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Les médias zombies

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Et des recueillements par ci, et des hommages par là : ça ne s’arrête plus ! Qu’il y ait un attentat, un meurtre, un accident, c’est maintenant systématique : non seulement on en bouffe pendant des semaines dans tous les médias au moment des faits, mais encore trouve-t-on le moyen de réchauffer la soupe tous les ans, tous les mois ou toutes les semaines au gré des envies et des vides vaguement journalistiques et politiques.

Que les gens directement impactés par tel ou tel événement aient envie ou besoin de se recueillir à certaines dates et en certains lieux ne posent pas de problème particulier : ça leur appartient, chacun fait son deuil de la façon dont il le souhaite, personne n’a de jugement à porter là-dessus. Mais foutredieu ! A part la vacuité, qu’est-ce qui oblige les médias à nous agiter de vieux cadavres sous le nez ? Ça n’est pas seulement nauséabond, c’est aussi sans le moindre intérêt en plus d’être malsain, presque nécrophile.

Comme si ça ne suffisait pas de voir à longueur d’année des politiciens croulants, tellement croulants que feue ma grand-mère les a tous connus, il faut encore qu’on nous expose des cadavres inconnus et en putréfaction avancée.

A croire que l’actualité immédiate n’en a pas assez, des cadavres et des moribonds ! Les gens qui sont en train de mourir en Haïti doivent sembler moins télégéniques que les cadavres déjà enterrés.
Il ne doit pas y avoir assez de malheurs présents qu’on ait à ce point besoin de rappeler les anciens.
Et ensuite on se demandera pourquoi le français est morose ! Parce qu’il vit dans un cimetière, vingt-dieux !

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Vlad Oreste

Maria avait vécu sa grossesse en toute quiétude et arriva au jour de l’accouchement avec les joues roses et sans fatigue excessive. Il s’écoula moins de deux heures entre les premières contractions et l’expulsion du bébé. Le petit garçon naquit en pleine santé, mais les médecins s’inquiétèrent : ils avaient retrouvé des morceaux du placenta dans sa bouche mais la mère n’expulsa jamais le reste. Quoique tous les examens nécessaires furent exécutés avec minutie, on ne trouva nulle part la délivre. Après quelques pleurs, l’enfant s’endormit très vite.

Il avait un minuscule ronflement.

Le lendemain, le bébé refusa obstinément le sein. Inquiète, la mère finit par essayer de lui donner un biberon, mais il n’en voulut pas plus. Youssef, son père, essaya à son tour de lui donner la tétine sans mieux y parvenir. Toutes les infirmières et sages-femmes, tous les médecins se relayaient auprès de l’enfant, l’examinant, le palpant, tentant eux-mêmes de lui tendre le biberon, rien n’y fit. Le jour suivant, il s’opposa encore à toute nutrition et la valse des soignants reprit. Le troisième jour, il resta toujours sans manger. Pourtant, son poids restait stable, il était vif et il ne pleurait pas.

Le quatrième jour, il rejeta encore tout ce qu’on essayait de porter à sa bouche, serrant la mâchoire à l’approche du téton et tournant la tête à celle du biberon, mais il commença à se plaindre. Il s’agita, puis entonna des vocalises de protestations. A la fin du jour, il hurlait franchement et cela dura toute la nuit. Au petit matin, épuisé, il s’endormit après avoir de nouveau refusé le lait.

L’étrange comportement du petit garçon occupa toutes les discussions de tous les employés de l’hôpital. On rassembla, dans une salle de réunion, des pédiatres, des nutritionnistes, des psychiatres, des psychologues, des gastro-entérologues et tout un tas d’autres spécialistes. Tous se repassaient les analyses du bébé, le dossier médical des parents, revenaient à celui de l’enfant mais personne n’y découvrit rien d’anormal. Le seul symptôme qu’il présentait était une très légère anémie qui allait croissante depuis sa naissance, mais cela pouvait fort bien s’expliquer par son jeûne. Ils décidèrent de l’alimenter par transfusion, mais le bébé si faible soit-il arrachait systématiquement le petit cathéter qu’on lui mettait dans le bras.

A l’aube du sixième jour Maria s’éveilla les yeux rougis. Elle tenait encore à la main un mouchoir détrempé par les larmes de la nuit. Le père de l’enfant somnolait sur un fauteuil. La mort imminente de l’enfant tant désiré paraissait inéluctable. Ils étaient désemparés devant leur impuissance à le faire vivre.

Elle avança la main pour caresser la tête de son fils. Il ouvrit les yeux. Son sourire découvrit quatre minuscules dents, deux en haut et deux en bas. Non sans surprise, elle lui caressa la joue. Avec une vivacité improbable pour son âge, le petit garçon tourna la tête et mordit sa mère avec une force surprenante.

Elle poussa un cri qui réveilla Youssef et retira vivement sa main. Elle saignait. Le bébé devint écarlate et se mit à hurler. Le père se tenait derrière elle et regardait tour à tour, horrifié, le doigt sanguinolent de son épouse et le visage du petit dans son berceau. Maria était livide. Quelques jours auparavant, une vieille femme de ménage avait longuement regardé son fils.

« Ptet qu’il faut juste le nourrir avec aut’ chose…» avait-elle marmonné avant de hausser les épaules et de quitter la pièce en poussant son chariot devant elle.

Maria approcha son doigt meurtri de la bouche de son fils. Instantanément, il se tut et s’en saisit de ses deux petites mains. Il l’approcha de ses lèvres et téta le sang de sa mère. Quand il repoussa le doigt, sa mère le prit sur son épaule et il fit son rot. Elle le coucha dans son berceau et il s’endormit aussitôt, souriant.

Maria se jeta dans les bras de Youssef et pleura longuement.