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Vera Rubin : une femme dans la galaxie

Vera Rubin fait partie des gens qui ont révolutionné la science. Et même complètement transformé notre vision de l’univers. Rien que ça, et je n’exagère pas.

En effet, Vera Rubin a découvert que notre galaxie tournait sur elle-même. Avant elle, on pensait qu’une galaxie était relativement fixe. Mais à force de patience, d’observations et de calculs, elle a pu déterminer précisément la vitesse de rotation des étoiles. Et comme elle avait oublié d’être bête, elle s’est alors demandée pourquoi les étoiles n’étaient pas expulsées de la galaxie du fait même de cette rotation, comme ça aurait normalement dû se passer selon les lois de Newton. On lui doit donc aussi partiellement – d’autres avaient travaillé sur la question avant et ont continué après – la connaissance de l’existence d’un trou noir au centre de notre galaxie et de matière noire un peu partout. Quand je vous disais qu’elle a transformé notre vision de l’univers !

Veza Rubin était donc ce qu’on peut appeler une très grande dame de sciences.

Son père était un immigré juif Lituanien, lui-même fils de gantier. Sa mère était une immigrée juive de Moldavie, elle-même fille de tailleur. Pas grand-chose dans l’histoire familiale ne prédestinait cette dame à devenir l’une des plus grandes scientifiques de son époque. Au lycée, son professeur de science ne parlait qu’aux garçons. Il lui avait expliqué que les filles devaient, pour réussir, se tenir à l’écart des sciences. Il y a heureusement des femmes qui se fichent bien de ce qu’on leur dit. Nombreux ont été ceux qui ne l’ont pas prise au sérieux du fait qu’elle était une femme, bien sûr. Mais aucun vieux grincheux ne peut empêcher une femme intelligente de faire de bonnes observations et des calculs irréprochables. Elle a, entre autres, suivi les cours de Feymann. Elle s’est mariée à dix-neuf ans, et quand elle a obtenu son doctorat d’astronomie, à vingt-six ans, elle avait déjà deux enfants, et en a eu deux autres par la suite. Ses travaux étant largement reconnus par ses pairs, elle devint la première femme à avoir officiellement le droit d’utiliser le télescope de l’observatoire du Mont Palomar pour ses recherches. Jusqu’alors, l’accès en était interdit aux femmes. Parce qu’il n’y avait pas de toilettes pour dames. Non, ça n’est pas une blague. Devenue chercheuse, elle devait chaque jour quitter son travail à quinze heures pour s’occuper de ses enfants. De son propre aveu, elle a effectué presque toute sa carrière à temps partiel. J’ose à peine imaginer ce qu’auraient été les fruits d’une carrière à temps complet.

Pendant toute la fin de sa vie – elle est décédée à Noël, l’année dernière – elle a œuvré pour inciter les femmes à s’intéresser aux sciences. « À l’échelle de la planète, la moitié des neurones appartiennent aux femmes » disait-elle. Et le fait est que c’est toujours plus compliqué pour les premières. Vera Rubin a été la première femme dans un nombre délirant d’institutions. Elle n’a pas fait que découvrir des connaissances astronomiques fondamentales : elle a ouvert les portes pour toutes celles qui ont suivi et qui suivront encore.

Le plus grand hommage que nous puissions rendre à cette grande dame, c’est donc bien d’utiliser cette moitié des neurones humains pour apprendre.

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The handmaid’s tale.

Il y a les séries qui pétaradent, où la forme fait office de scénario, où le fond se noie dans la vacuité, où les acteurs sont transparents, où la photographie est bâclée, où on alterne action et sexe pour garder le spectateur éveillé. Et il y a The Handmaid’s tale.

Cette série en dix épisodes est un petit bijou de réalisation. Dystopie glaçante par son réalisme et sa probabilité, c’est avec des petites touches, des sous-entendus, bref, beaucoup de finesse qu’on nous décrit à la fois une société et la façon dont elle s’est construite. Certains sujets ne sont qu’effleurés, et c’est ainsi qu’ils en deviennent essentiels. D’autres sont fouillés au point d’en devenir insupportables. Et si le fond est là, la forme n’a pas été oubliée : la photographie est sublime, le rythme impeccablement géré et les acteurs sont excellents. Mention spéciale à l’actrice principale, Elizabeth Moss, qui fait jusqu’ici une carrière irréprochable avec un choix de séries intelligentes. Elle a visiblement choisi de ne pas aller se pervertir dans de grosses productions informes qui rapportent beaucoup en n’apportant rien aux spectateurs, et c’est heureux.

Même si le procédé des allers et retours dans le temps pourrait sembler éculé, il est ici parfaitement justifié et surtout parfaitement calculé. Seul bémol : le choix de la musique est dommageable, il ne colle pas toujours à l’ambiance générale, mais on pardonne facilement cet écueil devant le niveau de l’ensemble.

On découvre au générique beaucoup de noms féminins, bien plus qu’on n’en voit habituellement dans ce genre de productions, et si ça n’est pas une fin en soi, une réalisation féminine semblait indispensable pour traiter ce sujet. Il est fort probable que ce regard féminin est pour beaucoup dans la réussite de la réalisation.

The Handmaid’s tale est tiré du roman de Margaret Atwood : La Servante écarlate, et c’est la première fois qu’une série me donne très envie de me précipiter sur le livre et plus généralement sur l’œuvre d’un auteur.

Je ne peux que vous conseiller de visionner The Handmaid’s tale, mais soyez prévenus : c’est pesant (et c’est pour ça que c’est bien).


Overdose de clitoris

Pas un jour ne passe sans qu’en lisant les journaux ou les réseaux sociaux je ne remercie la génétique de ne pas avoir fait de moi un homme. En d’autres temps et/ou d’autres lieux, il est évident que je verrais les choses sous un autre angle, mais en France, en ce début de XXIe siècle, je suis profondément soulagée d’être une femme.

Certes, si j’étais cadre supérieur, je râlerais sans doute des écarts de salaires d’avec mes mâles collègues, mais je suis ouvrière agricole, et chez nous autres les bouseux archaïques, tout le monde se salit pareillement la cotte de travail pour un salaire égal sans regarder qui a quoi entre les jambes. Et puis par ici, quand on parle de sexe, ça concerne essentiellement la reproduction des bovins. Ou alors, c’est qu’on fait des blagues. Passez deux heures avec des mamies Bretonnes loin des oreilles masculines, vous serez surpris de la teneur de leur humour. On m’a dit que les hommes font la même chose loin des oreilles féminines, mais forcément, je n’ai aucun moyen de le vérifier. En tout cas, il ne viendrait à l’idée de personne, au village, de poser son clitoris sur la table. On peut nommer l’organe, mais de là à le brandir en public, il y a des limites.

Ces temps-ci, la presse passe son temps à poser des clitoris partout. « Connaissez-vous vraiment le clitoris ? » nous demandait le Parisien le 4 octobre. « Une sculpture géante de clitoris exposée sur un rond-point suisse », nous disait Madame Figaro la veille. Et ça n’est pas le seul clitoris géant, car d’après le Huffington Post du 24 septembre, « « Clitoriz soufflé », le clitoris géant est exposé au cœur de Bruxelles. » Voilà pour la sculpture, mais les modes d’emploi ne manquent pas non plus. Ainsi, La Dépêche du 21 septembre titrait «  Le clitoris, précieux sésame pour atteindre l’orgasme pour 75% des Américaines » en écho à l’article de RFI du 14 septembre « A quoi sert le clitoris ? ». Le 3 septembre, Le Monde s’approchait du prix Albert Londres avec son article « Le clitoris, clé du plaisir féminin » alors que le 3 septembre, France Info écrivait « Le clitoris, histoire d’une omerta. » Pour dire à quel point c’est l’omerta, surtout ces temps-ci, le 3 juillet, le Figaro y allait déjà d’une vidéo « Le clitoris expliqué en trois minutes » (et chacun sait comme le Figaro est un journal révolutionnaire), le 1er septembre, France Info, encore, titrait « Clitoris, on commence à peine à en parler », et je vous passe les dizaines d’articles sur la présence du clitoris dans les manuels scolaires. Et grâce à l’imprimante 3D, on en fabrique maintenant des reproduction à la chaîne pour les poser sur la table.

Bizarrement, quand j’effectue la même recherche d’actualité non avec un clitoris mais avec un pénis, je ne trouve qu’un marathonien avec le pénis qui se balade hors short sur la ligne d’arrivée et des canards qui doublent la taille de leur pénis en fonction de leur environnement. Pas de vidéo pédagogique, aucun article didactique, seulement une bistouquette en vadrouille et des canards.

Vous noterez que l’argument selon lequel « on commence juste à en parler » a tendance à beaucoup m’amuser. Dans ma collection de livres, j’ai plusieurs ouvrages datant du début du XXe siècle qui mentionnent tant l’existence que la fonction de l’organe féminin. Ainsi, « La Femme Médecin du Foyer », édité en 1923, était un livre à gros tirage destiné à vulgariser l’anatomie. Comme son titre l’indique, il était publié à l’usage des femmes. Il s’agit d’un ouvrage extrêmement réactionnaire qui conclut son chapitre sur la vie sexuelle par cette phrase fabuleuse : « Il est de notre devoir de ne pas éviter les naissances. » La page 260 n’en est pas moins consacrée au clitoris. On y précise que « la nature n’a créé aucun organe sans but », qu’« en excitant le clitoris par des pressions ou des attouchements on peut provoquer des contractions utérines » et qu’il est « destiné à procurer des sensations voluptueuses. » La page suivante étant consacrée au pénis et à la façon dont il est innervé donc excitable. Mes arrières grands-mères pouvaient donc apprendre le fonctionnement du clitoris autant que celui du pénis dans un bête bouquin réactionnaire d’anatomie vulgarisée. Sans avoir pour autant besoin de mettre des clitoris partout.

N’allez pas croire que cela me choque. J’en ai un comme la moitié de l’humanité, ça ne me choque pas plus qu’un rein, qu’un foie ou qu’un poumon. Seulement, je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qu’entendrait un homme qui poserait son pénis sur la table alors qu’il est de nos jours « tendance » de faire la même chose avec un clitoris. Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Qu’on enseigne l’anatomie aux enfants, c’est une nécessité de base, et il n’y a aucune raison de faire disparaître des organes des planches anatomiques. Mais pourquoi diantre coller ainsi des clitoris partout ? Et surtout, s’il s’agit d’améliorer la vie sexuelle du peuple, pourquoi alors le même travail n’est-il pas fait concernant le pénis ? Si on peut parler sérieusement du clitoris, pourquoi le pénis est-il un objet d’étude chez les canards et de raillerie chez les marathoniens à la bistouquette indisciplinée ? Si l’on explique à longueur de page l’utilité et le fonctionnement du clitoris, pourquoi ne prend-on pas le même soin d’expliquer que le pénis n’est pas uniformément innervé, que les sensations procurées par le contact de sa base ne sont pas les mêmes que celles procurées par des pressions et attouchements de son gland ? Le clitoris, c’est génial, et le pénis, c’est sale ? Tout cela me donne surtout l’impression que nombre de femmes brandissent leur clitoris exactement de la façon dont les hommes jadis – et parfois encore de nos jours – brandissaient leur pénis comme sceptre de leur puissance.

La sexualité féminine reste un champ de bataille : ces articles ne me semblent pas avoir comme autre but que de la convertir à la très sainte performance de l’époque. L’homme a le devoir de faire jouir, la femme a le devoir de jouir. Quant à la sexualité masculine, elle n’est plus traitée que sur le terrain de la déviance : l’homme n’est plus seulement l’ignorant du clitoris (j’aimerais quand même que les journalistes qui écrivent sur le sujet m’expliquent quel genre d’hommes elles ont bien pu rencontrer), mais l’homme n’est surtout plus qu’un harceleur, un violeur, un bourreau d’épouse. Si le clitoris est omniprésent, la sexualité masculine n’existe plus dans l’espace public que sur ce terrain des maltraitances faites aux femmes. A croire que personne n’a plus rien à apprendre du fonctionnement du pénis et que la sexualité masculine n’est qu’une affaire de violence.

Alors oui, en ce lieu et à cette époque, quoi que cette nouvelle sorte de féminisme maltraitante des hommes me fasse honte en tant que femme, je suis heureuse d’être une femme. Au moins n’ai-je pas à me justifier de ne pas être maltraitante par nature.

Ah oui, tant que j’y suis : les vaches aussi ont un clitoris, mais elles n’en font pas toute une histoire.

Et pour conclure : comment auriez-vous réagi si j’avais illustré l’article par une photo de pénis ?

 


De la transparence des mots

Ce matin, dans la radio publique, la chroniqueuse qui semble se noyer entre chaque phrase parce que personne ne lui a appris à respirer n’était pas très contente : elle trouve que nous manquons de compassion pour les victimes du maboule au couteau de Marseille. On ne sait plus ce qu’est une victime, nous dit-elle et sur ce point, elle a raison, mais sans doute pas pour les raisons qu’elle croit.

On ne sait plus qui est une victime car de nos jours tout le monde est une victime. Enfin non. De nos jours, toutes les femmes sont des victimes. Un femme assise dans le métro à côté d’un gars qui ne serre pas les jambes est une victime. Une femme qui se fait siffler dans la rue est une victime. Une femme qui va de son plein gré dans une émission de télévision qui n’existe que pour malmener les gens car c’est ça qui fait de l’audience puis qui pleure de s’y faire malmener est une victime. Une femme qui porte un voile est une victime. Une femme qui élève seule ses enfants est une victime. Une femme célibataire qui n’a pas accès à l’insémination artificielle est une victime. Une femme stérile est une victime. Une femme mariée à un homme qui ne passe pas l’aspirateur est une victime. À longueur de temps et d’articles, les femmes sont présentées comme des victimes impuissantes. À ces victimes-là, il faut encore adjoindre toutes les autres : celles, hommes ou femmes, des catastrophes naturelles, celles des guerres, des migrations, des répressions politiques, des violences policières, du système carcéral, des pollutions diverses, de la pauvreté, j’en passe, des aussi graves, lointaines ou pas. Quand surgit l’horreur en bas de chez nous, les victimes d’un maboule se retrouvent noyées dans le flot incessant de victimes sans gradation. Car voilà bien le souci. Le mot « victime » englobe tant de réalités et la plupart du temps sans le moindre adjectif permettant de le nuancer qu’elles deviennent toutes égales. Une femme sifflée dans la rue égale une Érythréenne violée vingt-cinq fois sur le chemin de l’exil égale une femme égorgée sur le parvis d’une gare égale une femme assise inconfortablement pour cause de guibolles masculines écartées dans le métro.

À force d’utiliser un même mot pour des situations si diverses, on le rend transparent. Et un mot transparent finit par ne plus avoir aucun impact. Notre langue est riche de trente cinq mille mots. Je suis certaine que l’usage de quelques adjectifs suffirait à redonner leur force aux noms communs qu’on a usés à tant en abuser. Sauf à considérer qu’une femme sifflée est effectivement dans la même situation qu’une femme égorgée.


La PMA, cette quintessence du libéralisme

Ce matin, j’étais très mal réveillée, j’ai donc été extrêmement surprise d’entendre que France Inter avait enfin découvert qu’on pouvait être opposé à la PMA sans être homophobe ou religieux. Mais évidemment – j’étais mal réveillée, disais-je, et j’avais mal entendu : la radio était en fait réglée sur France Culture, ceci expliquant sans doute cela. A audience moindre, on se permet de réfléchir un chouïa plus loin que le bout de son nez.

Car globalement, toute opposition à ces tripatouillages reproductifs est considérée comme le dernier des archaïsmes, emprunt de haine de l’autre, comme si la nuance ne pouvait exister, comme si on ne pouvait pas au moins essayer de penser en dehors des cases pré-établies et limitées qu’on nous impose.

A gauche, on a décidé sans le moindre débat que la PMA était synonyme d’émancipation, et c’est devenu l’unique revendication sociétale de l’époque pour les personnes auto-estampillées « de gauche ». L’émancipation consiste donc désormais à se déposséder de notre reproduction pour la confier à des médecins et des laboratoires qui doivent sans nul doute y avoir trouvé une manne financière prometteuse. C’est assez comique, d’ailleurs, de constater que cette médicalisation ultime de la reproduction humaine apparaît en même temps que la dénonciation de la surmédicalisation de la naissance sans que personne ne semble rien voir à redire à ces contradictions : « Inséminez-moi artificiellement, mais laissez-moi accoucher naturellement », semblent dire nombre de femmes du XXIe siècle.

Pourtant, la PMA devrait poser bien des questions. Dans une société de plus en plus individualiste, elle tend à faire disparaître l’autre tout en finissant de médicaliser l’ensemble du cycle de la vie. On sera désormais conçu en éprouvette, implanté dans un utérus à l’hôpital, et à l’autre bout de la vie, on finira branché à des machines qui nous maintiendront en vie envers et contre tout pour finalement mourir loin de chez soi au milieu de blouses blanches. L’autre n’est plus un individu, juste un donneur de gamètes. Et pas forcément un seul, d’ailleurs, puisque nous en sommes à fabriquer des êtres humains avec l’ADN de trois individus différents. On voit là les prémices bien entamés de l’eugénisme sans que personne ne trouve à y redire.

Face au déclin bien réel de la qualité du sperme, on ne recherche qu’à peine les causes et encore moins à modifier les modes de vie et de production qui nous ont menés là : on applique au contraire à la reproduction humaine la même logique productiviste qui nous a justement menée là. On sait maintenant que les perturbateurs endocriniens posent d’énormes problèmes, et les clientes de la PMA, pour y faire face, vont opter pour des traitements hormonaux lourds pour retenir le contenu des éprouvettes. Autrement dit, la chimie stérilise l’humain et c’est à la même chimie qu’on demande une solution. Nous avons développé l’usage de ces chimies sans le moindre principe de précaution, et nous nous apprêtons à confier la reproduction humaine dans les mêmes conditions plus ou moins aux mêmes laboratoires.

Autre paradoxe de l’époque, alors qu’on accuse les semenciers céréaliers et légumiers d’avoir non seulement marchandisé mais encore normé les graines de légumes et de céréales, on s’apprête à user massivement de banques de « graines » humaines, en prétendant sans doute qu’elles ne seront pas marchandisés. Comme si dans ce monde on ne marchandisait pas tout ! C’est avoir une vision bien naïve et court-termiste que de croire qu’il en ira autrement avec la semence humaine ! Il viendra bien vite, le moment où on choisira de la semence fabriquée en laboratoire sur la base de plusieurs spermes afin de proposer un catalogue aux aspirants à la reproduction artificielle ! Avec quelles conséquences ? Bien malin celui qui prétend le savoir …

La PMA va tout simplement créer une industrie du bébé. Et c’est cela qu’on appelle « émancipation ». Nous allons atteindre le point ultime de ce que le capitalisme sauvage porte de pire. Tout sera vraiment une marchandise, même les bébés. La PMA est la quintessence du libéralisme économique. Et malgré ça, le discours majoritaire est de nous asséner que la PMA est une idée « de gauche ».


Onibaba de Kaneto Shindō

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Voilà un excellent film que vous ne regarderez pas en famille. Évidemment, vous êtes parfaitement libre de faire comme vous le souhaitez, néanmoins, outre la présence quasi-permanente de tétons à l’écran, je suis certaine que vous ne voulez pas expliquer à vos enfants pourquoi la vieille dame à tête de sorcière se masse les seins en se frottant à un arbre mort.

Maintenant que j’ai votre attention, voyons le reste.

Et commençons par ce qui me tient toujours à cœur au cinéma : la photographie. Dans Onibaba, elle est superbe. Vous pouvez mettre le film en pause absolument n’importe où et vous aurez une magnifique photo à l’écran. Je crois que je n’avais pas vu
une photographie aussi bien pensée et réalisée de bout en bout depuis le Barry Lyndon de Kubrick : c’est dire !

Bien sûr, ça ne suffit pas à faire un film. Mais rassurez-vous, tout le reste se tient autant. L’ouverture se fait sur une salve de taiko qui vous attrape tout de suite par les tripes.
– Si vous ne connaissez pas les tambours japonais, je vous invite à aller en écouter : ces machins-là vous réveillent l’instinct guerrier ; deux minutes d’écoute et vous voilà debout sur le canapé brandissant un katana, prêt à en découdre. C’est redoutable. –

Le reste de la musique est à la fois discret et terriblement efficace. Et pas très binaire : c’est japonais.

Enfin, il y a l’histoire elle-même. En temps de guerre, deux femmes tuent des soldats pour mieux les dépouiller. Voilà pour la base, je n’aime pas révéler les intrigues, mais sachez qu’on parle ici de la force du désir, de la peur, de la superstition, de la manipulation et tout cela s’entremêle.
S’il vous est inconfortable de regarder des films japonais sous-titrés, sachez que celui-ci est fort peu bavard : vous n’aurez pas grand-chose à lire et c’est très bien comme ça.
Une bien chouette découverte que je vous recommande chaleureusement.


Madame Tsching, la terreur des mers de Chine

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On ne sait pas grand-chose de l’enfance de Madame Tsching. On est seulement certain qu’elle est née en Chine vers 1775. On en sait plus sur la suite.

En 1801, Madame Tsching était encore une jeune prostituée, très connue pour son sens des affaires et de la diplomatie sur l’oreiller, quand le bateau sur lequel elle voyageait fut attaqué par des pirates, les hommes de Cheng I. Ce dernier était un pirate très réputé, un rebelle prompt à se mêler de politique. Il était, de notoriété publique, fou amoureux d’un jeune pêcheur, mais tout cela était trop compliqué pour l’époque, si bien que Cheng I épousa Madame Tsching. Ainsi, Cheng I profitait des confidences recueillies dans le bordel de Madame Tsching, et Madame Tshing obtint un contrat très clair qui lui octroyait la moitié des biens de son époux. Les jeunes mariés adoptèrent un jeune garçon capturé lors d’un raid : Zhang Pao Tsai.

Cheng I mourut six ans plus tard, et Madame Tsching, à grand renfort de manipulations politiques, prit la tête de la flotte de son défunt mari : une flotte de quatre cents navires et leurs soixante-dix mille hommes. Afin de s’en assurer tout le contrôle, elle épousa Zhang Pao Tsai, son fils adoptif, qu’elle avait déjà promu au rang de lieutenant.

Madame Tsching étant une femme d’affaire hors pair, elle savait qu’il fallait structurer sa flotte et lui donner un cadre. C’est ainsi qu’elle édicta une sorte de Code civil et pénal interne à sa flotte. On en connaît l’essentiel, et surtout, on sait que ce Code était strictement appliqué. Les ordres sont donnés exclusivement par les dirigeants de la flotte, c’est à dire par Madame Tsching et son fils adoptif de mari. Désobéir est une offense capitale menant à la peine capitale. Piller un village qui soutient la flotte est passible de mort. Celui qui vole dans le butin est abattu. Celui qui viole les prisonnières est condamné à mort. Si un pirate a des relations sexuelles avec une prisonnière, même consentante, il est décapité et la prisonnière est jetée à la mer, des poids accrochés aux pieds. Si un pirate déserte et qu’il est repris, on lui coupe une oreille et on la cloue là où tout le monde peut la voir.

Madame Tsching mène donc ses hommes aux pillages, et entre sa flotte gigantesque et son équipage qui marche à la baguette, c’est un franc succès. Tout y passe : les navires marchands, les villages côtiers et un peu de trafic de prostituées pour arrondir les fins de mois. A l’occasion, les bateaux remontent les rivières pour aller piller un peu plus loin.

Évidemment, le gouvernement local apprécie très moyennement les activités lucratives de Madame Tsching, et il envoie toute sa flotte à sa rencontre. C’est un carnage. Non seulement beaucoup des hommes envoyés à l’assaut de Madame Tsching sont zigouillés, mais en plus la flotte pirate se renforce avec les navires ainsi capturés. Pour se défendre, le gouvernement n’a plus sous la main que les bateaux de pêche qu’il confisque.

C’est grâce à un accord entre ce gouvernement et le second pirate le plus puissant de la mer de Chine que la vie de pirate de Madame Tsching prendra fin. En échange d’une amnistie pour ses hommes et lui, il lance ses navires sur ceux de Madame Tsching et, non sans mal, finit par remporter la bataille.

Madame Tsching elle-même y survivra, et elle vivra encore trente ans des revenus confortables générés par un réseau de bordels et de cercles de jeux.


Crime d’honneur de Elif Shafak

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À peine ai-je ouvert ce livre que je me suis dit : « ouille ». Et ce avant même de lire le premier mot du roman. C’est que j’ai regardé l’ours dans lequel figurait la mention : « Titre orginal : Honour ». Et quand un traducteur pervertit à ce point le titre d’un ouvrage, on peut s’attendre au pire pour la suite. En tout cas, on n’est pas dans de bonnes dispositions pour lui faire confiance. Et il se trouve que les qualités littéraires sont très inégalement réparties au fil du récit, et pas seulement parce qu’il est fait par plusieurs narrateurs.

On peut décider de passer outre le simple style, mais alors il faut une histoire palpitante. Hélas ! Malgré un sujet qui aurait pu être un parfait support pour relater la place des femmes dans la société kurde, et il semble bien que ça soit l’intention première de l’auteur, nous voilà face à une accumulation de personnages archétypaux jusqu’à la caricature et de grosses ficelles bonnes à amarrer un supertanker. Comment croire à la sage-femme sorcière telle qu’on peut la croiser trait pour trait dans n’importe quel roman vaguement fantasy pour adolescentes ? Comment croire au doux-dingue désincarné à en virer aigre ? Et pire que tout : comment ne pas s’agacer devant l’usage intempestif de la jumelle pour justifier un revers de situation qui se veut l’apothéose du roman ?

J’ai fini ce livre comme on termine une corvée avant de ne pas le ranger dans la bibliothèque, avec l’agacement que je ressens toutes les fois que je tombe sur une auteur qui se dit féministe en usant de clichés érodés pour œuvrer.


Sus aux cruciphiles !

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La tendance actuelle est à la haine des musulmans, et un peu des juifs, mais pour ces derniers, c’est le cas depuis 2000 ans. Ça n’excuse rien, évidemment, mais on a l’habitude. Seulement, voyez-vous, les musulmans ne me menacent en rien. Je ne suis pas à l’abri d’une bombe ou d’une petite cuillère de maboule à barbe criant Allahou Akbar, d’accord. Mais je ne suis pas à l’abri d’un accident de bagnole ou de tracteur, d’un échappé de psychiatrie ou d’un quelconque cinglé, à barbe ou pas. C’est la vie, le risque zéro est un mythe, et il faut bien mourir de quelque chose. Mais dans l’ensemble, n’en déplaise aux victimes de l’inflammation nationaliste, les musulmans ne me font pas chier.
Il n’en va pas du tout de même des catholiques. Les catholiques n’ont jamais cessé d’attaquer mon droit à la contraception, mon droit à l’avortement, mon droit à m’envoyer en l’air avec qui je veux, où je veux et de la façon qui me plaît. Ce ne sont pas des pharmaciens musulmans qui refusent de vendre la pilule du lendemain au nom de leur crise de foi. La saloperie, qui malheureusement bouge encore, nommée Xavier Dor et ses copains ne sont pas musulmans. Ce ne sont pas les musulmans qui ont majoritairement emmerdés tous les copains et copines homosexuels qui souhaitaient avoir les mêmes droits que moi lors du vote de la loi Taubira, et encore aujourd’hui. Ce ne sont pas les juifs non plus.

Aujourd’hui, en tant que femme et en tant que femme prête à découper en rondelles le premier qui prétend m’ôter des droits durement acquis, en France, les seuls qui viennent m’empuantir le quotidien sont bien les activistes cruciphiles.

Le monde musulman, quoi que ça signifie, a une vraie grosse révolution à faire en son sein concernant son rapport aux femmes. Comme les juifs, comme les chrétiens. Mais c’est le combat des femmes qui choisissent plus ou moins de ne pas s’extraire de ces superstitions archaïques.
Me concernant directement, avec un instinct de conservation parfaitement égoïste et exempt d’hypocrisie, ceux qui me font chier, qui m’emmerdent profondément et qui me compliquent la vie prient à genoux et mains jointes, pas le cul vers les cieux ou un chiffon sur la tête.


Le burkini de la liberté

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De tous les « arguments » avancés par les amateurs d’interdiction de burkini, il y en a un en particulier qui me donne des envies de tournées de baffes : « Oui mais d’abord, elles ne sont pas libres de choisir. »

En disant ça, on entérine l’idée que la femme est née victime. C’est dans ses gènes. Oui, messieurs et dames, le chromosomes X est porteur d’un gène récessif de victime, c’est le néo-féminisme (2.0) qui l’assène. A moins, évidemment, que ça ne concerne que les femmes musulmanes, et dans ce cas, je ne sais pas si c’est juste du racisme ou une réminiscence colonialiste, mais il faut très vite vous renseigner sérieusement sur le rapport aux femmes de toutes les religions.

Elle a bon dos, la liberté. Mais toi, là, oui, toi qui passe une partie de ta vie à t’arracher tous les poils du corps pour coller à l’époque, as-tu vraiment bien réfléchi à ta liberté ? Crois-tu vraiment que c’est de ton propre gré que tu te fais mal souvent, et pour quoi ? Pour plaire ? Et toi qui te fais le même brushing que tout le monde après t’être tartiné tout le corps de crèmes plus ou moins pétrolifères, n’as-tu pas un peu l’impression de te faire couillonner par le grand marché de la « beauté » ? Toi qui penses qu’il est dans ta nature de sentir mauvais et qui t’asperges les dessous de bras de spray qui pue, vraiment, profondément, tu te sens libre ? Libre de ne même pas supporter ta propre odeur ? Et toi qui est accro, à quoi que ce soit du café à la coke en passant par l’alcool, tu te crois libre de tes choix au quotidien ? Vraiment ? Et toi qui trimes comme un con dans un boulot de con pour payer ta maison moche et les croquettes de ton labrador, tu es libre, aussi ? Vous tous, là, personne ne vous a rien imposé, de façon plus ou moins insidieuse ? Il n’y a rien dans votre histoire familiale qui ait influé vos choix de vie, vos choix cosmétiques ou vestimentaires ? C’est vraiment seuls, sans aucune influence sociétale que vous avez fait ces « choix » ?

 À d’autres ! Vous n’êtes ni plus ni moins libres de vos choix que ces femmes. Alors braillez si ça vous fait plaisir, mais ne le faites pas au nom de la liberté.