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Le Prince, la lune et les fornicateurs de Florent Kieffer

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On a plus ou moins de plaisir à découvrir et à faire découvrir un livre. Concernant ce petit ouvrage, on a très envie de le faire lire à tout le monde. Non qu’il s’agisse d’un chef d’œuvre : je parlerai plutôt de friandise.

Le Prince, la lune et les fornicateurs n’est pas vraiment un roman, mais plutôt un conte moderne. Il était une fois, dans un temps lointain, un royaume où tout le temps libre est utilisé pour se laisser aller à la fornication, au grand désespoir de l’Intendant qui décide de trouver tous les moyens possibles de lutter contre cette activité improductive en combattant l’existence même de l’érection. Avec pareil sujet, il eut été aisé de sombrer dans la vulgarité, dans l’érotisme à deux sous ou dans les lieux communs insupportables : Florent Kieffer évite pourtant tous ces écueils pour nous offrir au contraire un récit plein de finesse et d’humour.

Évidemment, ça n’est pas un conte pour enfants : destinés à celles et ceux qui ont au moins une vague idée de ce qu’est le désir sexuel, l’histoire n’aurait aucun intérêt pour des petits. Mais de par sa forme, et malgré le sujet traité, il s’adresse tout de même à la part d’enfant qui sommeille dans chaque adulte. C’est frais et réjouissant. C’est très facile à lire, si bien qu’il est accessible même aux lecteurs débutants, sans ennuyer les lecteurs confirmés : une vraie gageure pour un auteur !

Comme beaucoup de contes, il délivre une sorte de morale, mais une morale qui explose les cadres rigides que l’humanité n’a eu de cesse de dresser autour des questions de sexualité. On ne regrettera que le rôle secondaire réservé aux femmes dans ce récit, néanmoins, on rit assez pour pardonner.

Vous êtes encore là ? Mais enfin ? Vous devriez déjà être en train de découvrir les premières pages !


Sicario

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Quand j’ai entendu que quelqu’un allait tourner une suite à Blade Runner, j’ai eu peur, et ça a duré. Et puis, je suis tombée un peu par hasard sur Sicario de Denis Villeneuve. Et j’ai pris une claque qui fait du bien.

On a ici tout le contraire d’un film manichéen : pas de bons, pas de méchants, seulement des acteurs crédibles dans leur rôle respectif. On a aussi une débauche de technicités pour un rendu d’une grande sobriété. Tout est carré et millimétré, rien n’a été laissé au hasard. La bande son maintient la tension avec beaucoup de finesse, les plans sont parfaits, les couleurs sont irréprochables, le scénario est efficace, les acteurs sont excellents, la réalisation est parfaite, rien de moins.

L’ensemble est de la même famille de réalisme que Démineurs, de Kathryn Biggelow. Ici, pas de fusillades dans tous les sens. Même quand le chef d’une opération annonce « feu à volonté », les balles ne sont pas utilisées pour faire du grand spectacle à peu de frais : chacune tue. Au fil du récit, on atteint le même degré de perplexité que le personnage central, un rôle féminin, ça change.

Je suis tombée sur Sicario par hasard, et c’est seulement ensuite que j’ai réalisé que c’est Denis Villeneuve qui doit réaliser la suite de Blade Runner. Tout n’est pas perdu : s’il est aussi exigeant pour l’un que pour l’autre, une suite pourrait enfin ressembler à quelque chose.


2084 de Boualem Sansal

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Arrêtez immédiatement ce que vous êtes en train de faire, il y a peu de chance que ça soit aussi prenant que la lecture de 2084.

Boualem Sansal, qui a maintes fois écrit sur les dangers de l’islam politique, condense ici les fruits de sa réflexion en un roman post-apocalyptique dans lequel les intégristes de l’Islam ont gagné. Ils ont gagné et se sont inspirés de l’Angsoc et de la novlangue d’Orwell pour créer leur fonctionnement politique et leur langue, car 2084 n’a rien du plagiat : il est construit dans la lignée de 1984.

La soumission de tout un peuple, immense, est forcément au cœur du propos. La barbarie n’a pas plus de limite que la culture de la délation et de l’ignorance. Aucune femme n’est évidemment visible dans l’espace public. La misère est immense, mais chacun s’y soumet volontiers en récitant quelques versets du nouveau livre sacré. La guerre est permanente, même si personne ne sait qui est l’ennemi, qui par ailleurs n’est pas censé exister puisque la religion nouvelle a soumis le reste du monde. Les dictatures composent fort bien avec leurs paradoxes.

Avec cette description de ce futur qui n’est pas à souhaiter, Boualem Sansal parle évidemment à ses contemporains. Il pointe le danger qu’il y a à sous-estimer la puissance destructrice des intégristes, mais aussi celui de ne pas se pencher au chevet d’une religion contemporaine bien réelle et bien malade.

Outre son contenu passionnant, 2084 est un roman terriblement bien écrit. Si j’accorde peu d’importance aux prix littéraires, force est de constater que celui délivré par l’Académie Française est au moins une garantie de belle langue.

Enfin, Boualem Sansal a fini de me convaincre, si besoin était, que la littérature politique, sociale, la littérature de combat en quelque sorte, se trouve de l’autre côté de la Méditerranée. La France se contente facilement de romans qui sont à la littérature ce que les téléfilms romantiques sont au cinéma, ou, pire, de cette littérature réactionnaire qui fait les choux gras de la presse. De Boualem Sansal à Kamel Daoud en passant par Rachid Boudjera, la littérature algérienne n’hésite pas à secouer les lecteurs, les idées reçues et le prêt-à-penser. Et pour ma part : j’en redemande à l’infini.


Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon

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J’adore quand le cinéma me met une baffe. J’aime encore plus qu’il me mette une baffe parfaitement en phase avec l’actualité. Je suis un peu plus embêtée quand je constate que le cinéma capable de me mettre des baffes a plus de quarante ans.

Mais reprenons dans l’ordre.

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon est un film italien de la grande époque du cinéma italien, de cette époque où nos voisins produisaient des œuvres d’une portée politique puissante et sans concession. Il date de 1970.

Ce film est une réflexion sur la notion d’autorité, mais aussi sur la surveillance politique des citoyens par la police. Mais par dessus tout, ce film traite de ces citoyens pas comme les autres : ceux qui sont … au-dessus de tout soupçon.

Même si ça me démange, je ne vais pas vous « spoiler » le film. Je vais plutôt vous suggérer avec insistance de vous le procurer, vite. Parce que je vous promets qu’il réunit tout ce qui fait un très grand film : un scénario tissé par un orfèvre, une bande son absolument parfaite – Ennio Morricone a-t-il déjà fait autre chose ? , des acteurs époustouflants – vous connaissez Gian Maria Volontè, vous l’avez au moins vu dans Pour une poignée de dollars – , une outrance toute italienne qui ne fait qu’ajouter de la profondeur et une réalisation globale parfaite, rien de moins.
Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon est un chef d’œuvre d’intelligence.

Seul bémol post-visionnage : je ne cesse de me demander pourquoi, quand je veux voir un grand film politique, je suis contrainte de me diriger vers des œuvres qui datent d’avant même que je sois née. Pourquoi, il y a quarante-cinq ans, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère était un film à la portée politique telle que le réalisateur préféra s’exiler par précaution, alors qu’aujourd’hui, le même Oscar est décerné à The Artist pour un film creux, vide de sens ?
Je ne suis pas une défenseuse du triste « c’était mieux avant » mais force est de constater que notre époque est, en matière de cinéma et par comparaison avec ce type de film, d’une médiocrité exaspérante.


Le Sommeil de la raison de Juan Miguel Aguilera

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Me voilà bien gênée aux entournures pour aborder la critique de cet ouvrage. En effet, j’ai la sensation que ce que j’ai à lui reprocher émane plus de la traduction que de l’auteur lui-même. Mais commençons par le commencement.

L’histoire se déroule au XVIe siècle et nous fait croiser le chemin de quelques personnages historiques notoires, de Charles Quint à Érasme, de Jérôme Bosch à Ignace de Loyola. Quoiqu’il s’agisse d’une œuvre de fiction tendant à la fantasy, mêler l’imaginaire à la réalité est un parti pris original et intéressant. L’Inquisition fait alors rage, il n’y a donc rien d’étrange à inclure des histoires de sorcellerie à cette époque. Quant aux tableaux de Bosch, personne ne penserait à nier la charge magique ou démoniaque qu’ils portent. Qu’ils soient le support à un tel récit est en soi une bonne idée. L’ensemble aurait pu être un excellent roman sans les éléments qui suivent.

Tout d’abord, on est très vite dérangé par l’apparition fréquente de l’adverbe «presque ». Pas un seul chapitre sans ce symbole d’approximation. Tout semble « presque » quelque chose, sauf quand tout est « mystérieux », autre mot dont l’usage abusif rend l’ensemble fade. Les choses et événements du roman pourraient être hermétiques, ténébreux, secrets, voilés, pourquoi pas cabalistiques ou auguraux, voire énigmatiques, mais non. Ils sont « mystérieux », ad nauseam. Alors évidemment, on se retrouve à être dérangé dans notre lecture par ce manque de style. Et pas seulement pour des raisons de vocabulaire. Tout est rédigé avec la même tension. Que les personnages soient en train d’échanger paisiblement au bastingage d’un navire ou de fuir une horde de démons, la tension est la même. Ce qui donne une narration d’une épouvantable platitude.

On commence à franchement s’agacer quand apparaissent au fil du récit les « Allemands ». Oui oui, des Allemands au début du XVIe siècle ! Que l’Allemagne n’existe pas comme telle à l’époque ne semble poser de souci à personne … Jusqu’à ce que soudain, l’auteur ou le traducteur s’aperçoive de son erreur, et voilà qu’on ne parle plus des « Allemands », mais des « Germains ». Paf ! Comme ça, d’un coup, sans prévenir ! Voilà bien le genre d’approximation soudainement rectifiée sans correction de ce qui précède qui chatouille un peu.

Et puis survient ce moment où on s’aperçoit très clairement que nous sommes au moins pour partie face à un sérieux problème de traduction. Sous nos yeux apparaît la phrase « Le naturel les guida dans la forêt. » Et on comprend dans le contexte que le mot « naturel » est ici utilisé en lieu et place d’ « autochtone ». Et c’est vraiment embêtant car en français, ça ne veut rien dire. N’étant pas hispanophone, j’ignore si un mot espagnol peut induire en erreur : je ne peux que le supposer. Mais le récit est de nombreuses fois émaillé de ce genre d’erreurs et c’est parfaitement insupportable.

Il est possible que Le sommeil de la raison soit un roman agréable dans sa langue d’origine. Je ne peux que le supposer. Le scénario n’est pas mauvais en soi, mais l’écriture, le manque de style et les erreurs impardonnables posent un très sérieux problème : ils gâchent complètement le plaisir de la lecture.

Aussi serais-je bien en peine de vous en recommander la lecture.


Portier de nuit

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Portier de nuit est un classique du cinéma que je n’avais jamais vu, et je savais à peine de quoi ça parlait. Forcément, ce fut un choc de le découvrir. Comment vous expliquer sans tout vous dévoiler ?

Prenez le syndrome de Stockholm, l’esthétique nazie et multipliez l’ensemble par des fantasmes sado-masochistes. Confiez les rôles principaux à un acteur au faciès à la fois figé et terriblement expressif – Dirk Bogarde – et à une jeune Charlotte Rampling absolument époustouflante ; faites réaliser l’ensemble par une femme érudite, pendant les années de plomb en Italie. Vous obtenez un film sulfureux, superbe et atroce, profondément troublant.

Mais le trouble ne vient pas que du film lui-même. Il vient aussi d’un terrible constat. Portier de nuit a été tourné en 1973. Il a certes été interdit de diffusion en Italie, interdit au moins de seize ans en France (ce qui peut s’entendre) et carrément classé X aux États-Unis (alors même qu’à un coït homosexuel près, et même pas filmé en gros plan, les scènes sexuelles sont finement suggérées plus que montrées), mais il a été réalisé, produit et globalement distribué. Il est même passé à la télévision un peu plus tard. Je ne doute pas une seule seconde que tout cela serait impossible aujourd’hui. Aucun réalisateur n’oserait user de la sorte de l’imagerie nazie. Aucun producteur n’accepterait de placer son argent pour une telle œuvre. Et si par miracle ça arrivait quand même, ça serait un scandale tel que le film ne serait au mieux distribué que de façon très confidentielle. Les associations pour la mémoire de la Shoah se rouleraient par terre en hurlant. Les féministes taperaient du pied en s’arrachant les cheveux (je vous rappelle que le réalisateur est une réalisatrice, ce qui ne courait pas les plateaux dans les années soixante-dix). Les divers représentants des victimes feraient des procès. Les intégristes religieux brûleraient des cinémas.

Portier de nuit dérange intelligemment. Je ne vois pas bien qui ce film pourrait laisser indifférent. Et c’est exactement pour ça que c’est un chef d’œuvre. A l’inverse, c’est bien parce que la censure sociétale a d’ores et déjà gagné la partie que le cinéma contemporain est aussi fade que lisse.


Leo the last de John Boorman

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Si vous avez vu Zardoz – mais si ! Vous savez ? Sean Connery en slip rouge ! – , vous savez déjà que John Boorman est capable de faire des films suffisamment étranges pour qu’on se demande s’il n’a pas quelque peu abusé du LSD dans sa jeunesse. Leo the last est de ceux-là, mais sans science-fiction, avec Marcello Mastroianni sans slip rouge.

On passe la première partie du film à se demander ce qu’on est en train de regarder. Mais Boorman est Boorman : à ma connaissance, il n’a jamais fait de film qui n’avait rien à dire. Aussi, on ne tarde pas à découvrir qu’il avait même beaucoup de choses à traiter ici. Leo the last est une satire sociale d’une rare pertinence. Alors que nous sommes en 1969, il s’interroge déjà sur un système économique qui plonge les plus pauvres dans la misère, à commencer par les noirs. Alors qu’il traite directement du racisme, il évite l’écueil de l’angélisme qui ferait perdre force à son propos. Et il propose une solution pour mettre fin à ces travers sociaux pour le moins radicale, mais je vous laisse la découvrir.


La Répudiation de Rachid Boudjedra ou comment découvrir la littérature grâce aux lanceurs de fatwa

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Il y a quelques semaines de cela, j’entendais pour la première fois parler de Rachid Boudjedra, et pas du tout pour des questions de littérature : la presse algérienne s’était offusquée que ce Monsieur déclare ne pas croire en Dieu, et par suite, certains habitués du fait se sont mis à lancer des fatwas partout à son encontre. Ne connaissant pas d’autre façon de soutenir un écrivain, j’ai donc immédiatement acheté l’un de ses livres, son premier roman publié en 1969, sans trop savoir à quoi m’attendre.

Dès les premières lignes, on comprend qu’on est face à un grand maître de la langue française – puisque La Répudiation a été écrite dans cette langue. Il joue de la structure et du vocabulaire pour nous offrir un récit d’une grande précision, riche, dense. Ce roman, publié pourtant quelques années seulement après l’indépendance de l’Algérie, nous parle bien de l’Algérie contemporaine : un pays sclérosé par des fonctionnements archaïques, par la corruption et l’inertie. L’ensemble est d’une grande violence. Rachid Boudjedra dénonce sans faux-semblant une société où la religion est le socle même de l’hypocrisie. Les femmes sont emmurées vivantes pendant que les hommes s’égarent dans les bordels, ceux qui enseignent le Coran n’ont rien à envier aux prêtres catholiques qui défraient régulièrement les chroniques des faits divers les plus sordides, l’homosexualité tant décriée par la religion est une norme par défaut pour les plus pauvres, la sexualité « conventionnelle » nécessitant un budget conséquent, que l’on souhaite se marier – les dots sont coûteuses – ou qu’on désire avoir accès aux prostituées. La sexualité en général et la pédophilie et l’inceste en particulier sont partout, sauf dans les paroles. Quand M. Boudjedra parle de la fête de l’Aïd, on baigne dans le sang et on a la nausée comme les enfants de son roman. Quand il aborde les questions politiques, on comprend comment l’Algérie en est arrivée à avoir un président fantoche et une corruption omniprésente. On arrive à la fin du roman épuisé et à bout de souffle, et pourtant grandi.

Rachid Boudjera avait déjà exposé sa vision du monde en 1969. Il a écrit de nombreux romans depuis, en français et en arabe. Mais il aura fallu attendre 2015 pour que les fous de Dieu s’en rendent compte. Rien d’étonnant à cela : ces gens-là préfèrent toujours brûler les livres plutôt que de les lire.

Je n’irai pas jusqu’à souhaiter à quiconque de s’en prendre une sur le coin du nez, mais je ne remercierai jamais assez les lanceurs de fatwas qui s’avèrent être d’excellents prescripteurs littéraires malgré eux. S’ils s’en prennent à un auteur, on peut être presque certain que c’est un bon auteur, intelligent, moderne et fin analyste. Grâce à ces fous d’un autre temps, j’avais déjà découvert Salman Rushdie qui est vite devenu l’un de mes auteurs favoris. Plus récemment, ils m’ont révélé Kamel Daoud. Toujours grâce à eux, enfin, j’ai découvert Rachid Boudjedra qui est un auteur majeur de la littérature algérienne.

Être détesté par les idiots est un signe d’intelligence.


Daech a déjà gagné

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Les maboules à barbe ont d’ores et déjà gagné la guerre, même si la plupart de nos compatriotes ne le savent pas encore. Ils ont gagné la guerre dès lors que pour lutter contre eux, on a décidé de serrer la vis. Ils ont gagné dès lors qu’une majorité d’européens a accepté que, pour se protéger d’eux, moins de démocratie était parfaitement acceptable. Ils ont gagné au moment où les politiciens et quelques journalistes ont accepté de diviser la population en s’appuyant sur leurs exactions.
Les maboules à barbe et tous leurs copains intégristes ont gagné à l’instant où la presse et la télévision se sont délecté d’une tête tranchée bonne pour l’audience. Ils ont gagné quand on a ne serait-ce qu’envisagé la notion de « pré-crime » ou la possibilité de surveiller sur la base de simple suspicion. Ils gagnent une bataille à chaque fois qu’un magazine publie une Une sur les « vrais français », à chaque fois que Ciotti ou Estrosi ouvrent la bouche, à chaque fois que Dédé et Robert vomissent les arabes au comptoir. Ils sont gagné quand le politiquement correct s’est invité sur la place publique. Ils ont gagné quand on a laissé la Manif pour tous les nigauds vomir en public ; ils gagnent chaque fois qu’on expose les archaïsmes papesques partout ; ils gagnent quand on dit « droit du sang », ils gagnent parce qu’on a renoncé à nos modèles politiques occidentaux, ils gagnent face à la tentation de la dictature vaguement grimée d’oripeaux démocratiques.

Ils ont déjà gagné parce qu’on n’a pas plus entendu Nietzsche.

 » Celui qui lutte contre les monstres doit veiller à ne pas le devenir lui-même. Or, quand ton regard pénètre longtemps au fond d’un abîme, l’abîme, lui aussi, pénètre en toi. »


Ceci n’est pas un piratage

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Bombe, AK 47, Djihad, Daech, Syrie, chiens de mécréants, Abou Bakr al-Baghdadi, Allah, Coran, calife, fatwa, Mossoul, décapitation, immolation, Charlie Hebdo, Salman Rushdie, Irak, Yémen, salafistes, al-Nosra, charia, Abou Mohammad al-Joulani, attentat, Ansar Bait al-Maqdis, Boko Haram, explosion.

Tard dans la nuit de mercredi à jeudi, une Assemblée nationale clairsemée (seulement 30 députés présents) a adopté les fameuses boîtes noires qui doivent permettre par des algorithmes de détecter les comportements suspects sur Internet. Je procède simplement ici à un test d’efficacité.

Si je venais à disparaître, merci de venir me chercher en garde à vue.