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La mort de l’auto-édition

Quand internet et la musique numérique ont libéré la production musicale de l’obligation de passer par une boîte de prod’, des millions de gens sont devenus des musiciens et ont mis en ligne leurs morceaux. Ça a été – et c’est toujours – un déferlement de bouses plus immondes les unes que les autres au milieu desquelles, parfois, on trouve une perle. Chercher de la bonne musique sur le net a pris des allures d’orpaillage au temps de la conquête de l’ouest : il faut passer des montagnes entières au tamis pour trouver une pépite.


Et bien maintenant, pour les auteurs, c’est exactement la même chose. On trouve des millions de livres auto-édités et l’immense majorité est truffée de fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe. Et que dire du contenu ? Un simple exemple de phrase extraite du descriptif d’un de ces livres : « Elle essayera tant bien que mal de reconstruire un passé bien trop lourd et douloureux, pour pouvoir avancer et ainsi retrouver son enfant qu’elle abandonnera, avant de partir sept ans en Inde dans l’espoir de l’oublier.  » (Par charité je ne nommerai pas l’auteur). Vous n’avez pas compris le sens de cette phrase ? C’est normal, c’est tordu. Et que dire de tous ces quidams qui publient leur autobiographie de la dépression, vous promettant que leur livre vous donnera les clefs pour sortir de la vôtre ?

Et le pire, c’est que les réseaux sociaux n’arrangent rien : ces auteurs s’entre-lisent et s’entre-congratulent, chacun y allant de l’étalage de son ego surdimensionné et tous refusant la moindre remise en question. Un lecteur leur a rédigé une critique négative sur Amazon ? C’est un faux lecteur dont l’unique but est de « faire de la délation » (sic). Vous leur signalez que leur « fiche auteur » sur le même site est truffée de fautes ? Vous êtes une frustrée incapable de reconnaître le vrai talent (re-sic).

Tout le monde est devenu auteur. Personne n’utilise les services de correcteurs professionnels. C’est toute l’auto-édition qui risque bien de disparaître quand les lecteurs se seront lassés de ces livres qui pourraient faire passer, par comparaison, les Mussolevy pour des génies.

A moins qu’un label ne soit proposé par des correcteurs professionnels, et qu’un tel label puisse gagner en visibilité, je ne donne pas cher de l’existence de l’auto-édition.

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Chroniques du Monde Normal et Le jour de cette veille-là.

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Une seule nuance de librairie

Une fois n’est pas coutume, j’ai eu quelques heures à passer à la ville. Me voilà donc à flâner dans un centre-ville uniformisé, quand j’aperçois soudain une librairie. Cliente habituelle du honni méchant américain Amazon, je décide de faire amende honorable et d’aller chercher ma dose de pages imprimées mensuelle dans la boutique de cette chaîne bien de chez nous, chapitre.com, dont le slogan est, je cite, « bien plus qu’une librairie ».

Une émission littéraire (*) m’ayant récemment convaincue, à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, de me plonger dans l’univers de Tom Wolfe, j’entre donc dans cette boutique, décidée à acquérir le Bûcher des vanités. Je ne doute pas un instant qu’il sera en tête de gondole. En effet, il me semble évident que lorsqu’un auteur d’envergure internationale publie un nouveau livre dont on entend parler sur toutes les chaînes, sur toutes les ondes et dans tous les journaux, un libraire digne de ce nom, en plus du récent ouvrage, se doit de mettre en avant tous les précédents livres du même auteur, ou au moins de les avoir en stock. Hélas ! Les libraires jadis prescripteurs sont devenus des épiciers du livre. En quatre endroits de la boutique est proposé le best-seller Cinquante nuances de Grey. Sur une autre étagère encore, on trouve la déclinaison de Cinquante nuances de jaune, vert, rouge et violet à pois verts et encore attenants les Nuances de l’âme à la dizaine ou à la vingtaine. On trouve même un présentoir de cosmétiques, produits dérivés de je ne sais quel torchon célèbre. Mais de Bûcher des vanités nulle trace. D’ailleurs, le quart des étagères est vide comme un rayon pâtes après l’annonce d’une grève des routiers.

Je peste et bisque et tente de me rabattre sur la littérature nippone. Mais le libraire, celui avec des murs, un fonds à gérer et qui est « bien plus qu’une librairie », celui dont la ministre ne cesse de dire qu’il faut le sauver du méchant vendeur en ligne américain, ce libraire dont le rôle de prescripteur ne doit pas être négligé, ne propose pas de littérature nippone en dehors du best-seller 1Q84 et de quelques ouvrages de Yoko Ogawa que par malchance j’ai déjà lus. Pas même un seul ouvrage de Mishima en vue.

N’attendant plus grand chose de cette librairie, je me dirige néanmoins vers le rayon BD, puisque le dernier tome du Combat ordinaire de Larcenet manque encore à ma bibliothèque. Notez que je ne suis pas en quête d’un sombre album connu seulement de quelques aficionados de la bulle, mais d’un auteur ayant vendu près de deux millions d’ouvrages. Mais là encore, point de Larcenet en rayon. Je note au passage qu’outre un classement inexistant, le rangement des BD est si mal fait sur des étagères moitié vides que les ouvrages en sont tout tordus. Qui donc achèterait un album déjà abîmé, me demandé-je, quand j’aperçois, dans un sombre recoin, un rayon « BD alternative » vers lequel je me précipite. Un premier coup d’œil m’apprend que Dargaud est une maison d’édition alternative. Mais aussi que Goscinny est un auteur alternatif. Et que Maus, le classique de la bande dessinée, est encore une œuvre alternative. J’aimerais savoir quel sens ce vendeur de livres donne au mot alternatif.

Je suis donc ressortie de cette épicerie à papier les mains vides. Je commanderai ma consommation mensuelle d’œuvres chez le grand méchant vendeur en ligne américain, où seuls les livres de toutes façons indisponibles ne se trouvent pas dans sa boutique virtuelle. La livraison à domicile me fera économiser le pétrole et le parcmètre, ce qui me permettra d’acheter un livre de poche supplémentaire. Et je continuerai à ne pas défendre la librairie en dur qui répond mieux aux demandes des consommateurs de papier qu’à celles des amoureux des belles lettres.

* Si si, il en existe encore.