dresser une barrière entre le travail et le reste de ma vie, je proposai aux usagers de la structure d’accueil pour personnes toxicomanes où je bossai, en accord avec le chef qui avait oublié d’être con, de m’accompagner. En espérant qu’ils ne profitent pas des toilettes du CG pour s’injecter ou de choisir le milieu de l’expo pour s’entre-taper dessus comme cela arrivait parfois, surtout entre les russes et les musulmans qui ne pouvaient mutuellement pas s’encadrer – la guerre en Tchétchénie sévissait encore.

Trois d’entre-eux acceptèrent. A vrai dire, je ne suis pas du tout certaine qu’ils comprirent exactement ce que je leur proposai, mais l’inénarrable Valery, le très remuant jeune Anton et le complètement à la ramasse Omar acceptèrent de me suivre parce qu’ils acceptaient toujours tout ce que je leur proposai. Par sympathie, peut-être ; pour échapper quelques heures de temps en temps à leur quotidien de galère, c’est certain.

Valery et Anton étaient russes et parlaient un français aléatoire. Omar, lui, maîtrisait la langue quand il était en état de la parler, ce qui arrivait rarement.
Nous voilà donc emmenant notre cour des miracles quotidienne dans un énorme bâtiment moderne et plutôt classe, dans une exposition où il n’y avait pas foule, mais où ceux qui déambulaient entre les immenses photographies étaient propres sur eux, pour ne pas dire guindés. Nous fîmes fi des habituels regards de travers, même si ça me faisait toujours monter le rouge de la colère aux oreilles.

Alors que ces propres-sur-eux passaient devant chaque photographie en les regardant à peine mais en s’ébaubissant bruyamment, mes trois gueules cassées et moi-même nous arrêtions longuement devant chaque œuvre, silencieusement, presque religieusement.
Il faut vous dire, si vous ne connaissez pas Reza, que ses portraits ne sont pas seulement beaux. Ils sont terriblement émouvants, ils portent en eux toute la souffrance du monde et toute la beauté des âmes damnées.

Plus nous avancions, plus mes trois protégés étaient silencieux. Le bon peuple bien habillé n’a pas eu à subir le moindre débordement de leur part. Aucun d’eux n’a pensé à aller profiter des toilettes propres. Chacun s’arrêtait longuement devant chaque image. Et puis ce qui devait arriver arriva : chacun d’eux trouva le portrait qui lui parlait le plus, et pleura devant.
Valery pleura devant le portrait d’un homme russe qui avait les portraits de Lénine et de Staline tatoués sur le torse. Quand il se repris, il m’expliqua, la voix tremblante et le français toujours aussi improbable, que c’était une pratique courante sous le régime communiste pour éviter d’être fusillé. Anton pleura devant le portrait d’un mineur chinois. Ne me demandez pas pourquoi : lui si volubile d’habitude s’est muré dans le silence. Quant à Omar, c’est l’image d’une petite fille qui vendait ses jouets dans les rues de Sarajevo qui l’arrêta. Aucun d’eux n’était en capacité de lire les notices des photos. Ils n’en avaient de toute façon nullement besoin.

Les réfugiés, migrants, drogués, délinquants et clochards auprès de qui je travaillais alors m’ont appris bien des choses. Ce jour-là, ils m’ont transmis une notion essentielle : il n’y a aucune condition requise pour être sensible à l’art. Il suffit d’être humain.


Leo the last de John Boorman

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Si vous avez vu Zardoz – mais si ! Vous savez ? Sean Connery en slip rouge ! – , vous savez déjà que John Boorman est capable de faire des films suffisamment étranges pour qu’on se demande s’il n’a pas quelque peu abusé du LSD dans sa jeunesse. Leo the last est de ceux-là, mais sans science-fiction, avec Marcello Mastroianni sans slip rouge.

On passe la première partie du film à se demander ce qu’on est en train de regarder. Mais Boorman est Boorman : à ma connaissance, il n’a jamais fait de film qui n’avait rien à dire. Aussi, on ne tarde pas à découvrir qu’il avait même beaucoup de choses à traiter ici. Leo the last est une satire sociale d’une rare pertinence. Alors que nous sommes en 1969, il s’interroge déjà sur un système économique qui plonge les plus pauvres dans la misère, à commencer par les noirs. Alors qu’il traite directement du racisme, il évite l’écueil de l’angélisme qui ferait perdre force à son propos. Et il propose une solution pour mettre fin à ces travers sociaux pour le moins radicale, mais je vous laisse la découvrir.


Nous étions tous Résistants

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Nous étions encore des gosses , nous écoutions la leçon d’histoire et nous découvrions la Shoah. En face des visages émaciés des camps de la mort, notre livre scolaire présentait une photographie et un panégyrique de Jean Moulin qui était depuis entré à grands cris au Panthéon. Nulle trace des collabos, cette foule invisible, et la Traversée de Paris avait fini par rendre sympathiques ceux qui s’étaient enrichis grâce au marché noir. Entre la fin de la guerre et nous, tous étaient donc devenus Résistants. Et nous autres, petits enfants de ceux qui avaient au mieux laissé faire, nous le jurions : si ça devait arriver encore, nous serions Résistants. Ou pour le moins, Justes parmi les nations. Non, vraiment, nous ne laisserions pas faire, nous accueillerions les gens à bras ouverts, nous les cacherions et, s’il le fallait, nous prendrions les armes. Belle unanimité de l’enfance face à l’injustice.

Nous étions devenus des adultes, nous écoutions les informations et découvrions les massacres en Syrie, en Irak, en Érythrée, au Soudan. Dans les journaux, les visages épuisés des réfugiés et les regards hagards des enfants faisaient face à une ribambelle de politiciens qui se perdaient en conjectures économiques foireuses, et beaucoup les croyaient. Radio-Paris claironnait que cette invasion nous ferait perdre notre identité, même si l’identité de Résistants que nos livres d’enfants avaient essayés de construire n’avait jamais été qu’un mythe perdu avant même d’être né. Nous voulions construire des murs. Nous refermions nos bras sur nos portes-monnaie. Nous ne cachions plus nos haines et nos rancœurs. Si quelqu’un devait un jour prendre les armes, ce serait pour tirer à vue sur ces réfugiés harassés. Nous laissions faire. Belle unanimité de l’adulte face à l’injustice.


Philippe Grenier, le premier député musulman.

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Philippe Grenier naît en 1865 à Pontarlier, dans le Doubs. A cette époque, presque toute l’économie de Pontarlier est basée sur les nombreuses distilleries que compte la ville, celles d’absinthe en particulier : en 1900, vingt-cinq distilleries emploient 3000 des 8000 Pontissaliens, faisant de la commune la capitale de l’absinthe.

Son père est capitaine de cavalerie, membre de l’état-major de Napoléon III. Il a servi dans les chasseurs d’Afrique à Motsaganem, en Algérie. Sa mère est une catholique très pieuse. De prime abord, rien ne prédestinait Philippe Grenier à son parcours extraordinaire. Son père décède alors qu’il n’a que six ans. À dix ans, Philippe se déboîte la hanche en jouant à saute-mouton : il en gardera une légère claudication toute sa vie et marchera avec une canne. Il passe avec succès son baccalauréat avant d’intégrer la faculté de médecine de Paris, dont il sort diplômé en 1890. Il retourne alors à Pontarlier où il ouvre son cabinet.

Cette année-là, il rend visite à son jeune frère installé à Blida, en Algérie. Il est immédiatement choqué par la manière dont la France maintient les algériens musulmans dans la misère. Les injustices sociales de l’époque coloniale le révulsent. De retour en métropole, il commence à étudier le Coran tout en continuant à œuvrer comme médecin. Quatre ans plus tard, il retourne à Blida et se convertit à l’Islam. Il n’a que 29 ans lorsqu’il effectue son pèlerinage à la Mecque. Dès lors, il opte pour les vêtements traditionnels des musulmans algériens : il porte une gandoura sous un burnou. Ce qui passe alors pour une excentricité ne l’empêche pas d’être élu conseiller municipal de Pontarlier. Il s’intéresse de près aux questions d’hygiène publique et d’aide aux nécessiteux, porté par son statut de médecin.

En 1896, le député de Pontarlier décède. Philippe Grenier décide de tenter sa chance. Il mène une campagne modeste. Il devient la risée de la presse qui moque ses « exubérances vestimentaires ». Malgré cela, et grâce à un discours convaincant, son programme social ambitieux pour l’époque lui permet d’être élu avec 51 % des voix. C’est une vrai un coup de théâtre électoral.

Il devient alors le premier député musulman de l’histoire de France.

Le 30 décembre 1896, en présence de plusieurs journalistes qui l’interrogent à ce sujet, Philippe Grenier s’explique sur sa foi :

« Vous voulez savoir pourquoi je me suis fait musulman ? Par goût, par penchant, par croyance, et nullement par fantaisie, comme quelques-uns l’ont insinué. Dès mon jeune âge, l’islamisme et sa doctrine ont exercé sur moi une attraction presque irréversible […] mais ce n’est qu’après une lecture attentive du Coran, suivie d’études approfondies et de longues méditations, que j’ai embrassé la religion musulmane. J’ai adopté cette foi, ce dogme, parce qu’ils m’ont semblé tout aussi rationnels et en tout cas plus conformes à la science que ne le sont la foi et le dogme catholiques. J’ajoute que les prescriptions de la loi musulmane sont excellentes puisqu’au point de vue social, la société arabe est basée tout entière sur l’organisation de la famille et que les principes d’équité, de justice, de charité envers les malheureux y sont seuls en honneur, et qu’au point de vue de l’hygiène – ce qui a bien quelque importance pour un médecin –, elle proscrit l’usage des boissons alcooliques et ordonne les ablutions fréquentes du corps et des vêtements. »

Durant tout son mandat, il est la curiosité et la risée de la presse d’une époque qui ignore tout des coutumes musulmanes. La presse l’accuse de posséder un harem, de baiser le tapis de l’entrée de l’Assemblée Nationale ou encore de se laver continuellement les pieds. Pour bien saisir le contexte, il faut se rappeler les « expositions nègres » de l’exposition universelle et coloniale de 1900. C’est à l’occasion de celle-ci que furent exposés aux yeux de millions de visiteurs comme une fierté, aux côtés des premières machines à vapeur ou des découvertes médicales de l’époque, les « bienfaits civilisateurs » de la colonisation.

Il se rend souvent en Algérie dans le cadre d’enquêtes parlementaires. Ses positions éthiques face au colonialisme sont au centre de son combat. On l’accuse alors d’avoir oublié d’où il vient. Comble du comble pour ses administrés Pontissaliens, il entend lutter contre l’alcoolisme qui fait alors des ravages. Il veut réduire le nombre de débit de boisson, propose la création d’une taxe sur les liqueurs. On y voit surtout une mise en danger de l’économie locale et Philippe Grenier perd les élections suivantes, en 1898.

Il quittera la politique sans jamais renier sa foi ni ses engagements en faveur de l’hygiène publique et dans sa lutte contre les méfaits de l’alcoolisme. Qu’on lui dédie une chanson nauséabonde au titre évocateur de Toujours kif-kif bourrico n’y changera rien. Il s’éteint à Pontarlier en 1944, à l’âge de 78 ans.

Parfois l’histoire ne manque pas d’humour : quelques mois plus tard, la ville sera libérée par un bataillon de tirailleurs algériens.


Remerciements

Tout le monde se souvient d’où il était le 11 septembre 2001. Je réalise avec du recul à quel point, eu égard aux circonstances d’alors, je n’avais pas du tout réalisé l’impact de l’événement sur le peuple américain.
Après plusieurs mois de bourlingue, je venais d' »emménager » dans un vieux camping à l’abandon où résidaient déjà toutes sortes de marginaux plus ou moins volontaires. Je ne disposais alors que d’une tente, je n’avais ni radio, ni télévision. Je bouquinais ce jour-là à l’ombre des pins. Les cigales commençaient à me casser les oreilles quand j’ai entendu dans les caravanes alentour le son des radios et des télévisions augmenter. J’ai bien compris alors qu’il se passait quelque chose, mais les cigales n’avaient nullement l’intention de laisser filtrer l’information jusqu’à moi.

Comme je vivais alors isolée, presque en ermite, je n’ai vu les gros titres des journaux que quelques jours plus tard, et je n’ai découvert les images qu’à Noël. 3000 morts n’étaient alors qu’un chiffre. Je ne me rendais pas vraiment compte de ce que ça impliquait. Fort bêtement, je n’y voyais qu’une égratignure à l’Amérique de Bush Jr et à sa politique extérieure globalement abjecte. Je n’ai pas vraiment vu les innocents tués, je n’ai pas réellement pensé à leurs familles, j’ai encore moins envisagé ce que pouvaient ressentir les américains dans leur ensemble.

Hier, j’étais devant mon ordinateur. J’ai lu une première dépêche annonçant une fusillade dans les locaux de Charlie Hebdo. Je me suis dit que l’ambiance de ce pays était vraiment puante. Je n’ai pas imaginé un instant qu’il y avait des morts. Mais ça n’a duré que quelques minutes avant que je ne réalise ce qu’il se passait vraiment. Il m’a fallu à peine plus de temps pour que je comprenne ce que cela impliquait dans le long terme, pour que je prédise sans difficulté le déferlement de récupérations et de haine, le vol des charognards qui ne manquerait pas de suivre. Il m’a juste fallu quelques minutes pour que je m’effondre comme si j’avais été personnellement touchée par cette exécution – car il s’agit bien d’une exécution. Et de fait, ce sont bien les valeurs fondamentales de mon pays, de ma culture, qui ont été attaquées. Et que je ne sois pas une lectrice de Charlie Hebdo n’y change rien.

Je me suis effondrée et j’ai, encore aujourd’hui, du mal à me concentrer.

Mais j’ai vu le monde entier réagir. Sur les réseaux sociaux, des petits mots de soutien, des images, des dessins. Dans les rues, des rassemblements, en France certes, mais aussi un peu partout dans le monde. J’ai réalisé, alors même que cette exécution n’a pas grand-chose de comparable avec les attentats du 11 septembre, la douleur que les américains avaient pu ressentir.

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Toute question politique mise à part, j’ai aujourd’hui seulement envie de remercier tous ces gens qui, à travers le monde, ont montré leur solidarité pour les Français et pour la liberté de la presse. Tous ces petits messages, toutes ces images parviennent à nous rappeler que la sauvagerie de tels actes est très loin d’avoir gagné la partie et qu’il y aura toujours des humains capables d’exprimer l’empathie dont j’ai moi-même parfois manquée.

La seule réussite de ces imbéciles est d’avoir mis en lumière la capacité de solidarité des humains. Et même si ça ne durera qu’un court instant, c’est ce visage-là de l’humanité qu’il nous faut conserver.

 

 


Au village

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12.5% et même un peu plus.

C’est la proportion d’habitants de tous âges, de toutes conditions et de tous bords politiques de mon village qui, depuis les élections, ont donné de leur temps, de leur huile de coude et de leur énergie pour la commune.
Grâce à 1/8e de la population, ce village endetté a pu faire des travaux indispensables et inespérés. Les mômes de la garderie ont un toit sans fuite au dessus de la tête. Les enfants de l’école ne sont plus obligés de traverser le village par tous les temps pour aller déjeuner. Les logements sociaux sont remis à neuf et l’accompagnement de leurs habitants peut même au besoin être fait avec beaucoup d’humanité. Le village a été refleuri. Les sentiers de randonnées commencent à être de nouveau praticables. Entre autres choses faites ou encore à faire.
Parmi ces bénévoles de la commune, certains trouvent encore le temps de s’occuper parallèlement d’associations, du club des anciens au comité des fêtes qui ne chôme pas.

Imaginez qu’un huitième de la population de Paris, si prompte à moquer les ruraux, se retrousse les manches sur le même modèle. Ça serait une armée de 281246 personnes qui œuvrerait pour le bien commun. Imaginez ce que serait le nombre de logements sociaux remis à neuf. Imaginez ce que serait la vie d’une ville où 281246 personnes s’impliqueraient pour l’amélioration de la qualité de vie.


Nous avons, au village, de ces gens qui débarquent de la ville avec de belles idées sur le vivre-ensemble. Ceux-là, on ne les a jamais vu arroser les fleurs municipales ou gratter les murs des logements sociaux. Notre monsieur le maire n’est pas un idéologue. Pour vous dire, il n’avait même jamais entendu parler de Pierre Rabhi jusqu’à ce qu’il soit importé ici par les néo-ruraux. Les bénévoles ne sont majoritairement pas non plus des idéologues. Ils n’ont pas eu besoin d’idéologie prête à consommer pour s’unir autour d’une idée toute simple : c’est notre village, à tous et à chacun, et notre village peut être amélioré à la condition que chacun y mette un peu du sien.
Les urbains nous prennent souvent pour des cons. Fort bien. « Un con qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel assis ».


Le Prince et le Pauvre – Mark Twain

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Le thème du Prince et du pauvre est on ne peut plus classique : un jeune prince qui rêve de liberté propose à un enfant miséreux qui rêve de grandeur d’échanger leurs places le temps d’une journée. L’habit faisant le prince, personne n’y verra goutte. Mais les aléas de la pauvreté transformeront la journée en longues semaines.

Si le propos n’est pas original, c’est la façon dont Mark Twain s’en est saisit qui l’est. Car Mark Twain l’américain pose son décor à la cour du très anglais Henri VIII, dans les rues crasseuses de Londres au XVIe siècle et dans les forêts malfamées alentours. Son souci du détail nous plonge dans cet univers historique sans lésiner sur les ors de la royauté ni les puces de la pauvreté. On s’y retrouve plongé tout entier comme si l’auteur décrivait simplement ce qui l’entoure. Et bien évidemment, le récit est support à questionnements : que connaissent les puissants de l’impact des lois qu’ils promulguent ? Comment réagirait le commun des mortels s’il avait le pouvoir entre ses mains ? La corruption du pouvoir est-elle inéluctable ?

Mark Twain était trop intelligent pour avoir une vision manichéenne des choses, aussi évite-t-il ici l’écueil qui aurait consisté à faire des pauvres les bons et des puissants les méchants. Passant au travers cela, il nous livre un récit admirablement bien écrit, terriblement bien documenté – jusqu’à l’argot des voleurs – , vivant et sans niaiserie.

Souvent proposé aux jeunes lecteurs, Le Prince et le Pauvre pourra tout autant plaire aux adultes.