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La PMA, cette quintessence du libéralisme

Ce matin, j’étais très mal réveillée, j’ai donc été extrêmement surprise d’entendre que France Inter avait enfin découvert qu’on pouvait être opposé à la PMA sans être homophobe ou religieux. Mais évidemment – j’étais mal réveillée, disais-je, et j’avais mal entendu : la radio était en fait réglée sur France Culture, ceci expliquant sans doute cela. A audience moindre, on se permet de réfléchir un chouïa plus loin que le bout de son nez.

Car globalement, toute opposition à ces tripatouillages reproductifs est considérée comme le dernier des archaïsmes, emprunt de haine de l’autre, comme si la nuance ne pouvait exister, comme si on ne pouvait pas au moins essayer de penser en dehors des cases pré-établies et limitées qu’on nous impose.

A gauche, on a décidé sans le moindre débat que la PMA était synonyme d’émancipation, et c’est devenu l’unique revendication sociétale de l’époque pour les personnes auto-estampillées « de gauche ». L’émancipation consiste donc désormais à se déposséder de notre reproduction pour la confier à des médecins et des laboratoires qui doivent sans nul doute y avoir trouvé une manne financière prometteuse. C’est assez comique, d’ailleurs, de constater que cette médicalisation ultime de la reproduction humaine apparaît en même temps que la dénonciation de la surmédicalisation de la naissance sans que personne ne semble rien voir à redire à ces contradictions : « Inséminez-moi artificiellement, mais laissez-moi accoucher naturellement », semblent dire nombre de femmes du XXIe siècle.

Pourtant, la PMA devrait poser bien des questions. Dans une société de plus en plus individualiste, elle tend à faire disparaître l’autre tout en finissant de médicaliser l’ensemble du cycle de la vie. On sera désormais conçu en éprouvette, implanté dans un utérus à l’hôpital, et à l’autre bout de la vie, on finira branché à des machines qui nous maintiendront en vie envers et contre tout pour finalement mourir loin de chez soi au milieu de blouses blanches. L’autre n’est plus un individu, juste un donneur de gamètes. Et pas forcément un seul, d’ailleurs, puisque nous en sommes à fabriquer des êtres humains avec l’ADN de trois individus différents. On voit là les prémices bien entamés de l’eugénisme sans que personne ne trouve à y redire.

Face au déclin bien réel de la qualité du sperme, on ne recherche qu’à peine les causes et encore moins à modifier les modes de vie et de production qui nous ont menés là : on applique au contraire à la reproduction humaine la même logique productiviste qui nous a justement menée là. On sait maintenant que les perturbateurs endocriniens posent d’énormes problèmes, et les clientes de la PMA, pour y faire face, vont opter pour des traitements hormonaux lourds pour retenir le contenu des éprouvettes. Autrement dit, la chimie stérilise l’humain et c’est à la même chimie qu’on demande une solution. Nous avons développé l’usage de ces chimies sans le moindre principe de précaution, et nous nous apprêtons à confier la reproduction humaine dans les mêmes conditions plus ou moins aux mêmes laboratoires.

Autre paradoxe de l’époque, alors qu’on accuse les semenciers céréaliers et légumiers d’avoir non seulement marchandisé mais encore normé les graines de légumes et de céréales, on s’apprête à user massivement de banques de « graines » humaines, en prétendant sans doute qu’elles ne seront pas marchandisés. Comme si dans ce monde on ne marchandisait pas tout ! C’est avoir une vision bien naïve et court-termiste que de croire qu’il en ira autrement avec la semence humaine ! Il viendra bien vite, le moment où on choisira de la semence fabriquée en laboratoire sur la base de plusieurs spermes afin de proposer un catalogue aux aspirants à la reproduction artificielle ! Avec quelles conséquences ? Bien malin celui qui prétend le savoir …

La PMA va tout simplement créer une industrie du bébé. Et c’est cela qu’on appelle « émancipation ». Nous allons atteindre le point ultime de ce que le capitalisme sauvage porte de pire. Tout sera vraiment une marchandise, même les bébés. La PMA est la quintessence du libéralisme économique. Et malgré ça, le discours majoritaire est de nous asséner que la PMA est une idée « de gauche ».

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Le retour des vaches à hublot

Ça y est, j’ai trouvé la bêtise de suceurs de navets du jour : « bientôt, on ne verra plus que des vaches à hublot dans les champs. »

Passons sur le fait que les vaches sont dans des pâtures, pas dans des champs : au point où on en est, on ne va pas chipoter.

Je pensais que ce vieux fantasme de la généralisation des vaches à hublot avait disparu, mais non, je viens de constater que ça fait encore partie des éléments de propagande dont certains se servent pour cogner sur l’élevage, alors reprenons depuis le début.

Est-ce que les vaches à hublot existent ? Oui. Et depuis longtemps. On en trouve les premières traces dans le tome XII des Mémoires de l’Académie Royale des sciences, en 1833 (*). C’est qu’alors, on comprenait encore très mal le phénomène de rumination, qui est, il faut bien le dire, très complexe. Observer la chose sur des bêtes mortes était impossible, et c’est ainsi que que le biologiste Marie-Jean-Pierre Flourens eut l’idée de procéder autrement. Il installa des canules dans les différents estomacs de moutons – le mouton étant un ruminant comme les autres, il a en gros quatre estomacs – et il appela cela des « anus contre-nature ». Il était biologiste, pas poète. Ces canules permettaient de faire des prélèvements à différents stades de la digestion afin de procéder à des analyses sans avoir à y faire trépasser tous les troupeaux de la région. Et le principe des vaches à hublot est le même.

De nos jours, on dispose de tas de produits anesthésiants qui évitent de poser un hublot à vif, et c’est heureux. On fait un trou d’environ quinze centimètres dans le flanc et on installe une trappe qui permet d’accéder directement au bol alimentaire. Quand on veut réaliser une analyse, on ouvre la trappe, on fait un prélèvement, et voilà. Mais pourquoi fait-on encore cela alors qu’on sait maintenant comment fonctionne la rumination ? Pour étudier le plus précisément possible la production de méthane des bovins en fonction de la ration alimentaire qu’on leur donne. Vous n’êtes pas sans savoir que le méthane pose des soucis pour le climat. Vous savez aussi que quand on mange un cassoulet, on ne digère pas de la même façon que quand on mange une salade verte. On teste donc différentes herbes, différentes céréales, différents compléments alimentaires de façon à trouver la meilleure façon de nourrir les vaches pour qu’elles soient à la fois en bonne santé et qu’elles produisent le moins de méthane possible. Sans ces quelques vaches à hublot, on devrait massacrer un nombre déraisonnable d’animaux pour faire les mêmes études.

Une fois installé, le hublot fait-il mal à la vache concernée ? Non. Les vaches à hublot ruminent comme toutes les vaches. Or, les éleveurs le savent bien, une vache qui a mal, qui est stressée ou qui est en mauvaise santé cesse de ruminer.

Est-ce que les vaches à hublots vont se généraliser ? Pourquoi diantre ferait-on ça ? Dans un élevage, ça n’a absolument aucun intérêt. Les fermes ne sont pas équipées de laboratoires d’analyses. Les éleveurs sont des gens pragmatiques : s’ils font quelque chose, c’est que ça a (presque) toujours une incidence concrète. Je mets « presque » entre parenthèse, car je connais des éleveurs qui mettent des porte-bonheur au dessus des cases des veaux. je ne suis pas convaincue par l’utilité de la chose, même si je trouve ça choupinet, mais revenons à nos hublots. L’installation de ces trappes a un coût et je doute que tous les vétérinaires sachent le faire. Pourquoi les éleveurs dépenseraient de l’argent pour installer sur leurs vaches un bidule qui ne leur servirait absolument à rien ? En France, c’est l’INRA qui procède à ces expériences, sur un cheptel d’une vingtaine de bovins. D’ailleurs, chaque nouvelle installation de hublot doit obtenir en amont l’accord d’un comité d’éthique : il faut donc prouver l’intérêt de la chose. D’autres centres de recherche dans d’autres pays ne procèdent pas différemment. Mais les vaches à hublot ne sortiront pas du cadre de ces recherches, simplement parce que ça ne servirait strictement à rien.

J’entends déjà ceux qui diront qu’une vache est faite pour manger de l’herbe et qu’il n’y a nul besoin de procéder à des expériences pour le savoir. Ça n’est pas si simple. Qu’entend-on par « herbe », car il y en a de plusieurs sortes. Si elles ne mangent que du ray-grass, elles seront carencées, comme nous si on ne mangeait qu’un aliment unique. Mais c’est un autre sujet, et j’y reviendrai un autre jour.

Je me contenterai aujourd’hui de rassurer les inquiets et d’informer les paranoïaques : non, on ne va pas installer des hublots sur toutes les vaches de nos vertes prairies.

* Les curieux et les dubitatifs trouveront ledit document en ligne dans la bibliothèque Gallica.


Le rasoir d’Ockham

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Pluralitas non est ponenda sine necessitate.

Ça n’a l’air de rien, comme ça, mais cette petite phrase est absolument indispensable à quiconque souhaite avoir une réflexion rationnelle. Mais je vous vois perplexes, et c’est légitime sans la traduction, donc la voici : « Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. »
Je vous l’accorde, ça n’est pas forcément plus clair comme ça. Alors on va rajouter une troisième couche, celle de la formulation moderne de cette phrase : « Les hypothèses suffisantes les plus simples sont les plus vraisemblables. »

Ça n’est rien de moins qu’un principe fondamental de la recherche scientifique. Cela signifie que si on a le choix entre une explication compliquée et une explication simple, l’explication simple a toutes les chances d’être la bonne. Mais ne confondons pas ! On ne parle pas de l’explication la plus simpliste, mais bien de la plus simple. Par exemple, si, pour expliquer un phénomène physique, vous avez le choix entre une formule mathématique de dix-huit pages et une autre d’une ligne, si les deux donnent des résultats équivalents, alors la bonne formule est celle d’une ligne.
Prenons un autre exemple : si on peut expliquer l’apparition de la vie sur terre par une succession de phénomènes climatiques et chimiques, y ajouter l’intervention d’un être tout puissant incréé n’ayant jamais donné aucune preuve tangible de son existence n’aura aucune utilité.

Ce principe fondamental, appliqué au fil des siècles par d’illustres personnages tels que De Vinci ou Einstein, se nomme « Le Rasoir d’Ockham », du nom d’un philosophe du XIVe siècle qui en posa les bases.

Évidemment, Guillaume d’Ockham fut fortement soupçonné d’hérésie.