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The handmaid’s tale.

Il y a les séries qui pétaradent, où la forme fait office de scénario, où le fond se noie dans la vacuité, où les acteurs sont transparents, où la photographie est bâclée, où on alterne action et sexe pour garder le spectateur éveillé. Et il y a The Handmaid’s tale.

Cette série en dix épisodes est un petit bijou de réalisation. Dystopie glaçante par son réalisme et sa probabilité, c’est avec des petites touches, des sous-entendus, bref, beaucoup de finesse qu’on nous décrit à la fois une société et la façon dont elle s’est construite. Certains sujets ne sont qu’effleurés, et c’est ainsi qu’ils en deviennent essentiels. D’autres sont fouillés au point d’en devenir insupportables. Et si le fond est là, la forme n’a pas été oubliée : la photographie est sublime, le rythme impeccablement géré et les acteurs sont excellents. Mention spéciale à l’actrice principale, Elizabeth Moss, qui fait jusqu’ici une carrière irréprochable avec un choix de séries intelligentes. Elle a visiblement choisi de ne pas aller se pervertir dans de grosses productions informes qui rapportent beaucoup en n’apportant rien aux spectateurs, et c’est heureux.

Même si le procédé des allers et retours dans le temps pourrait sembler éculé, il est ici parfaitement justifié et surtout parfaitement calculé. Seul bémol : le choix de la musique est dommageable, il ne colle pas toujours à l’ambiance générale, mais on pardonne facilement cet écueil devant le niveau de l’ensemble.

On découvre au générique beaucoup de noms féminins, bien plus qu’on n’en voit habituellement dans ce genre de productions, et si ça n’est pas une fin en soi, une réalisation féminine semblait indispensable pour traiter ce sujet. Il est fort probable que ce regard féminin est pour beaucoup dans la réussite de la réalisation.

The Handmaid’s tale est tiré du roman de Margaret Atwood : La Servante écarlate, et c’est la première fois qu’une série me donne très envie de me précipiter sur le livre et plus généralement sur l’œuvre d’un auteur.

Je ne peux que vous conseiller de visionner The Handmaid’s tale, mais soyez prévenus : c’est pesant (et c’est pour ça que c’est bien).

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La buvette du village

 

Dans mon village, il y a souvent des fêtes. Ils sont comme ça, les Kertréplougois : il suffit d’un bout de cochon et d’un peu de musique et tout le monde rapplique pour bâfrer et danser. Quand je suis arrivée, j’ai été surprise de voir une salle des fêtes aussi disproportionnée par rapport à la taille et au peuplement du village. J’ai vite compris qu’en réalité, elle est presque trop petite.

J’ai vite compris aussi que toutes ces fêtes existaient parce que les anciens se remuent beaucoup pour qu’elles continuent d’exister. Il n’y a pas beaucoup de jeunes, dans les parages, en tout cas pas pour donner un coup de main, et les vieux ont tendance à oublier de vieillir dans leur tête. Seulement, leurs articulations commencent à grincer, alors je vais régulièrement aider. C’est normal : ces fêtes sont hautement socialisantes, et c’est surtout grâce à elles que je connais presque tout le monde au village, et inversement.

Lors de la grosse fête d’été, on me missionne à la buvette, et lors de la grosse fête d’automne, on me met au service en salle et à la vaisselle. Pour la fête d’hiver, je sers les crêpes et le chocolat chaud. Évidemment, on ne se refait pas, ce que je préfère, c’est la buvette. C’est là que les gens causent le plus, et il n’est pas rare que quelques anciens oublient que je ne parle pas le breton. Quand ça arrive, je leur réponds en picard et ça fait rire tout le monde. Bien sûr, passées quelques bières, il y a des Messieurs qui se laissent un peu aller à la grivoiserie. Et puis, j’ai une sorte d’abonné. Tous les ans, il est très saoul et oublie que l’année précédente il m’a déjà fait le même cinéma, comme l’année d’encore avant. Il veut mon numéro de téléphone, essaie désespérément de savoir quel âge j’ai, si je suis célibataire et si, à tout hasard, je ne voudrais pas le suivre derrière un talus. Le tout est braillé, explicite, pas fin. Au village, c’est devenu un sujet de plaisanteries. Ce gars-là est tout sauf méchant. Il n’est pas très malin, mais au fond, tout le monde l’aime bien. Les anciennes l’obligent à manger, histoire d’éponger un peu, et même si vous êtes un grand gaillard de quatre-vingt-dix kilos aviné, croyez-moi : vous obéissez aux anciennes sans broncher, même à la plus petite d’entre elles ! Lors du repas de la fête d’automne, il en revient parfois une en cuisine qui me lance : « Ça y est ! J’ai réussi à faire manger sa soupe à ton amoureux ! » et tout le monde se marre. Un peu plus tard, si je traîne près de la buvette, il recommencera son cinéma, comme à chaque fois. Au fond, ce gars-là est un grand maladroit qui se dépatouille comme il peut avec ses cinq cents mots de vocabulaire, l’éducation qu’il a reçue et surtout sa très grande solitude. Sa maladresse nourrissant son isolement, évidemment. Je ne suis pas idiote au point de ne pas pouvoir comprendre ça, alors à chaque fois qu’il repart dans sa grande scène, j’en plaisante avec lui autant qu’avec ceux qui nous entourent. Et puis évidemment, à la buvette, il n’est pas le seul à ne pas être fin, en tout cas selon mes critères.

Oh, ils ne sont jamais vulgaires, du moins pas trop, et ils gardent leurs mains sur le comptoir ! Mais j’en connais plus d’une , d’après ce que je lis ici et là sur les réseaux sociaux, qui hurleraient au harcèlement. Car c’est pour ça que je vous raconte tout ça : je viens de lire une jeune femme qui braillait au harcèlement parce qu’un homme lui a demandé son numéro de téléphone dans une manifestation et une autre itou parce qu’un type lui a volontairement effleuré le pied (sic) dans le métro. Elles feraient un arrêt cardiaque en moins d’un quart d’heure derrière la buvette du village. Si j’ai bien compris, elles pensent que de tels comportements font d’elles des objets sexuels, et uniquement ça. De derrière ma buvette, je vois des gars seuls et non exempts de désir qui cherchent à entrer en contact avec le référentiel dont ils disposent. J’évacue le référentiel et le désir avec une blague en général pas plus fine que les leurs. Je fais semblant de ne pas avoir vu leurs tronches incrédules devant la longueur limitée de ma robe. Et quand je les recroise plus tard, ils me causent avec courtoisie. Tous. On parle météo, vaches, cuisine ou chasse, peu importe : on parle. Je ne suis pas juste un objet de désir. Je suis aussi celle qui trait les vaches, celle qui fait des spectacles, qui écrit des livres, qui tient la buvette et qui fait le service. Celle qu’on n’y comprend pas tout parce qu’elle vient de la ville mais porte des bottes en caoutchouc quand elle n’est pas en robe. Celle qui cause. En causant, ils existent, j’existe, on se respecte chacun à notre façon et avec nos complexités ou notre simplicité, et tout va bien. Ils voulaient entrer en contact, et c’est ce qui est arrivé. Ils sont toujours seuls, mais peut-être un peu moins dans un monde où l’isolement est de plus en plus prégnant. Je pourrais aussi les accuser de harcèlement. Et alors ils seraient plus seuls encore, ce qui ne les rendrait pas plus fins et je ne côtoierais pas foule au village. Et il est probable que ça en dirait plus sur la façon dont je me perçois que sur la façon dont eux le font.

J’ai vécu le harcèlement au travail. Je sais exactement de quoi il s’agit, je sais que ça détruit même les plus aguerris. Un gars saoul qui me drague maladroitement n’est pas un harceleur. Juste un gars saoul qui drague maladroitement …


Ne plus s’émouvoir.

Je ne m’émeus plus de grand-chose. J’ai constaté ça un peu par hasard aujourd’hui. A la une des journaux, il y avait l’égorgeur de Marseille. Un maboule de plus nourri à la fois de religion faisandée et des précédents attentats qui tournent en boucle dans la boîte à images. Hier, j’ai entendu une présentatrice de LCI dire : « Nous allons maintenant revenir sur toutes les attaques au couteau qui ont précédées. » Je me suis juste demandée s’ils allaient remonter ainsi jusqu’aux Ides de Mars de 44 avant le barbu de Palestine. Un fait divers inscrit dans son époque fait ressurgir tous ceux qui lui ressemblent, ad nauseam, et à force de me filer la gerbe ces médias m’ont rendue parfaitement insensible aux faits divers.

Insensible mais pas moins joueuse. Pour m’amuser, j’ai tapé « morts coup de couteau 2015 » dans un moteur de recherche. J’ai choisi l’année au hasard, juste pour voir. Je n’ai pas été déçue, j’en ai trouvé plein :

– La Courneuve : entre la vie et la mort après avoir reçu sept coups de couteau (Le Parisien, 13/11/2015)

– Cachan : un jeune homme tué en pleine rue à coups de couteau (Le Parisien, 19/10/2015)

– Lorraine : l’enfant de 7 ans poignardé au «couteau de boucher» est mort (Le Figaro, 20/10/2015)

– Il avait tué sa mère de 131 coups de couteau (Le figaro, 25/07/2015)

– Un Marocain tué de 17 coups de couteaux (Le Figaro, 16/01/2015)

Il y en a des pages entières, de morts et de blessés à coups de couteau. Mais les assassinés au couteau n’ont d’importance que s’ils permettent de nourrir la haine, la psychose de l’ennemi intérieur et le recul des libertés fondamentales. Ceux-là tournent en boucle, les autres ont droit à une dépêche : ils n’ont aucun intérêt politique, donc médiatique.

Toujours à la une des journaux d’aujourd’hui, il y a un autre maboule, Américain, celui-là. Une énième fusillade au pays de la liberté d’acheter des armes automatiques. La plus meurtrière de l’histoire, paraît-il. Mais les Américains sont comme ça : même leurs faits divers doivent être plus gros que ceux des autres. Pas de quoi être surpris. On sait que la NRA ne tardera pas à expliquer que si les victimes avaient été armées, on n’en serait pas là. On sait que les Américains vont prier sur les victimes, in God they trust, et puis ils ne toucheront à rien, jusqu’à la prochaine fusillade où ils pleureront et prieront encore. Alors non, en effet : la routine n’est pas plus prompte à m’émouvoir que le traitement médiatique d’une attaque au couteau bien pratique pour continuer à nous faire sortir de ce qu’il reste d’état de droit.

Ou alors, c’est que je me suis trop émue hier. J’ai vu mes voisins, là-bas, de l’autre côté des Pyrénées, se faire vilainement casser la gueule par un pouvoir central qui exige qu’ils continuent à jouer avec des règles dont ils ne veulent plus. Dans les vidéos, j’ai vu une jeune femme se faire sauter sur la tête à pieds joints par un flic casqué. J’ai vu des personnes âgées et des pompiers se prendre des coups. J’ai vu des flics tirer à bout portant avec leurs flash-balls. Et aujourd’hui, j’entends. J’entends le silence de l’Europe et des politiciens Français. J’entends les médias m’expliquer que la démocratie c’est vote quand on te le demande et ferme ta gueule le reste du temps. J’ai entendu le service public me ressasser que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne vaut que s’ils veulent bien se plier aux configurations d’antan, parce qu’il ne faut rien changer, parce que les frontières sont sacrées et inamovibles. Et face à ces discours qui tiennent plus de la propagande que de l’analyse, je me demande qu’elle est la vraie situation au Dombass ou en Crimée.

Je ne peux plus m’émouvoir des faits divers, fussent-ils sanglants, parce que j’ai l’esprit beaucoup trop occupé par des questions autrement plus fondamentales : que va devenir cette Europe prête à laisser des flics sauter sur la tête des gens qui ne veulent plus d’un pouvoir centralisé ? Que va devenir la France prête à s’asseoir sur ses libertés parce qu’il y a des gens qui, plutôt que de jouer du couteau par folie ou crapulerie le font au nom d’un quelconque bondieu ? Que vont devenir les peuples qui m’entourent et auxquels j’appartiens quand la démocratie se limite désormais à un bulletin de vote de loin en loin avec l’obligation de se plier à toutes les injonctions le reste du temps ?


La PMA, cette quintessence du libéralisme

Ce matin, j’étais très mal réveillée, j’ai donc été extrêmement surprise d’entendre que France Inter avait enfin découvert qu’on pouvait être opposé à la PMA sans être homophobe ou religieux. Mais évidemment – j’étais mal réveillée, disais-je, et j’avais mal entendu : la radio était en fait réglée sur France Culture, ceci expliquant sans doute cela. A audience moindre, on se permet de réfléchir un chouïa plus loin que le bout de son nez.

Car globalement, toute opposition à ces tripatouillages reproductifs est considérée comme le dernier des archaïsmes, emprunt de haine de l’autre, comme si la nuance ne pouvait exister, comme si on ne pouvait pas au moins essayer de penser en dehors des cases pré-établies et limitées qu’on nous impose.

A gauche, on a décidé sans le moindre débat que la PMA était synonyme d’émancipation, et c’est devenu l’unique revendication sociétale de l’époque pour les personnes auto-estampillées « de gauche ». L’émancipation consiste donc désormais à se déposséder de notre reproduction pour la confier à des médecins et des laboratoires qui doivent sans nul doute y avoir trouvé une manne financière prometteuse. C’est assez comique, d’ailleurs, de constater que cette médicalisation ultime de la reproduction humaine apparaît en même temps que la dénonciation de la surmédicalisation de la naissance sans que personne ne semble rien voir à redire à ces contradictions : « Inséminez-moi artificiellement, mais laissez-moi accoucher naturellement », semblent dire nombre de femmes du XXIe siècle.

Pourtant, la PMA devrait poser bien des questions. Dans une société de plus en plus individualiste, elle tend à faire disparaître l’autre tout en finissant de médicaliser l’ensemble du cycle de la vie. On sera désormais conçu en éprouvette, implanté dans un utérus à l’hôpital, et à l’autre bout de la vie, on finira branché à des machines qui nous maintiendront en vie envers et contre tout pour finalement mourir loin de chez soi au milieu de blouses blanches. L’autre n’est plus un individu, juste un donneur de gamètes. Et pas forcément un seul, d’ailleurs, puisque nous en sommes à fabriquer des êtres humains avec l’ADN de trois individus différents. On voit là les prémices bien entamés de l’eugénisme sans que personne ne trouve à y redire.

Face au déclin bien réel de la qualité du sperme, on ne recherche qu’à peine les causes et encore moins à modifier les modes de vie et de production qui nous ont menés là : on applique au contraire à la reproduction humaine la même logique productiviste qui nous a justement menée là. On sait maintenant que les perturbateurs endocriniens posent d’énormes problèmes, et les clientes de la PMA, pour y faire face, vont opter pour des traitements hormonaux lourds pour retenir le contenu des éprouvettes. Autrement dit, la chimie stérilise l’humain et c’est à la même chimie qu’on demande une solution. Nous avons développé l’usage de ces chimies sans le moindre principe de précaution, et nous nous apprêtons à confier la reproduction humaine dans les mêmes conditions plus ou moins aux mêmes laboratoires.

Autre paradoxe de l’époque, alors qu’on accuse les semenciers céréaliers et légumiers d’avoir non seulement marchandisé mais encore normé les graines de légumes et de céréales, on s’apprête à user massivement de banques de « graines » humaines, en prétendant sans doute qu’elles ne seront pas marchandisés. Comme si dans ce monde on ne marchandisait pas tout ! C’est avoir une vision bien naïve et court-termiste que de croire qu’il en ira autrement avec la semence humaine ! Il viendra bien vite, le moment où on choisira de la semence fabriquée en laboratoire sur la base de plusieurs spermes afin de proposer un catalogue aux aspirants à la reproduction artificielle ! Avec quelles conséquences ? Bien malin celui qui prétend le savoir …

La PMA va tout simplement créer une industrie du bébé. Et c’est cela qu’on appelle « émancipation ». Nous allons atteindre le point ultime de ce que le capitalisme sauvage porte de pire. Tout sera vraiment une marchandise, même les bébés. La PMA est la quintessence du libéralisme économique. Et malgré ça, le discours majoritaire est de nous asséner que la PMA est une idée « de gauche ».


RT, les médias français et le CSA

 

La chaîne de télévision russe RT débarque en France, et voilà l’ensemble de la presse du même pays qui dénonce d’un seul bloc la propagande du Kremlin.

Est-ce que RT est effectivement un outil de propagande ? Oui, indubitablement, et les concernés n’en ont jamais fait mystère. Le Kremlin finance cette chaîne autant que le journal en ligne du même nom. Elle diffuse en plusieurs langues et sa ligne éditoriale est claire : elle se propose de présenter une image de la Russie et une vision de l’actualité autres que celles des médias occidentaux.

Bien. Maintenant que cela est posé, j’ai quelques remarques à formuler, et quelques questions qui en découlent.

En 2002, sous l’impulsion de Jacques Chirac, alors Président, la chaîne française France 24 a été créée dans le but « de donner à la France une voix à l’étranger. » Si une chaîne russe qui diffuse chez nous c’est de la propagande, comment nommer une chaîne française qui diffuse chez les autres ? Et une chaîne financée à grand renfort d’argent public ? Et si c’est différent, pourquoi ? Parce que nous sommes les « gentils » et eux les « méchants » ? Je veux bien, mais je suis certaine que n’importe quel Russe vous dira qu’il est le gentil et que nous sommes les méchants. C’est le problème, avec l’ennemi : « il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui ! »

Mais ça n’est pas tout ! Voyez-vous, depuis que la principale radio de service public française, à savoir France Inter, se prend pour Rire et Chanson en diffusant des programmes abscons, pro-vegans, hystériques, j’en passe et des plus graves, j’ai tendance à opter pour un autre service radiophonique, public, lui aussi, mais de chez nos voisins : la BBC internationale. Car, l’Anglois, toujours prêt à toutes les vilenies, diffuse sa propagande sur presque toutes les ondes du monde, 24 heures sur 24, en 28 langues et la BBC internationale est directement financée, preuve qu’il s’agit bien de propagande, par le ministère des Affaires Étrangères britannique. De l’aveu même d’un responsable de cette radio, son but est  » d’être la voix la plus connue et la plus respectée au monde apportant par là un profit à la Grande-Bretagne« . Mais je suppose qu’eux aussi sont les gentils, donc ça n’est pas très grave.

Nous voilà donc contraints de trouver une chaîne de propagande diffusée en France par des gens « pas comme nous ». Pas besoin de chercher très loin : la chaîne qatarie Al Jazeera émet chez nous depuis 1998. Mais les Qataris sont de gros investisseurs, ils ne peuvent donc pas être l’ennemi, donc il n’y a absolument rien de grave.

La propagande n’est pas qu’une affaire de télévision. Le cinéma hollywoodien est et a toujours été un outil de propagande pour la diffusion à travers le monde de l' »American way of life ». Je vous renvoie au très anticommuniste « L’invasion des profanateurs de sépultures » pour prendre un exemple, mais une large part des productions plus tardives de l’ère Reagan fera tout autant l’affaire. Mais depuis des décennies, on avale cette propagande toute crue sans se poser la moindre question, sans même voir l’uniformisation du monde qu’elle a provoquée au plus grand bénéfice des États-Unis, et nos chers médias français, s’ils l’ont jamais fait, ne s’en offusquent plus depuis bien longtemps. Car les États-Unis sont nos alliés, et il n’est nul besoin de pousser des hurlements de vierge effarouchée quand nos alliés débarquent avec une surconsommation à nous refourguer.

Mais il y a encore plus grave, du moins à mes yeux, que cette hypocrisie « tendance » : il y a le contenu même de notre presse nationale. Car à qui appartient-elle, notre presse ? A quelques exceptions près – L’Humanité, Marianne, le Canard Enchaîné – « nos » journaux appartiennent à des gens qui ont tout intérêt à voir notre actuel Président-Monarque réussir son démantèlement complet du pays. Bien sûr, les journalistes de ces journaux brandissent leur indépendance, mais quiconque regarde leurs publications d’avant les élections à aujourd’hui n’est pas dupe. Donc à tout prendre, au moins, avec RT, je sais où je mets les pieds. Je connais le « filtre », la ligne éditoriale, je n’ai donc aucun mal à voir les traits grossis, les oublis ou les partis pris. Je suis beaucoup plus embêtée avec Le Monde qui brandit son objectivité là où je ne vois plus qu’une presse partisane.

Je ne suis pas pro-Poutine – comment peut-on raisonnablement l’être ? – mais je n’ai rien contre un autre regard sur l’actualité du monde qui élargira suffisamment le champ pour avoir un peu plus de chance, en usant de nos méninges, de trouver le juste milieu.

 


Macron, la valeur travail et mon grand-père.

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Pour nous vendre sa « valeur travail », Emmanuel Macron est allé jusqu’à exhumer les mineurs. C’est à dire qu’il s’est permis de sortir mon grand-père de sa tombe pour l’ériger en exemple de son projet de société.

Écoute-moi bien, Emmanuel, je vais te raconter l’histoire que tu ne connais pas, celle que tu te permets de t’approprier. Je vais te raconter le bassin minier après la fermeture des mines, et les bienfaits du travail pour les mineurs.

Mon grand-père, celui dont tu profanes la tombe et la mémoire, s’appelait Maurice. Il était mineur à Denain. Il te plairait beaucoup : il était illettré. Je sais que tu aimes ça, les illettrés. Enfin, je dis ça, mais il ne l’a pas été toute sa vie. Je ne sais pas trop comment il s’est débrouillé, mais il a réussi à apprendre à déchiffrer seul les journaux. S’il n’a pas appris à lire, c’est qu’on l’a envoyé au fond quand il avait douze ans. Je ne suis même pas certaine que c’était encore légal, à son époque, mais les sociétés des mines se souciaient plus de rentabilité que de légalité. Elles étaient un peu l’équivalent de tes copains des boites cotées en bourse actuelles. Elles étaient aussi regardantes sur l’âge des mômes qu’on envoyait pousser les berlines que sur les conditions de sécurité des mineurs. Tu sais, on est quelques-uns à se souvenir de Courrières, là où ta « valeur travail » a tué bien des hommes. Là où les entreprises qui te sont si chères ont préféré fermer les puits d’aération pour ne pas perdre trop d’argent plutôt que de laisser une chance aux mineurs d’en sortir.

Mais revenons à mon grand-père. Il vivait chichement dans une minuscule maison avec ma grand-mère, ma mère, mes trois tantes et mon arrière grand-mère. Ta « valeur travail » en faisait des gens très pauvres. Le seul moyen de survivre était de s’entasser à trois générations dans des maisonnettes qu’on qualifierait aujourd’hui d’insalubres. C’était encore plus dur pour ma famille : comme il n’y avait que des filles, il n’y avait pas de jeune gars à envoyer au fond pour un salaire supplémentaire. Mais mon grand-père ne devait déjà pas beaucoup aimer ta « valeur travail » : il n’a eu de cesse, toute sa vie, de louer la Providence qui, en ne lui donnant que des filles, avait évité une génération de souffrances supplémentaire.
Je ne l’ai pas connu. Quand il est mort, ma mère, la plus jeune de la famille, avait quatorze ans. Elle se souvient très bien de sa longue, très longue agonie. Elle me l’a racontée souvent. Elle m’a raconté comment son père maigrissait à vue d’œil, rendant plus visibles encore les éclats d’un coup de grisou qui s’étaient fichés sous sa peau. Comme beaucoup de mineurs, mon grand-père Maurice était silicosé. Une bien sale maladie directement liée à ta « valeur travail ». On commence par avoir un peu de mal à respirer, on finit par chercher l’air qu’on ne peut plus absorber. On meurt en insuffisance respiratoire, mais pas d’un coup. On s’étouffe chaque jour un peu plus, sous les yeux de sa famille.

Je n’ai pas connu mon grand-père Maurice, mais quand j’étais gamine, les traces des mines étaient partout dans les rues. Oh, je ne parle pas seulement des terrils, stigmates toxiques de cette époque que tu bénis et qui polluent toujours les eaux et les sols de ma région natale. Non, je parle des vieux, souvent pas si vieux d’ailleurs, mais si usés, de ces anciens mineurs qui traînaient derrière eux une bouteille d’oxygène montée sur roulettes. Ils ne pouvaient rien faire sans cette bouteille. Un tuyau dans le nez, ils passaient beaucoup de temps à avancer à pas comptés, tirant cet oxygène comme un boulet, d’administration en administration pour gagner quelques pourcentages de silicose reconnus. Car ça fonctionnait comme ça : un médecin – que je n’aurais pas laissé soigner mon chien – payé par les sociétés des mines, jetait un coup d’œil à une radiographie des poumons et décrétait une reconnaissance de X % de silicose. Ce pourcentage déterminait le montant de la pension qu’on lui verserait.

Voilà ce que c’était, Emmanuel, ta « valeur travail » pour les mineurs : une bouteille d’oxygène sur roulettes pour aller mendier quelques francs supplémentaires, histoires de continuer à pouvoir manger en attendant l’agonie par insuffisance respiratoire.

Laisse-donc les mineurs où ils sont, Emmanuel. Laisse-donc mon grand-père où il est : en poussière dans sa tombe, sauf ses poumons qui font sans doute deux blocs de charbon dans le cercueil. Et comprends bien une chose : je suis la petite-fille de Maurice. Je ne l’ai pas connu mais je sais ce qu’il a vécu, je sais que ta « valeur travail » l’a tué d’une façon qu’on peut sans exagérer assimiler à de la torture. Je suis la petite-fille d’un mineur qui sait que ce sont des gens comme toi qui l’ont tué ainsi. Les mineurs, ne t’en déplaise, ne m’ont pas appris la « valeur travail ». Ils m’ont appris la dignité. Les bouteilles d’oxygène leur ont volé la leur. Ta « valeur travail » leur a ôté leur dignité. Ils m’ont appris autre chose malgré eux : ils sont morts de la malhonnêteté de gens comme toi parce qu’ils étaient résignés à leur sort. Deux générations plus tard, sache qu’on a retenu la leçon, et qu’on ne laissera pas ta « valeur travail » nous étouffer.


Le Prince, la lune et les fornicateurs de Florent Kieffer

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On a plus ou moins de plaisir à découvrir et à faire découvrir un livre. Concernant ce petit ouvrage, on a très envie de le faire lire à tout le monde. Non qu’il s’agisse d’un chef d’œuvre : je parlerai plutôt de friandise.

Le Prince, la lune et les fornicateurs n’est pas vraiment un roman, mais plutôt un conte moderne. Il était une fois, dans un temps lointain, un royaume où tout le temps libre est utilisé pour se laisser aller à la fornication, au grand désespoir de l’Intendant qui décide de trouver tous les moyens possibles de lutter contre cette activité improductive en combattant l’existence même de l’érection. Avec pareil sujet, il eut été aisé de sombrer dans la vulgarité, dans l’érotisme à deux sous ou dans les lieux communs insupportables : Florent Kieffer évite pourtant tous ces écueils pour nous offrir au contraire un récit plein de finesse et d’humour.

Évidemment, ça n’est pas un conte pour enfants : destinés à celles et ceux qui ont au moins une vague idée de ce qu’est le désir sexuel, l’histoire n’aurait aucun intérêt pour des petits. Mais de par sa forme, et malgré le sujet traité, il s’adresse tout de même à la part d’enfant qui sommeille dans chaque adulte. C’est frais et réjouissant. C’est très facile à lire, si bien qu’il est accessible même aux lecteurs débutants, sans ennuyer les lecteurs confirmés : une vraie gageure pour un auteur !

Comme beaucoup de contes, il délivre une sorte de morale, mais une morale qui explose les cadres rigides que l’humanité n’a eu de cesse de dresser autour des questions de sexualité. On ne regrettera que le rôle secondaire réservé aux femmes dans ce récit, néanmoins, on rit assez pour pardonner.

Vous êtes encore là ? Mais enfin ? Vous devriez déjà être en train de découvrir les premières pages !


Tu n’es pas une boite de petits pois

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Hier, j’ai vu, dans un quelconque talk-show politique, une carte de l’Europe avec les pays coloriés en fonction de la couleur politique de leur gouvernement. C’est ainsi que la Grèce s’est retrouvée couleur extrême-gauche. Oh, c’est certes la couleur que M. Tsipras s’est autocollé sur le front pour être élu, mais qui pourrait sérieusement démontrer et soutenir que la politique menée en Grèce est d’extrême-gauche ? L’exemple de la Grèce était particulièrement frappant, mais à bien y regarder, il y avait beaucoup à redire sur la couleur choisie pour chaque pays européen.

Ça n’a aucun sens, mais il faut absolument coller une étiquette sur chaque pays, sur chaque parti politique et par extension, chaque individu se sent obligé de s’infliger lui aussi une étiquette issue d’un vieux stock d’une époque révolue. Et chacun se baladant avec son « de droite » ou son « de gauche » sur le front participe volontairement à s’asseoir au rayon ou sur la tête de gondole qui lui est réservé sans trop chercher à vérifier si c’est bien sa place.

Je ne suis pas une boite de petits pois. On ne peut m’obliger à faire figurer sur mon front la mention « contient : petits pois, eau, sel, sucre », car le XXe siècle est terminé depuis plus de quinze ans, parce que le monde a changé, très vite, très fort, parce qu’il change encore et que vivant pleinement dans mon époque, je recalibre en permanence mon positionnement en fonction de ces évolutions. Contrairement aux boites de petits pois qui contiennent invariablement « petits pois, eau, sel, sucre », je peux opter, en fonction de ce qui existe ailleurs, de ce qui a été essayé ici ou là, de ce qui a fonctionné, de ce qui a échoué, des conflits, des trêves, de mes espoirs, de mes affinités, pour un peu plus de libéralisme sociétal, ou un peu plus d’ouverture à tel pays en pleine restructuration politique, ou un peu plus de protection des plus faibles ou pour n’importe quels éléments qui semblent pouvoir convenir à la situation présente et non pour un quelconque fantasme plus ou moins régressif.

Contrairement à une boite de petits pois, j’ai un cerveau, une éthique, une possibilité de changer et une capacité d’apprentissage d’autant plus illimitée que l’ensemble des connaissances du monde est à portée de clic. Tout cela fait de moi, comme de n’importe qui au moins en théorie, un être adaptatif qui peut déambuler dans les rayons et faire son choix plutôt que de s’asseoir en tête de gondole et d’y rester pour faire plaisir aux sondeurs.

La Grèce n’a pas un gouvernement d’extrême-gauche. On peut colorier les cartes en rouge sang si on veut, ça n’y changera rien. Je ne suis pas de droite, je ne suis pas de gauche, et on peut me répéter que je dois me coller l’une de ces étiquettes sur la tronche, ça n’y changera rien. Les vieilles grilles de lecture tombent en lambeaux, et aucune autre ne pourra apparaître tant qu’il y aura des gens pour accepter de continuer à les utiliser, quand bien même ils ne s’y reconnaissent plus.

Il me semble pourtant que nombre de mes contemporains ne savent tout simplement plus qui ils sont, où ils se positionnent dans le village-monde, si bien qu’ils choisissent l’auto-étiquetage indélébile. Peut-être pensent-ils qu’être une boite de petits pois est plus facile à vivre que de composer avec le doute et la nécessite d’apprentissages permanents. Mais dans ce cas, ils n’ont pas besoin de politiciens, ni de théoriciens, ni de sondeurs, ni d’élections. Non. S’ils préfèrent être des boites de petits pois plutôt que des être pensants, alors ce qu’il leur faut, c’est une psychanalyse.


La télé-réalité intelligente existe.

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J’en étais donc là, à zapper mollement en sortant du boulot, quand je suis tombée sur une émission de télé-réalité absolument fascinante. Si si.

J’ignore le nom de cette émission, mais on nous montrait le quotidien des draveurs du Yukon. Le Yukon, c’est un fleuve en Alaska : un endroit aussi dangereux que sublime. Draveur, c’est une profession qui n’existe pas en France mais qui est très connue dans le nord de l’Amérique. A la base, c’était les gens qui conduisaient les trains de grumes sur les fleuves (*), aujourd’hui, ce sont visiblement surtout des gens qui descendent le fleuve sur des radeaux qu’ils ont construits eux-mêmes pour ramasser et débiter le bois flotté charrié par ledit fleuve afin de le revendre dans les villages comme bois de chauffage. A la fin de leur périple, ils démontent aussi le radeau et en revende le bois.

Vous imaginez bien que le quotidien, dans ce contexte, est une véritable aventure, dangereuse et fascinante.

Les chaînes françaises produisent beaucoup d’émissions de télé-réalité qui sont très loin de toute réalité. La plupart du temps, on nous y montre des gens esthétiquement très présentables selon les normes en vigueur, mais seulement jusqu’à ce qu’ils ouvrent la bouche : on ne voit que des décérébrés parfaitement inutiles au monde vaquant à des activités qui n’existent pas dans la vraie vie. Des sortes d’humains en plastique dans un bocal bien chauffé.
Là, je voyais défiler sur le Yukon des vrais gens, des gueules cassées, des bouches édentées au milieu de barbes crasseuses, de vraies tronches sans qui les habitants des villages d’Alaska manqueraient sans doute de bois de chauffage. Je voyais des vrais gens qui vivaient une vraie aventure, pas pour la gloire mais, soyons clairs, pour le fric, car visiblement le bois est cher dans ces contrées. Même si une part du bidule est sans doute scénarisée, ça n’en était pas moins des vraies vies.

Je me suis imaginée môme devant ce programme et je suis sûre que j’aurais adoré cette fenêtre ouverte sur un coin paumé du monde où des gens se remuent l’arrière-train avec beaucoup de savoir-faire sur de superbes radeaux d’une dizaine de tonnes.

Et j’y ai vu une émission de télé-réalité intelligente.

Oh , ne mélangeons pas tout : je n’ai pas dit intellectuelle. Seulement intelligente : on nous montre là l’étendu des possibles. On nous donne à voir des gens fracassés à bien des égards héros de leur propre rude vie.

Ça n’est pas la première fois que je tombe sur ce genre de programmes, il en existe pas mal avec des tas de professions plus ou moins délirantes, mais toujours manuelles. De ces émissions qui doivent pousser pas mal de gosses à se dire « wahou ! Je veux faire ça quand je serai grand ! » Des modèles accessibles.

En re-zappant, j’ai vu que les seuls métiers que les émissions françaises nous donnent à voir, ce sont les flics, les gendarmes, les douaniers, quelques médecins et encore la police.
Pour les gamins, on a bouché l’horizon. On ne leur montre pas l’étendue des possibles, même les plus cinglés. On leur montre seulement qu’un pas de côté mène en prison.
On peut reprocher plein de trucs aux États-Unis, mais au moins savent-ils encore faire rêver tous les gosses, et pas seulement ceux qui passeront par les lycées d’élite.

(*) Si le sujet vous intéresse, j’en profite pour vous conseiller la lecture de Dernière nuit à Twisted River de John Irving.


Sus aux cruciphiles !

Monty_Python_La_Vie_de_Brian

La tendance actuelle est à la haine des musulmans, et un peu des juifs, mais pour ces derniers, c’est le cas depuis 2000 ans. Ça n’excuse rien, évidemment, mais on a l’habitude. Seulement, voyez-vous, les musulmans ne me menacent en rien. Je ne suis pas à l’abri d’une bombe ou d’une petite cuillère de maboule à barbe criant Allahou Akbar, d’accord. Mais je ne suis pas à l’abri d’un accident de bagnole ou de tracteur, d’un échappé de psychiatrie ou d’un quelconque cinglé, à barbe ou pas. C’est la vie, le risque zéro est un mythe, et il faut bien mourir de quelque chose. Mais dans l’ensemble, n’en déplaise aux victimes de l’inflammation nationaliste, les musulmans ne me font pas chier.
Il n’en va pas du tout de même des catholiques. Les catholiques n’ont jamais cessé d’attaquer mon droit à la contraception, mon droit à l’avortement, mon droit à m’envoyer en l’air avec qui je veux, où je veux et de la façon qui me plaît. Ce ne sont pas des pharmaciens musulmans qui refusent de vendre la pilule du lendemain au nom de leur crise de foi. La saloperie, qui malheureusement bouge encore, nommée Xavier Dor et ses copains ne sont pas musulmans. Ce ne sont pas les musulmans qui ont majoritairement emmerdés tous les copains et copines homosexuels qui souhaitaient avoir les mêmes droits que moi lors du vote de la loi Taubira, et encore aujourd’hui. Ce ne sont pas les juifs non plus.

Aujourd’hui, en tant que femme et en tant que femme prête à découper en rondelles le premier qui prétend m’ôter des droits durement acquis, en France, les seuls qui viennent m’empuantir le quotidien sont bien les activistes cruciphiles.

Le monde musulman, quoi que ça signifie, a une vraie grosse révolution à faire en son sein concernant son rapport aux femmes. Comme les juifs, comme les chrétiens. Mais c’est le combat des femmes qui choisissent plus ou moins de ne pas s’extraire de ces superstitions archaïques.
Me concernant directement, avec un instinct de conservation parfaitement égoïste et exempt d’hypocrisie, ceux qui me font chier, qui m’emmerdent profondément et qui me compliquent la vie prient à genoux et mains jointes, pas le cul vers les cieux ou un chiffon sur la tête.