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Chroniques agricoles : y a-t-il du pus dans le lait ?

«  D’abord, dans le lait, il y a plein de pus, parce qu’on trait tellement les vaches qu’à la fin elles ne font plus que du pus. »
Vous avez sans doute déjà lu ou entendu cette assertion émanant des gens qui voudraient nous convaincre que l’élevage, c’est mal et que le lait, c’est dangereux. Alors aujourd’hui, parlons mamelles et pus.

Commençons par le commencement : est-il possible qu’une vache ait du pus dans la mamelle ? La réponse est : oui. C’est rare, quoi que les éleveurs diront sans doute que ça ne l’est pas encore assez, mais ça arrive. C’est dû à une maladie qu’on appelle la mammite chez la vache, la brebis, la chèvre ou la chamelle et la mastite chez la femme. Quoi qu’on emploie des mots différents, les causes et conséquences sont les mêmes chez tous les mammifères, même chez les mammifères à deux pattes : des bactéries pénètrent dans la mamelle par le trayon, créent une infection qui peut aller jusqu’à la production de pus. Certaines mammites restent subcliniques, c’est à dire qu’elles ne se voient pas à l’œil nu et ne seront détectées que lors d’un contrôle par la présence anormale de leucocytes, sans provoquer pour autant d’infection grave. Ce contrôle est réalisé chaque mois dans toutes les fermes laitières. D’autres mammites sont dites cliniques, et celles-là sont visibles à l’œil nu : quand on « tire les premiers jets », c’est à dire quand on vérifie – ce qu’on fait systématiquement – l’état du lait avant de brancher la vache à la trayeuse, on voit tout de suite des espèces de grumeaux, ce que d’aucun appelle du pus – et on sait que la vache a une mammite. En général, d’autres signes peuvent alerter : mamelle gonflée, chaude et rouge, par exemple. Est-ce qu’on laisse les choses dégénérer ? Évidemment que non. C’est la première chose qu’on apprend quand on doit faire la traite : quand une vache a une mammite, on la marque – en général on utilise une craie grasse rouge spéciale pour faire un trait sur le quartier de la mamelle infectée – de façon à pouvoir en écarter le lait, et on la soigne, par injection intra-mammaire d’antibiotiques. Ça a l’air impressionnant, dit comme ça, mais ça n’est en réalité pas grand-chose : on vide le quartier malade de tout son lait, à la main ou à l’aide d’une sonde, on prend une seringue en plastique pré-remplie, on l’injecte dans le quartier malade, et voilà. Est-ce que c’est douloureux pour la vache ? Ma foi, aucune ne m’a jamais mis de coup de patte pour si peu.

Évidemment, le lait des vaches sous antibiotiques est immédiatement écarté : il ne partira jamais dans le circuit de l’alimentation humaine. D’abord parce que personne n’a envie de manger des antibiotiques, ensuite parce qu’il est absolument impossible de transformer du lait en fromage s’il en contient. Notez d’ailleurs qu’il est tout autant impossible de faire du fromage avec un lait qui contiendrait trop de leucocytes, et c’est aussi pour ça que le lait des vaches malades mais pas trop est tout autant écarté.

Est-ce que la traite est directement responsable de l’existence des mammites ? Non. On ne trait pas les femmes, certaines développent quand même des mastites. Les bactéries responsables de cette cochonneries peuvent se trouver sur la mamelle ou dans l’environnement de la vache. C’est pour ça qu’en élevage, on passe un temps fou à nettoyer. Vous n’imaginez pas le temps que prennent toutes les formes de nettoyage pour limiter les propagations bactériennes. On passe presque autant de temps, en salle de traite, à nettoyer à grand renfort de racloir et de jet à haute pression qu’à traire. On nettoie et sèche soigneusement les trayons avant de traire. Certains désinfectent même les « griffes », mot barbare qui désigne l’appareil qu’on branche à la mamelle, entre deux vaches. On racle les étables pour en ôter la bouse tous les jours. On refait quotidiennement le lit des vaches avec de la paille propre. Certains traient systématiquement avec des gants en nitrile sur lesquelles les bactéries n’accrochent pas pour ne pas les propager d’une vache à l’autre.

Pensez-vous vraiment que les éleveurs, qui prennent tant de soin et de temps à faire tout ça, enverraient par ailleurs un lait sale dans les laiteries ? Soyons sérieux ! Le lait est systématiquement contrôlé. S’il contient trop de cellules, c’est à dire de leucocyte, soit il est payé moins cher, soit il finit par ne plus être accepté par la laiterie et l’éleveur est ruiné. Ne serait-ce que pour des raisons économiques, quel éleveur ferait un truc aussi idiot ? En outre, la mammite peut vite devenir douloureuse, et la production laitière d’une vache qui a mal chute immédiatement. Là encore, ne serait-ce que pour des raisons économiques, il serait franchement crétin de ne pas réagir. Or les éleveurs vivent avec leurs animaux, et je n’ai encore rencontré aucun éleveur sadique qui prend plaisir à voir ses bêtes souffrir.

Alors que penser de l’assertion «  dans le lait, il y a plein de pus, parce qu’on trait tellement les vaches qu’à la fin elles ne font plus que du pus » ? Que les gens qui disent des choses pareilles ont dû tomber sur une vidéo où on voit les résultats d’une mammite et en déduire que c’est ainsi tout le temps, pour toutes les vaches. C’est un peu comme si un extra-terrestre voyait une photo d’un humain cancéreux en phase terminale et en déduisait que tous les humains sont des êtres affaiblis au point de ne plus pouvoir se mouvoir.

Notez tout de même que ce que je décris ici vaut pour nos élevages familiaux français. J’ignore comment ça se passe dans les usines à vaches allemandes ou danoises où les traites ne sont pas forcément faites par des humains, où les vaches n’ont pas de nom, où personne ne vit avec elles et j’ignore aussi si les systèmes de contrôle de la qualité du lait sont aussi stricts et performants que chez nous. Je vous laisse donc imaginer ce qui pourrait advenir si nos éleveurs disparaissaient au profit de ces usines.


Comment voient les vaches ?

La bestiole à deux pattes qu’est l’humain a tendance à imaginer que l’ensemble du règne animal fonctionne comme lui, et cet anthropomorphisme peut s’avérer dangereux. En effet, s’approcher d’une vache ou pire encore d’un troupeau sans avoir la moindre idée de comment on sera vu – ou pas – par des animaux craintifs mais puissants, rapides et cornus peut mener à un embrochage en bonne et due forme. Régulièrement, les faits divers parlent de touristes encornés ou piétinés : cela pourrait être évité avec une meilleure connaissance de nos amies les vaches.

Pour commencer, la vache voit beaucoup moins bien que nous. Si elle est capable d’entendre une feuille tomber à vingt mètres et de sentir l’électricité qui passe dans les clôtures avec son nez – et sans contact ! – la vision n’est pas son sens le plus développé. En outre, les vaches peuvent être atteintes des mêmes défauts visuels que nous – myopie, astigmatisme … – voire dans de rares cas être complètement aveugles. Or, on ne fabrique pas de lunettes correctrices pour bovins, et une vache qui voit encore plus mal que la normale sera d’autant plus dangereuse.

Contrairement à nous et aux autres carnivores ou omnivores, la vache, comme tous les herbivores, n’a pas les yeux faits pour chasser mais pour surveiller l’approche éventuelle d’un prédateur. C’est pour ça qu’ils sont sur le côté de sa tête. En situation normale, si elle n’est pas stressée ou effrayée, elle voit donc relativement bien devant elle et un peu moins bien sur les côtés, avec un angle mort à l’arrière, comme les chevaux. Mais faites lui peur et son champ de vision va immédiatement rétrécir ! Elle se mettra à courir, mais elle ne verra plus rien du tout de ce qu’il y a en face d’elle. Et si c’est là que vous vous trouvez, ça peut vite virer au drame. Si vous arrivez par derrière, elle ne vous verra pas du tout. En élevage – que ce soit en bâtiment ou en extérieur – on a coutume de beaucoup leur parler, quoi que certains préfèrent chanter ou siffloter, ainsi les bêtes savent toujours exactement où nous nous trouvons. En réduisant le risque de les surprendre, on réduit celui d’un accident. Et ça vaut pour les randonneurs.

L’œil de la vache perçoit surtout les mouvements. C’est très logique : on n’a jamais vu un arbre ou un menhir attaquer un troupeau pour se nourrir. Ce qui bouge est donc un danger potentiel. Là où le cerveau humain enregistre 25 images par seconde, celui des bovins en reconnaît entre 40 et 60. Si vous agitez les bras, si vous courez, vous attirerez immédiatement leur attention. Si vous vous déplacez lentement, sans geste brusque et à vitesse constante, vous les inquiéterez beaucoup moins.

Elles peuvent être surprises par leur propre ombre ! En effet, la rétine des bovins est équipée d’un « amplificateur de lumière résiduelle » qui réfléchit la lumière dans l’obscurité et c’est ce qui leur permet d’avoir en proportion une bien meilleure vision nocturne que nous. Néanmoins, la nuit, elles ne perçoivent aucune couleur. Elles y voient juste assez pour pâturer. Mais la conséquence de cette bonne vision nocturne est une plus grande sensibilité aux contrastes. Autrement dit, elles sont plus facilement éblouies que nous et les ombres les agacent. C’est ce qui explique qu’elles peuvent parfois s’énerver d’un changement dans leur environnement auquel nous ne prêterions aucune importance. J’ai par exemple vu des vaches qui refusaient absolument de sortir de la salle de traite. Il a fallu beaucoup se creuser la tête pour comprendre le problème : un pot à lait n’était pas à sa place habituelle. Les ombres qu’elles percevaient étaient différentes. Et si c’est différent, allez savoir si ça n’est pas dangereux. Autre exemple, vous faites faire le même trajet quotidien à une vache, toujours dans les mêmes conditions. Mais un jour, vous oubliez un arrosoir sur le trajet. La vache va en percevoir l’ombre, et ce changement d’environnement va l’agacer suffisamment pour qu’elle vous fasse un cirque épouvantable. Autre conséquence de cette sensibilité aux contrastes : ce qui est pour vous un coin sombre dans une étable est pour une vache un véritable trou noir. Et un trou noir, ben ça fait peur.

Toujours pour les mêmes raisons, les bovins sont beaucoup plus sensibles aux réflexions de lumière : flaques d’eau, éléments métalliques, vitres sont autant d’éléments prompts à leur ficher la trouille.

Vous connaissez ce phénomène qui fait qu’on n’y voit goutte quand on passe d’un coup d’un dehors ensoleillé à une pièce sombre. Il faut quelques secondes pour faire la mise au point. Eh bien il faut cinq fois plus de temps à l’œil bovin pour s’habituer à un changement d’intensité de lumière. Alors si la vache a le soleil dans les yeux et que vous êtes mal positionné par rapport à elle, ça peut vite devenir compliqué ou dangereux. Chantez, parlez, sifflotez si vous voulez, mais comprenez bien que le nombre de situations où la vache ne va pas vous voir correctement est énorme.

Et les couleurs, dans tout ça, me demanderez-vous ? Des études récentes sont formelles : les vaches voient essentiellement les ondes bleu-vert. Elles ne voient pas grand-chose dans le spectre du rouge. On peut comparer leur perception des couleurs au daltonisme vert-rouge des humains.

La position latérale des yeux a pour autre conséquence de réduire la perception des reliefs et des distances. Les vaches ne peuvent évaluer la distance que pour les objets qui se trouvent en face d’elles. Sauf, donc, si elles sont stressées ou effrayées, situations où elles ne perçoivent plus grand-chose. Et pour ne pas arranger les choses, elles ne voient net que de près.

Les vaches ont une réputation d’animaux gentils. De fait, ce sont des herbivores, pas des ours blancs. Mais la nature n’a pas de morale. Il n’y a pas de gentils ni de méchants. Il y a des réalités physiologiques dont il faut tenir compte. Notre cerveau et nos recherches nous permettent d’analyser, de comprendre et de nous adapter aux différences de perception des autres espèces. L’inverse n’est pas vrai. Si vous faites le choix de traverser une pâture occupée par un troupeau, si en plus ce troupeau comporte des veaux et/ou un taureau, les bovins analyseront votre présence selon leur référentiel de proies potentielles. Ils n’essaieront pas de se mettre à votre place. Vous, par contre, vous avez la possibilité de comprendre comment les animaux vont vous percevoir en fonction de la luminosité, des couleurs que vous portez, des mouvements que vous faites. Vous pouvez donc anticiper leurs réactions les plus probables, agir en conséquence et éviter ainsi d’aller vous faire embrocher.


Le retour des vaches à hublot

Ça y est, j’ai trouvé la bêtise de suceurs de navets du jour : « bientôt, on ne verra plus que des vaches à hublot dans les champs. »

Passons sur le fait que les vaches sont dans des pâtures, pas dans des champs : au point où on en est, on ne va pas chipoter.

Je pensais que ce vieux fantasme de la généralisation des vaches à hublot avait disparu, mais non, je viens de constater que ça fait encore partie des éléments de propagande dont certains se servent pour cogner sur l’élevage, alors reprenons depuis le début.

Est-ce que les vaches à hublot existent ? Oui. Et depuis longtemps. On en trouve les premières traces dans le tome XII des Mémoires de l’Académie Royale des sciences, en 1833 (*). C’est qu’alors, on comprenait encore très mal le phénomène de rumination, qui est, il faut bien le dire, très complexe. Observer la chose sur des bêtes mortes était impossible, et c’est ainsi que que le biologiste Marie-Jean-Pierre Flourens eut l’idée de procéder autrement. Il installa des canules dans les différents estomacs de moutons – le mouton étant un ruminant comme les autres, il a en gros quatre estomacs – et il appela cela des « anus contre-nature ». Il était biologiste, pas poète. Ces canules permettaient de faire des prélèvements à différents stades de la digestion afin de procéder à des analyses sans avoir à y faire trépasser tous les troupeaux de la région. Et le principe des vaches à hublot est le même.

De nos jours, on dispose de tas de produits anesthésiants qui évitent de poser un hublot à vif, et c’est heureux. On fait un trou d’environ quinze centimètres dans le flanc et on installe une trappe qui permet d’accéder directement au bol alimentaire. Quand on veut réaliser une analyse, on ouvre la trappe, on fait un prélèvement, et voilà. Mais pourquoi fait-on encore cela alors qu’on sait maintenant comment fonctionne la rumination ? Pour étudier le plus précisément possible la production de méthane des bovins en fonction de la ration alimentaire qu’on leur donne. Vous n’êtes pas sans savoir que le méthane pose des soucis pour le climat. Vous savez aussi que quand on mange un cassoulet, on ne digère pas de la même façon que quand on mange une salade verte. On teste donc différentes herbes, différentes céréales, différents compléments alimentaires de façon à trouver la meilleure façon de nourrir les vaches pour qu’elles soient à la fois en bonne santé et qu’elles produisent le moins de méthane possible. Sans ces quelques vaches à hublot, on devrait massacrer un nombre déraisonnable d’animaux pour faire les mêmes études.

Une fois installé, le hublot fait-il mal à la vache concernée ? Non. Les vaches à hublot ruminent comme toutes les vaches. Or, les éleveurs le savent bien, une vache qui a mal, qui est stressée ou qui est en mauvaise santé cesse de ruminer.

Est-ce que les vaches à hublots vont se généraliser ? Pourquoi diantre ferait-on ça ? Dans un élevage, ça n’a absolument aucun intérêt. Les fermes ne sont pas équipées de laboratoires d’analyses. Les éleveurs sont des gens pragmatiques : s’ils font quelque chose, c’est que ça a (presque) toujours une incidence concrète. Je mets « presque » entre parenthèse, car je connais des éleveurs qui mettent des porte-bonheur au dessus des cases des veaux. je ne suis pas convaincue par l’utilité de la chose, même si je trouve ça choupinet, mais revenons à nos hublots. L’installation de ces trappes a un coût et je doute que tous les vétérinaires sachent le faire. Pourquoi les éleveurs dépenseraient de l’argent pour installer sur leurs vaches un bidule qui ne leur servirait absolument à rien ? En France, c’est l’INRA qui procède à ces expériences, sur un cheptel d’une vingtaine de bovins. D’ailleurs, chaque nouvelle installation de hublot doit obtenir en amont l’accord d’un comité d’éthique : il faut donc prouver l’intérêt de la chose. D’autres centres de recherche dans d’autres pays ne procèdent pas différemment. Mais les vaches à hublot ne sortiront pas du cadre de ces recherches, simplement parce que ça ne servirait strictement à rien.

J’entends déjà ceux qui diront qu’une vache est faite pour manger de l’herbe et qu’il n’y a nul besoin de procéder à des expériences pour le savoir. Ça n’est pas si simple. Qu’entend-on par « herbe », car il y en a de plusieurs sortes. Si elles ne mangent que du ray-grass, elles seront carencées, comme nous si on ne mangeait qu’un aliment unique. Mais c’est un autre sujet, et j’y reviendrai un autre jour.

Je me contenterai aujourd’hui de rassurer les inquiets et d’informer les paranoïaques : non, on ne va pas installer des hublots sur toutes les vaches de nos vertes prairies.

* Les curieux et les dubitatifs trouveront ledit document en ligne dans la bibliothèque Gallica.


Chroniques agricoles : l’insémination artificielle.

« Un long manche en fer enfoncé dans leur vagin pour leur injecter du sperme de taureau, parfois ils emploient leur main nue » : c’est ainsi qu’un document de propagande vegane décrit l’insémination artificielle réalisée sur les vaches.

Ce qu’ils appellent « un long manche en fer » est en fait une sonde d’insémination. Elle est en inox, personne n’aurait l’idée saugrenue d’employer un métal qui rouille et de risquer une infection. En disant « manche », on incite à imaginer un manche de pioche, mais la sonde fait entre trois et cinq millimètres d’épaisseur. Autrement dit, ça n’est absolument rien en comparaison du spéculum du gynéco que nous détestons toutes. Quant à faire l’insémination à mains nues, c’est juste parfaitement ridicule et tout simplement impossible. Si l’inséminateur met bien un gant pour introduire son bras dans la vache, c’est dans son anus et non dans son vagin qu’il le fait, et ce afin de sentir la localisation exacte de l’utérus, comme on le comprend sur l’image. Ainsi, il ne risque pas de perforer un organe avec la sonde, ni de déposer la semence au mauvais endroit.
Est-ce que la vache a mal ? Forcément, si vous faites dans l’anthropomorphisme et que vous imaginez quelqu’un vous introduisant son poing dans l’anus, sauf à être, il y en a, un adepte de la chose, vous allez serrer les fesses en criant outch. Je vous rappelle que la vache pèse jusqu’à dix fois le poids d’un homme moyen et que son anus est adapté à son volume. Si vous inséminez une vache à l’heure de son repas, elle va continuer à manger comme si de rien n’était.
Les vegans mentent, ça n’est pas nouveau : ils parlent de ce qu’ils n’ont jamais vu et utilisent volontairement un vocabulaire destiné à vous faire imaginer le pire. Ne soyez pas comme eux : soyez intelligents. Renseignez-vous, les professionnels ne demandent qu’à répondre à vos questions.
( Et j’en profite pour faire une bise aux inséminateurs qui ont un métier très technique, souvent moqué par les ignorants et pourtant indispensable. De surcroît, ceux que j’ai rencontrés étaient de chouettes humains pas avares d’explications.)


Chroniques agricoles : un fœtus et des éleveurs

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Ces histoires du jour de fœtus de veaux me rappelle un truc qui à mon sens en dit bien plus long sur le rapport de bien des éleveurs aux animaux que les bidouillages carabistouillesques des suceurs de navets. Je m’en vais donc vous la narrer.

Il y a quelques années, je m’étais installée ici, dans la campagne bretonne, et je commençais à envisager très sérieusement d’adopter une vache tant pour la sécurité alimentaire que procure cet animal que parce que je déteste passer la tondeuse qui fait du bruit sans rien produire et qui ne fait que gaspiller l’herbe. Seulement voilà : je n’y connaissais rien en vaches. C’est là que j’ai commencé à apprendre sur le sujet. J’ai lu plein de documents, mais la limite des livres, c’est que ça ne répond pas aux questions. Je suis donc allée embêter tous les éleveurs que je connaissais déjà avec mes questions de débutante. Loin de se moquer ou de me prendre de haut, ils ont tous patiemment répondu à mes interrogations, et aussi à celles que je ne me posais pas. Grâce à eux, j’ai très vite progressé dans mon apprentissage, jusqu’à finir par en faire mon boulot, ce que je n’avais absolument pas envisagé à la base.


Quant il est devenu clair que j’allais vraiment adopter une vache à qui je comptais bien un jour faire faire des veaux, mon éleveur de voisin à eu une réaction pour le moins inattendue.
Il avait déjà pris l’habitude de m’appeler quand il se produisait un fait exceptionnel (et il le fait toujours), car c’est en se confrontant aux problèmes qu’on apprend. Mon voisin, qui est aussi maintenant mon patron, aurait été un excellent formateur s’il avait choisi cette voie. Ce jour-là, c’était un fait exceptionnel triste qui s’était produit, et prétextant avoir besoin d’aide, il est venu me chercher.

Une vache avait perdu son veau. Ce sont des choses qui arrivent à tous les mammifères. Nous sommes arrivés dans la pâture, et le veau gisait là, petit, parfaitement formé, mais mort. La vision était forcément choquante.

Cet éleveur est très loin d’être un idiot. Son but n’était pas, je l’ai compris dans les demi-mots, les non-dits et le constat qu’il n’avait nullement besoin de moi à ce moment-là, de me choquer pour me choquer. Son objectif était beaucoup plus pédagogique : je voulais une vache, soit. Je montrais que j’étais prête à ne pas faire n’importe quoi, il était donc prêt à m’aider. Mais élever des animaux, c’est parfois se confronter à des choses dures, comme la vision d’un veau mort qu’il faut ramasser. Ne croyez pas qu’après quarante ans de métier ça ne lui fait plus rien, ça l’attriste toujours autant. Mais à son sens, à celui de beaucoup d’éleveurs rencontrés depuis, et au mien, quiconque n’est pas prêt à faire face au pire ne devrait jamais prendre la responsabilité d’une bête.

Voilà comment fonctionnent les éleveurs sur qui tant de gens vomissent. Ils ne prennent pas seulement soin de leurs propres bêtes, encore faut-il qu’ils gardent un œil sur les novices et surtout sur leurs bêtes, non parce qu’ils ont l’esprit inquisiteur, mais parce qu’ils se sentent les garants du sort des animaux. Ce qu’ils savent et savent faire leur donnent une responsabilité à l’égard des bovins en général.

Je vous rappelle au passage qu’en France, un agriculteur se suicide tous les deux jours. Et le mépris des suceurs de navets ignorants et de leurs suiveurs n’y est pas pour rien.


Les chroniques agricoles : l’écornage

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Hier, en arrivant à la nurserie, j’ai découvert que plusieurs veaux, dont ma copine pleine de câlins, avaient été écornés.
Soyons clairs sur le sujet : je ne suis pas super fan de l’écornage, même si j’en comprends parfaitement l’utilité. Si les vaches ont l’air d’être toujours paisibles, ça n’est pas le cas. Elles se battent souvent et toujours de la même façon : en mettant des coups de tête dans le ventre de leurs adversaires. Même, surtout, si l’adversaire en question est gestante. Sans être écornées, elles s’entre-éventreraient souvent. Les cornes sont aussi dangereuses pour les éleveurs, forcément.
Ma vache n’est pas écornée, parce que je n’en ai qu’une et que ça n’est dangereux que pour moi. Je redouble donc de vigilance, et ça se passe plutôt bien. J’ai pris une fois un coup de corne dans la pommette, sans qu’elle y ait mis la moindre force – j’ai baissé la tête au moment où elle relevait la sienne – et j’ai eu très mal, et aussi très peur : à quelques centimètres près, je perdais un œil. Si j’avais un troupeau, j’écornerais peut-être.
On écorne les veaux avant leurs deux mois. Les cornes sont encore à l’état d’embryon. On brûle donc, avec un appareil spécial, cet embryon : une espèce de petite boule qu’on sent bien sous la peau. Ça fait un trou qu’on désinfecte bien, puis ça cicatrise. Certains éleveurs commencent à utiliser des anesthésiants locaux pour réaliser cette opération. On commence aussi à traiter les veaux écornés avec des antalgiques. Malheureusement, ça n’est pas encore généralisé, et il y a encore un gros travail à faire dans les élevages sur ce point. Il n’y a pas si longtemps que ça qu’on se rend compte que c’est douloureux, et encore moins longtemps qu’on sait mesurer le stress chez les animaux. Il y a aussi une sélection génétique réalisée sur des bêtes naturellement sans corne : ça n’est pas du tripatouillage de type ogm, juste une sélection qui permet de faire l’économie de l’écornage (qui ne coûte rien à réaliser).
Donc, dans la nurserie, une génération de veaux a été écornée. Quand je me suis approchée de ma copine, j’ai eu peur qu’elle ne veuille plus s’approcher de ces humains qui font mal. Et en effet, elle a reculé. J’ai approché doucement ma main, qu’elle a reniflé. Je lui ai parlé, comme d’habitude. Et soudain, j’ai constaté qu’elle me reconnaissait, et elle est venue me faire les mêmes bisous gluants et râpeux que d’habitude.
Il n’y a aucun doute possible : les veaux sont bien capable de différencier un humain d’un autre, et si un humain leur fait mal, ils ne généralisent pas à l’ensemble des deux-pattes.

La traite mécanisée est-elle douloureuse ?

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Revenons quelques minutes sur la traite des vaches et une question récurrente : est-ce que les machines à traire font mal aux animaux ? La question est parfaitement légitime : d’abord, le bout de la machine qu’on branche à la vache s’appelle une « griffe » et ça n’inspire rien qui vaille. J’ignore qui a eu l’idée saugrenue d’appeler ça comme ça. Ensuite, ça fait pas mal de potin, ça peut être impressionnant. Une salle de traite ressemble un peu à une soirée tekno avec un peu moins de décibels et de bpm, mais c’est tout aussi répétitif.

Voyons déjà en quelques mots comment ça fonctionne.

Une pompe à vide permet de créer une aspiration non-continue : un coup à droite, un coup à gauche. D’où les bruits répétitifs.

Il y a une expérience fort simple qu’on fait toujours avec les enfants, dans les fermes, pour répondre à la question de la douleur : on prend la main de l’enfant et on la met dans la bouche d’un veau. Les veau tête tout ce qu’on leur donne, ou ce qu’ils attrapent eux-mêmes : un coin de pantalon, vos cheveux ou votre main. Et c’est assez impressionnant, d’abord parce que la force d’aspiration est assez conséquente, pour une si petite bestiole, ensuite parce que de temps en temps le veau positionne mal sa langue et qu’on sent passer les dents sur la peau. Et le bovin a beau n’avoir qu’une seule rangée de dents, elles sont faites pour couper net l’herbe et sont aussi tranchantes que des lames de rasoir. Oui, ça arrive qu’ils nous coupent. Une fois que l’enfant (mais on peut le faire avec des adultes) a bien mesuré la force de succion du veau, on démarre la machine à traire et on lui fait mettre les doigts dans les godets de la griffe (le bidule qu’on branche normalement sur les pis de la vache). Et tous les enfants sont formels : ça fait moins mal que la bouche du veau car les godets n’ont pas de dents et aspirent un peu moins fort.

Nous avons donc une réponse à notre question : non, la traite mécanisée ne fait pas du tout mal aux vaches. En fait, ça leur ferait beaucoup plus mal si c’était fait à la main par quelqu’un qui s’y prend comme un manche.


Les Chroniques agricoles : joies et tristesses

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Je suis triste. Vraiment triste : je viens d’apprendre que l’une de mes vaches préférées est gravement malade. Hier, déjà, je me doutais qu’elle n’allait pas bien : elle marchait en queue de troupeau alors que d’habitude elle évolue plutôt dans le tiers de tête, elle est passée première à la traite alors que d’habitude elle passe avec le troisième groupe, elle n’avait presque pas de lait et en plus elle avait les trayons froids. Évidemment, je l’ai signalé à l’éleveur, mais il avait déjà appelé le véto pour aujourd’hui. Vous imaginez bien que si je vois qu’une vache n’est pas en forme, son éleveur l’a forcément vu avant moi.

Alors aujourd’hui, je suis allée aux nouvelles, mais elles ne sont pas bonnes du tout. Elle a une infection dans les intestins, je n’ai pas retenu le nom de la bactérie coupable, qui provoque une occlusion. C’est inopérable. Le véto voulait euthanasier, mais, comme je vous l’ai déjà dit, l’éleveur n’euthanasie que s’il est sûr qu’il n’y a aucune chance de sauver la bête malade. Alors elle a un gros traitement. Si elle passe le week-end, ça pourra aller. Peut-être. Sinon, le véto reviendra lundi pour la piqûre finale.

La plupart du temps, bosser avec des animaux, c’est vraiment chouette. Mais travailler avec du vivant, c’est forcément aussi côtoyer la mort.

Je vais quand même essayer d’espérer que je retrouverai Jamila la semaine prochaine …


Le plancher des vaches

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Puisque tout le monde parle d’avion, je vous propose de revenir, en douceur, au plancher des vaches, parce que les vaches, c’est sympathique, ça n’est pas déprimant, et tout le monde aime les vaches.

Malheureusement, parmi ceux qui aiment les vaches, quelques-uns restent beaucoup trop au niveau du plancher et clament partout qu’on devrait rendre leur vie sauvage aux vaches. C’est gentil et plein de bonne volonté, celle-là même dont on pave la route de l’enfer. C’est aussi, pardonnez-moi de vous le dire, tout à fait stupide. En effet, notre amie cornue est aux bovins ce que le chien est au canin : un animal qui n’existe que parce qu’il a été domestiqué. La vache n’a jamais existé en tant que telle. L’aurochs(*) est devenu vache justement quand on l’a domestiqué comme le loup est devenu chien par le même biais.

Un chien est incapable de se débrouiller seul loin des humains, et pour notre ruminant, c’est pire. Plusieurs races de vaches ne savent plus vêler sans intervention humaine. Ce qu’elles pourraient trouver à croûter dans la nature ne suffirait pas à leur survie. Exactement comme la plupart d’entre nous si on nous balançait dans une forêt, sans argent, sans outil, loin d’un supermarché. Au mieux, on mourrait de faim, au pire, on s’empoisonnerait, à moins que ça ne soit l’inverse.

C’est très simple : si on cessait d’avoir des élevages de vaches, la vache ne tarderait pas à disparaître, à part peut-être quelques-unes dans des parcs zoologiques – pour rappel les éléphants des zoos n’ont jamais vu la savane, aussi, on peut penser que la vache ne verrait plus de pâturage – et chez quelques originaux qui en auraient en décoration. Plusieurs races de chevaux – dont beaucoup de chevaux de trait – n’ont subsisté que parce qu’on les mangeait. En l’absence d’humains omnivores refusant la viande de laboratoire, il y a fort à parier que nos campagnes se videraient vite de ces paisibles bestioles. On peut sans peine imaginer que dès lors, les bocages ressembleraient vite aux régions céréalières : pas un arbre à l’horizon dans des champs immenses, récoltés avec des machines grosses comme des maisons. Ou alors deviendraient-ils de ces verrues urbaines que sont les moches lotissements de maisons en carton-pâte.

Les paysans ne font pas qu’exploiter – ouh le vilain mot – terres et bêtes, ils font aussi le paysage en général, et celui du plancher des vaches en particulier.

Il reste bon, parfois, de prendre un peu de hauteur.

(*) Oui, l’aurochs a un -s même tout seul, allez comprendre.


20000 poussins

poussin

Hier, j’ai été invitée à visiter un élevage de 20000 poussins destinés à devenir des poules pondeuses. Ceux-là étaient « bio », c’est à dire qu’il n’y avait aucune limite du nombre de poussins au mètre carré (les limites en bio n’intervenant que plus tard dans la vie des volailles), mais ils auraient pu être estampillés « label rouge », dans ces mêmes bâtiments : ils auraient dans ce cas été un peu moins nombreux. Cela dit, il était frappant de constater qu’ils avaient de la place pour galoper !

En théorie, je n’aurais jamais du pouvoir visiter cet élevage, ni un autre d’ailleurs : les poulaillers de cette taille sont rarement ouvert au public. Je suis navrée pour les paranoïaques, mais ça n’a rien à voir avec une quelconque volonté de cacher des choses aux consommateurs. Seulement, la volaille en général et le poussin en particulier, non encore vacciné, sont très fragiles. Le moindre germe mettrait tout l’élevage en péril. Alors si l’éleveur a très gentiment accepté de faire une exception, sous couvert d’anonymat, il a tout de même fallu prendre des précautions. Ainsi, avant d’entrer dans les locaux, j’ai du tremper mes chaussures dans un bac désinfectant et me laver les mains avec un produit du même genre. Autres précautions indispensables : revêtir une combinaison à capuche et chausser des espèces de housse à chaussures en plastique épais par dessus mes grolles désinfectées. N’ayant plus d’apparents que le visage et les mains désinfectées, je pouvais pénétrer dans le poulailler.

On est d’abord saisi par les plus de 30°C ambiants, puis par l’odeur de paille sous laquelle on perçoit un arôme piquant d’ammoniaque. Ensuite, on entend le bruit : les milliers de petits piaillements et, lorsqu’on s’approche des poussins, le froissement des milliers de minuscules pattes s’enfuyant sur la paille. Mieux vaut regarder où l’on pose les pieds, d’ailleurs : les poussins jaunes ne sont pas toujours très visibles sur la paille !

Les poussins en question avaient trois jours. L’éleveur est d’ailleurs très en colère : ces pauvres bêtes, à peine sorties de leurs coquilles, on fait 700 km dans un camion mal chauffé et mal ventilé pour arriver là. Outre l’aspect économiquement stupide de cette façon de faire, la mortalité des poussins s’est révélée particulièrement élevée. Et si l’éleveur est mécontent sur ce point, ça n’est pas du tout pour des questions d’argent : ces poussins-là sont décomptés du lot. Une vie est une vie, et voir des animaux mourir pour la seule raison de la stupidité humaine est agaçant aussi pour un éleveur.

Dans les premiers jours de leur arrivée, quelques poussins trop fragiles mourront encore. On en a d’ailleurs ramassé quelques uns durant la visite. On considère qu’un taux de mortalité de 2 % est normal. Au delà, une enquête sanitaire peut être menée. L’éleveur qui m’a accueillie affiche pour sa part un taux de mortalité de 1,5 à 1,8 %, selon les lots. Chaque poussin mort sera congelé, et quand le congélateur est plein, on appelle l’équarrisseur qui vient les chercher. Il arrive que des poussins trop fragiles soient éliminés. Nul mixeur à poussins ici : s’il le faut, on leur tord le cou. Et visiblement, l’acte n’est pas fait de gaieté de cœur, mais on m’a expliqué qu’il vaut mieux achever un poussin frêle plutôt que de le voir agoniser pendant deux jours.

Les poussins sont sexés dès la naissance : il n’y a donc ici que des femelles, même s’il arrive que quelques mâles passent à travers le contrôle. Dans ce cas, ils seront vite écartés, souvent mangés. L’éleveur se demande lui aussi comment on procède pour déterminer le sexe de ces petites bêtes, je ne pourrai donc pas vous l’expliquer moi-même.

Le système d’alimentation est entièrement automatisé. Quand les assiettes sont vides – il y a une assiette tous les mètres et demi environ, sur huit rangées et sur toute la longueur de l’immense bâtiment – un capteur enclenche le remplissage. L’alimentation est composée d’un mélange de céréales broyées et de minéraux. L’eau, elle, est distribuée par de petites pipettes à hauteur de becs : les bestioles poussent la pipette et une goutte d’eau en tombe. On peut se demander comment les poussins savent que c’est ainsi qu’il faut procéder pour boire. Personne n’en sait rien, mais le fait est qu’ils comprennent tout de suite. Plus les animaux grandiront, plus on élèvera la rampe de distribution d’eau pour que les pipettes restent facilement accessibles. Ce judicieux système permet d’éviter tous les problèmes d’eau stagnante avec des déjections dedans. L’éclairage aussi est automatisé. Le nombre d’heures de lumière et d’obscurité évolue avec l’âge des gallinacées.

Ici, les bêtes ne reçoivent aucun antibiotique. Ni en bio, ni en label rouge. Elles ont plusieurs vaccins. Certains sont injectés en intramusculaire – je vous laisse imaginer le travail que ça représente sur 20000 bêtes -, un autre est incorporé à l’eau de boisson et, enfin, un dernier est vaporisé sur elles avec un pulvérisateur.

Plus les animaux grandiront, plus la température du poulailler diminuera. Quand elles sont prêtes à rejoindre le lieu où elles pondront, elles supportent bien la température ambiante. Si, à l’inverse, il fait trop chaud, un système automatique ouvre des trappes pour aérer, des pompes extraient la chaleur, et, en dernier recours, de l’eau est vaporisée depuis le plafond pour les rafraîchir.

Quand un lot part, le poulailler est entièrement nettoyé. On enlève la paille et la fiente avec un tracteur, on racle sur sol – ici en terre battue ce qui est à la fois plus absorbant et plus respirant que le béton – et on pulvérise partout un désinfectant puissant. Certains utilisent du chlore, d’autres du formol. On ne remettra là aucun nouveau poussin tant que tout n’aura pas été nettoyé, désinfecté, aéré et contrôlé.

D’ailleurs, les contrôles sont très nombreux, dans les poulaillers. Il y a d’abord les contrôles d’hygiène. Les personnels concernés viennent, passent des chiffonnettes un peu partout dans le poulailler, ces chiffonnettes sont ensuite envoyées en laboratoire et à la moindre trace de salmonelle, tout le lot est envoyé à l’équarrissage, et l’éleveur, outre l’argent ainsi perdu, peut avoir de gros soucis quant à la poursuite de son activité. Les représentants des différents labels envoient également des contrôleurs qui vérifient le respect du cahier des charges, de l’administration des vaccins et de l’alimentation. D’expérience, l’éleveur, ici, est formel : les contrôles du Label Rouge sont bien plus complets, sérieux et stricts que les contrôles du label bio.

Les documents administratifs à remplir et à renvoyer chaque jour ou chaque semaine sont très nombreux. Pour chaque lot de poussins, on n’est pas très loin du kilogramme de papier.

Quand les poules ont l’âge de pondre, vers cinq semaines, elles sont expédiées dans un poulailler spécifique. Là encore, l’éleveur se demande qui a eu l’idée saugrenue de faire faire des centaines de kilomètres à des bêtes qui se passeraient bien de ça. Au bout d’un an, tous labels confondus et leur production d’œufs commençant à baisser un peu, toutes les poules seront envoyées à l’abattoir. On les retrouvera essentiellement dans des plats préparés et des nuggets : des pondeuses ne sont pas des poulets de chair, ça n’est gustativement pas terrible.

À force de voir des images horribles d’élevages de poulets, je m’attendais au pire avant de faire cette visite. La taille moyenne des cheptels dans les poulaillers français est de 50000 bêtes : cette unité-là est donc toute petite en comparaison. En outre, aucun des poussins que j’ai vus hier ne finira sa vie à pondre dans une cage. Toutes les poules auront un accès à l’extérieur. L’odeur n’avait absolument rien d’insupportable. Les conditions de vie de ces animaux n’avaient rien de choquant. L’éleveur n’a rien d’une brute épaisse indifférente à ses animaux. Il veille, au contraire, à ne pas les stresser, à les habituer petit à petit au bruit pour éviter les stress ultérieurs, et toutes les conditions de vie sont parfaitement maîtrisées : ces animaux-là n’auront jamais ni faim, ni trop chaud, ni trop froid. Une fois à taille adulte, les poules ont encore l’espace de se dégourdir les pattes, même si, les poules ne brillant pas par leur intelligence, elles préféreront souvent s’agglutiner les unes aux autres.

J’espère pouvoir visiter un jour d’autres élevages, plus gros, ou des élevages de poulets de chair pour avoir des éléments de comparaison, mais je puis déjà affirmer que les conditions de vie en élevage « Label Rouge » sont éthiquement acceptables. Je précise également que je n’ai aucune espèce d’intérêt économique à le dire.

Pour des raisons d’anonymat que j’ai déjà évoquées, je n’ai pas réalisé de photographies, mais j’espère que ces quelques lignes de descriptions participeront à relativiser la propagande de certaines associations qui vous présentent habituellement le pire comme la norme. Les éleveurs ont tous des méthodes différentes, et si je ne doute pas que certains tiennent plus des businessmen que des agriculteurs, il existe aussi des personnes qui font leur métier proprement, et avec le souci du bien-être animal.

Je remercie encore ici l’éleveur qui a non seulement accepté de me faire voir son travail, mais qui a encore pris le temps de répondre à toutes mes questions.