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28 Minutes de bien-pensance figée.

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Il arrive très souvent que je m’agace devant le vide intellectuel – et intersidéral – servi par les échanges télévisés. Quelques émissions, pourtant, trouvent parfois grâce à mes yeux, en présentant autre chose que des débats qui n’en sont que de nom, véritables foires d’empoigne ponctuées de hurlements abscons et d’idées dignes du XIXe siècle. Il me semblait que 28 Minutes, le talk-show d’Arte réussissait tant bien que mal à échapper à cette norme.

Pourtant, hier 29 mai, j’aurais voulu être sur le plateau et faire ravaler leur bêtise crasse à la majorité de personnes qui s’y trouvaient. Certes, les âneries de Nadia Daam m’agacent de longue date. La seule chose qui semble trouver grâce à ses yeux méprisants sont les pseudo-combats féministes : plus ils sont dérisoires, plus elle aime. Soit. Ses chroniques sont suffisamment courtes pour vaquer à autre chose avant de revenir écouter ses comparses. J’étais moins habituée à entendre dans cette émission un tel étalage de mépris à l’égard du seul invité non pas tourné vers le passé, selon la très française habitude des intellectuels réels ou auto-estampillés comme tel, mais tourné vers l’avenir. Gaspard Koenig a sans doute le grand tort d’être trop libéral pour cette émission. Entendons-nous bien sur ce mot : il n’est pas seulement économiquement libéral, il est avant tout sociétalement libéral. A ce titre, il s’est clairement prononcé lors des échanges dont on parle ici en faveur de la légalisation du cannabis. La question n’a rien d’anecdotique, elle est au contraire le révélateur d’une certaine vision du monde. Las ! Que n’avait-il dit là ! Par suite, à chacun de ses arguments, il se vit opposer regards et sous-entendus tendant à démontrer qu’il n’était qu’un jeune con fumeur de pétards, quelqu’un, donc, dont l’avis ne valait rien. Rappelons que Gaspard Koenig est agrégé de philosophie, rédacteur d’articles pour la presse française et anglaise et diplômé de l’université de Columbia. On connaît plus crétin.

Ainsi, quand il tente d’expliquer le paradoxe entre la Panthéonisation de Résistants au moment-même ou la loi Renseignement est votée, on lui oppose un « ça n’a rien à voir » là où cela à au contraire tout à voir. Quand il tente de démontrer que les cérémonies Républicaines datent d’une époque révolue et qu’on ferait bien d’inventer des cérémonies tournées vers l’avenir plutôt que ces sempiternelles commémorations d’un passé lointain, on lui répondra en substance un « espèce de fumeur de joints ». Quand plus tard il évoquera cette incroyable réussite technologique qui permet à un tétraplégique de bouger des bras mécaniques grâce à la zone du cerveau liée aux intentions, qu’il reliera cette prouesse bio-technologique au développement futur du transhumanisme, Nadia Daam lui objectera son regard le plus méprisant accompagné d’un « mais on ne veut pas de ça », comme si son opinion était celle de tous, comme s’il ne fallait même pas se poser la question, comme s’il suffisait d’ignorer le transhumanisme approchant pour qu’il cesse d’exister.

Et tout le reste était à l’aune de ces exemples. Je ne connaissais pas Gaspard Koenig, je suis allée voir ce matin d’où venait ce Monsieur. Si on le laissait développer ses idées sans le mépriser par principe, il est fort possible que je trouverais à y redire sur bien des points. Mais au moins ai-je la certitude de me rallier à lui dans l’idée que tous ces gens de télévision, de politique ou de presse tournés vers un passé révolu et souvent fantasmé sont les boulets qui empêchent ce pays et ce continent d’entrer pleinement dans le XXIe siècle, n’étant par ailleurs pas vraiment entrés dans le précédent.

28 Minutes nous montre ce spectacle d’une gauche bien-pensante, répondant à la contradiction construite par le dédain et le mépris, sûre qu’elle est de détenir LA vérité. Finalement, cette gauche-là, vaguement intellectuelle, entièrement tournée vers hier, réussit seulement à éloigner de la gauche en général ceux qui souhaitent construire l’avenir, ceux qui ont une réelle envie d’avancer, de sortir du carcan du passé.


Destination vide de Frank Herbert

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Amateurs de littérature facile d’accès, de science-fiction bourrée d’action et de livres dont on sort indemne : passez votre chemin. Certes Destination vide se passe dans le futur et dans l’espace. Certes, les quatre héros du roman portent des combinaisons spatiales. Mais au fond, la science-fiction s’arrête là et tout le reste aurait sa place sur l’étagère « philosophie » de votre bibliothèque.

Car Frank Herbert interroge ici la notion de conscience. Qu’est-ce qu’une conscience ? Est-ce lié aux sensations, aux perceptions ? Quel est son lien avec la morale ? Est-ce un simple fait chimique ? Et Dieu, dans tout ça ? Si on peut créer une intelligence artificielle, peut-on aussi créer une conscience artificielle ? Mais est-ce souhaitable ?

Dans ce huis-clos où les pensées sont d’une importance égale aux paroles prononcées, l’auteur creuse et creuse encore. Érudit, Frank Herbert nous parle d’informatique, de chimie, de psychologie et de théologie. On est parfois noyé dans toute cette technique qui rend la lecture un peu ardue, mais comment traiter d’un sujet complexe si l’on fait preuve de simplisme ? Les lecteurs de Dune savent déjà que c’est impossible et que ça n’est pas la façon de faire de ce grand écrivain.

Car il n’y a pas à en douter : Frank Herbert est un grand écrivain. Peu importe ce qu’en pensent les intégristes de la littérature pour qui la science-fiction ne serait qu’un genre inférieur à la littérature blanche : rares sont les auteurs capables d’à ce point questionner des concepts cruciaux. Destination vide est un grand roman, d’une érudition immense et d’une qualité indéniable.

 


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La dioxine et l’uranium ont rendu les terres infertiles. Les PCB ont eu raison de tout ce que les rivières charriaient de vivant. Le plancton a disparu : le précieux équilibre azote-oxygène de l’air est rompu. Des mammifères, il ne reste que les rats qui se nourrissent des déchets entassés pendant des siècles. Ils vivent dans ce qui furent les égouts mais qui sont devenus inutiles. Les humanoïdes ne mangent plus, ne boivent plus, donc ne produisent plus ni fluide ni matière à évacuer. Ils ne se lavent plus: des bactéries électroniques développées à la surface de leur peau les rendent auto-nettoyants. Ils respirent toujours: des capteurs intégrés dans leurs poumons permettent aux robots des alvéoles en fibres tissées de latex et de kevlar de les modifier au grès des changements de l’air.

Il n’y a plus d’enfants: les humanoïdes sont immortels. Les organes sont devenus auto-réparants. Si une anomalie apparaît, on les remplace. En général par un modèle plus performant. Quand, cela est rare, un corps est broyé donc irréparable, il reste toujours sa puce cérébrale. Infime mais détectable, elle est indestructible. On l’implante alors dans un robot qui n’a d’humain en lui que quelques brins d’ADN de synthèse pour lui donner sa forme bipède. Les yeux sont devenus capables de voir au travers du béton armé mais ils vont toujours par paire. Orthodoxie d’un monde où l’imagination, inutile, est morte.

L’homme, pour réaliser son vieux rêve de devenir plus immortel que ses anciens dieux a cessé d’être un homme. Et Dieu est un serveur informatique mondial et tout puissant, qui régente une fourmilière. La société n’existe plus puisqu’il n’y a plus d’individu. Seulement une somme d’éléments perpétuellement interconnectés.

La vie n’existe plus. La conscience non plus.