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Les droits d’auteur : vue de l’auteur.

Le président du Syndicat National des Éditeurs – pendant verbeux de la sacem – racole : “Nous défendons le droit d’auteur contre le piratage et le mythe de la gratuité. » « Pourquoi le travail de l’esprit aurait moins de valeur que la production de matériel ? » Hein ? D’abord ! Les auteurs veulent des sous ! Et d’ajouter : « Face à la gratuité, le droit d’auteur n’est pas un obstacle à la diffusion des connaissances. »  J’ai une bonne nouvelle : il a parfaitement raison sur ce dernier point.

Cette grande innovation du discours a été testée dans les faits sur l’industrie de la musique. Le droit d’auteur s’est imposé pour couper le robinet de toutes les plates-formes d’échanges imaginables et possibles. Et nous écoutons toujours de la musique téléchargée. C’est que pendant que les vendeurs de miel complotaient dans leur coin, beaucoup d’entre-nous se sont mis à chercher des biais pour découvrir de la musique sans risquer de finir pendus, ou peu s’en faut. De leur côté les musiciens aussi ont gambergé. Il fallait qu’ils puissent diffuser leur musique, mais il ne fallait pas que les gens qui avaient la curiosité ou la gentillesse de les écouter finissent en prison. Quelques détails techniques et l’appétit pécuniaire revu à la baisse plus tard, des millions de musiciens de toutes les sortes, mauvais, prometteurs ou géniaux offrirent leur musique en téléchargement libre avec diverses options payantes. Les supports matériels étaient facturés mais accompagnés de dessins, d’affiches, d’auto-collants et d’autres bidules plus ou moins artistiques ou esthétiques.

Les musiciens se sont passés des crieurs au droit d’auteur et aujourd’hui nous avons tous un accès grandement facilité aux musiques de tous les garages et studios du monde et à toute la potentialité créative que vous savez. Il n’est pas du tout sûr que ces musiciens auraient mieux mangé en jouant avec les règles du jeu des marchands de musique.

Donc, qu’aujourd’hui les industrieux du livre clament le droit à gagner beaucoup d’argent des écrivailleurs starisés, c’est une bonne nouvelle.

Une grande part des amoureux des mots en ont marre des soupes verbeuses prix-littérarisées. Alors qu’ils commencent à s’équiper d’appareils qui permettent de se promener avec une bibliothèque dans la poche, ils ne voient pas pourquoi il leur faudrait payer si cher les niaiseries qu’on leur sert.

Quand aux auteurs des coins de comptoirs et des bibliothèques froides, il leur faut écrire et diffuser.

Le président du SNE et ses collègues sont des hommes d’affaire à qui échappe le plus complètement la nature du processus de création et je les en remercie. Hier nous avions besoin d’eux si nous voulions être lus. Aujourd’hui, nous avons les moyens de nous débrouiller sans eux. Le travail de l’esprit n’a effectivement pas moins de valeur, il n’a seulement pas les mêmes. La priorité du travail de l’esprit est d’être reçu par d’autres esprits. L’argent ne vient qu’ensuite.

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