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Chroniques agricoles : l’insémination artificielle.

« Un long manche en fer enfoncé dans leur vagin pour leur injecter du sperme de taureau, parfois ils emploient leur main nue » : c’est ainsi qu’un document de propagande vegane décrit l’insémination artificielle réalisée sur les vaches.

Ce qu’ils appellent « un long manche en fer » est en fait une sonde d’insémination. Elle est en inox, personne n’aurait l’idée saugrenue d’employer un métal qui rouille et de risquer une infection. En disant « manche », on incite à imaginer un manche de pioche, mais la sonde fait entre trois et cinq millimètres d’épaisseur. Autrement dit, ça n’est absolument rien en comparaison du spéculum du gynéco que nous détestons toutes. Quant à faire l’insémination à mains nues, c’est juste parfaitement ridicule et tout simplement impossible. Si l’inséminateur met bien un gant pour introduire son bras dans la vache, c’est dans son anus et non dans son vagin qu’il le fait, et ce afin de sentir la localisation exacte de l’utérus, comme on le comprend sur l’image. Ainsi, il ne risque pas de perforer un organe avec la sonde, ni de déposer la semence au mauvais endroit.
Est-ce que la vache a mal ? Forcément, si vous faites dans l’anthropomorphisme et que vous imaginez quelqu’un vous introduisant son poing dans l’anus, sauf à être, il y en a, un adepte de la chose, vous allez serrer les fesses en criant outch. Je vous rappelle que la vache pèse jusqu’à dix fois le poids d’un homme moyen et que son anus est adapté à son volume. Si vous inséminez une vache à l’heure de son repas, elle va continuer à manger comme si de rien n’était.
Les vegans mentent, ça n’est pas nouveau : ils parlent de ce qu’ils n’ont jamais vu et utilisent volontairement un vocabulaire destiné à vous faire imaginer le pire. Ne soyez pas comme eux : soyez intelligents. Renseignez-vous, les professionnels ne demandent qu’à répondre à vos questions.
( Et j’en profite pour faire une bise aux inséminateurs qui ont un métier très technique, souvent moqué par les ignorants et pourtant indispensable. De surcroît, ceux que j’ai rencontrés étaient de chouettes humains pas avares d’explications.)


Chroniques agricoles : un fœtus et des éleveurs

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Ces histoires du jour de fœtus de veaux me rappelle un truc qui à mon sens en dit bien plus long sur le rapport de bien des éleveurs aux animaux que les bidouillages carabistouillesques des suceurs de navets. Je m’en vais donc vous la narrer.

Il y a quelques années, je m’étais installée ici, dans la campagne bretonne, et je commençais à envisager très sérieusement d’adopter une vache tant pour la sécurité alimentaire que procure cet animal que parce que je déteste passer la tondeuse qui fait du bruit sans rien produire et qui ne fait que gaspiller l’herbe. Seulement voilà : je n’y connaissais rien en vaches. C’est là que j’ai commencé à apprendre sur le sujet. J’ai lu plein de documents, mais la limite des livres, c’est que ça ne répond pas aux questions. Je suis donc allée embêter tous les éleveurs que je connaissais déjà avec mes questions de débutante. Loin de se moquer ou de me prendre de haut, ils ont tous patiemment répondu à mes interrogations, et aussi à celles que je ne me posais pas. Grâce à eux, j’ai très vite progressé dans mon apprentissage, jusqu’à finir par en faire mon boulot, ce que je n’avais absolument pas envisagé à la base.


Quant il est devenu clair que j’allais vraiment adopter une vache à qui je comptais bien un jour faire faire des veaux, mon éleveur de voisin à eu une réaction pour le moins inattendue.
Il avait déjà pris l’habitude de m’appeler quand il se produisait un fait exceptionnel (et il le fait toujours), car c’est en se confrontant aux problèmes qu’on apprend. Mon voisin, qui est aussi maintenant mon patron, aurait été un excellent formateur s’il avait choisi cette voie. Ce jour-là, c’était un fait exceptionnel triste qui s’était produit, et prétextant avoir besoin d’aide, il est venu me chercher.

Une vache avait perdu son veau. Ce sont des choses qui arrivent à tous les mammifères. Nous sommes arrivés dans la pâture, et le veau gisait là, petit, parfaitement formé, mais mort. La vision était forcément choquante.

Cet éleveur est très loin d’être un idiot. Son but n’était pas, je l’ai compris dans les demi-mots, les non-dits et le constat qu’il n’avait nullement besoin de moi à ce moment-là, de me choquer pour me choquer. Son objectif était beaucoup plus pédagogique : je voulais une vache, soit. Je montrais que j’étais prête à ne pas faire n’importe quoi, il était donc prêt à m’aider. Mais élever des animaux, c’est parfois se confronter à des choses dures, comme la vision d’un veau mort qu’il faut ramasser. Ne croyez pas qu’après quarante ans de métier ça ne lui fait plus rien, ça l’attriste toujours autant. Mais à son sens, à celui de beaucoup d’éleveurs rencontrés depuis, et au mien, quiconque n’est pas prêt à faire face au pire ne devrait jamais prendre la responsabilité d’une bête.

Voilà comment fonctionnent les éleveurs sur qui tant de gens vomissent. Ils ne prennent pas seulement soin de leurs propres bêtes, encore faut-il qu’ils gardent un œil sur les novices et surtout sur leurs bêtes, non parce qu’ils ont l’esprit inquisiteur, mais parce qu’ils se sentent les garants du sort des animaux. Ce qu’ils savent et savent faire leur donnent une responsabilité à l’égard des bovins en général.

Je vous rappelle au passage qu’en France, un agriculteur se suicide tous les deux jours. Et le mépris des suceurs de navets ignorants et de leurs suiveurs n’y est pas pour rien.