Démocratie et réseaux sociaux

Percehaie Malebranche

Google censure l’application de vote pour la Catalogne à la demande de l’état espagnol. (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

On peut lire ici et là que Facebook sert à certains activistes, militants ou dissidents à rester en contact avec le plus grand nombre ou à contourner la censure…

Pourtant, les GAFA (à l’origine Google, Amazon, Facebook et Apple, mais le terme tend à devenir générique et à couvrir l’ensemble des grands groupes de services en ligne collectant des données personnelles) collaborent activement avec les gouvernements : car ils préféreront généralement fermer un profil que de se voir interdits sur tout un territoire.

Donc, non, les réseaux sociaux commerciaux ne sont absolument pas des acteurs fiables dans le processus démocratique.

Essayez donc de créer un profil Facebook derrière un VPN, par exemple. J’ai fait l’expérience : le profil est immédiatement désactivé, avant même d’être utilisé, et pour le débloquer, vous devrez…

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Faut-il conserver tout le patrimoine architectural ?

Les arènes de Nîmes ont deux mille ans, et le temps a fait son œuvre sur le monument. Pour éviter l’effondrement, un immense chantier a été lancé. Sa durée et son coût prévu sont respectivement de 15 ans et 40 millions d’euros.

Dans mon village de quatre cents âmes, une chapelle, à l’écart du bourg, après trois ou quatre cents ans d’existence et alors qu’elle n’est désormais plus utilisée que deux fois par an, présente des problèmes de toiture et s’effondrera si elle n’est pas restaurée. Montant prévu de l’opération : environ 150 000 euros, soit 375 € par habitant, catholique ou non. Elle est toujours consacrée mais appartient à la collectivité publique.

Récemment, à Marseille, les ruines d’une carrière de calcaire datant du Ve siècle av. J.-C. ont été mises au jour à l’occasion de travaux. Nombreux sont ceux qui se sont émus de leur disparition programmée, après les fouilles réglementaires, sous de nouvelles constructions. Seulement voilà : coincée entre la mer et des collines, Marseille est ainsi faite qu’elle ne peut s’agrandir qu’au détriment des espaces naturels ou des ruines de son passé. En 1940, Blaise Cendrars la découvrant écrivait : « Son destin prodigieux ne vous saute pas aux yeux, pas plus que ne vous éblouissent sa fortune et sa richesse ou que ne nous stupéfie par son aspect ultra-ultra (comme tant d’autres ports up to date) le modernisme du premier port de France, le plus spécialisé de la Méditerranée et l’un des plus importants du globe. Ce n’est pas une ville d’architecture, de religion, de belles-lettres, d’académie ou de beaux-arts. » Dans la plus vieille ville de France, le passé est enfoui sous le présent.

Paris, enfin, étouffe. Les boulevards Haussmanniens, qui firent en leur temps table rase du passé, n’ont pas été conçus pour le mode de vie du XXIe siècle, ni pour les actuelles densités de population, ni pour les différents modes de transport de notre époque. Pour autant, personne ne veut remettre en cause l’architecture existante : au nom du patrimoine, on veut tout conserver.

Est-ce raisonnable ? Doit-on ainsi conserver toutes les traces du passé au détriment, parfois, du présent ? Si l’on avait conservé toutes les tombes depuis l’époque des premiers rites funéraires, y aurait-il encore de la place pour les vivants ?

On me réfutera que les constructions anciennes sont un outil indispensable de témoignage du passé, voire qu’ils sont nécessaires à l’identité d’un pays, d’une région ou d’une ville. Le Japon serait-il alors ignorant de son passé et privé d’identité culturelle ? Je doute que quiconque puisse le soutenir sérieusement. Pourtant, au Japon, il n’y a pas grand-chose d’authentique. Prenons le Pavillon d’Or de Kyoto, par exemple : sa première construction date de 1220.

Ce temple existe toujours, mais pas dans sa forme originelle. Il a été incendié plusieurs fois, détruit pour diverses raisons, reconstruit à chaque fois et pas forcément à l’identique, et la construction actuelle, qui date de 1955, n’en figure pas moins au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Et que dire du Sensō-ji de Tokyo ?

 

C’est le plus vieux temple bouddhiste du pays, mais lui aussi a connu plusieurs incendies, tant et si bien qu’au XXe siècle, on a fini par le reconstruire entièrement dans un matériaux plus adapté à l’époque et craignant moins les flammes : le béton. Ça n’empêche nullement deux millions de Japonais de s’y rendre chaque année lors de la fête spécifique à ce temple, ni les touristes de venir le photographier toute l’année.

L’attachement au patrimoine tient à deux réalités. La première, c’est que la France craint de perdre la manne touristique si elle ne conserve pas l’ensemble de ses vieilles pierres, fussent les plus inutiles et coûteuses à entretenir. Pour le plaisir de visiteurs ponctuels, et dans l’espoir qu’ils dépensent leur argent chez nous, nous sommes prêts à oublier les besoins des habitants à l’année des abords de ces sites, par toujours en adéquation avec ce passé parfois encombrant. Et avec le risque de transformer l’ensemble du pays en musée à ciel ouvert, et tant pis s’il n’y a rien de moins vivant qu’un musée. La seconde raison pour laquelle on s’arc-boute ainsi sur de vieux monuments est sans doute qu’ils sont le reflet d’une grandeur passée. A défaut d’une grandeur présente, et encore moins future, d’aucuns se consolent devant ces vestiges de ce que nous fûmes et ne serons plus.

Mon propos n’est certainement pas d’appeler à raser et à bétonner tout notre passé. Mais il me semble qu’il serait salutaire d’au moins se questionner sur le sujet plutôt que de souhaiter, comme nous ne faisons actuellement, tout conserver, parfois jusqu’à l’absurde.


Les vaches arboricoles

Ma vache, Jacqueline, a daigné me laisser un seau de poires sur l’arbre. Car si les vaches ne savent pas grimper à l’escabeau, elles ont une technique imparable pour accrocher les branches avec leurs cornes, secouer violemment l’arbre afin, ensuite, de se repaître des fruits les plus murs tombés au sol.

Ce poirier n’avait jamais autant donné de fruits, mais j’aurais malgré tout beaucoup moins de bocaux de poires au sirop que je ne l’imaginais. J’espère au moins que son veau aura su apprécier le lait aromatisé.


La PMA, cette quintessence du libéralisme

Ce matin, j’étais très mal réveillée, j’ai donc été extrêmement surprise d’entendre que France Inter avait enfin découvert qu’on pouvait être opposé à la PMA sans être homophobe ou religieux. Mais évidemment – j’étais mal réveillée, disais-je, et j’avais mal entendu : la radio était en fait réglée sur France Culture, ceci expliquant sans doute cela. A audience moindre, on se permet de réfléchir un chouïa plus loin que le bout de son nez.

Car globalement, toute opposition à ces tripatouillages reproductifs est considérée comme le dernier des archaïsmes, emprunt de haine de l’autre, comme si la nuance ne pouvait exister, comme si on ne pouvait pas au moins essayer de penser en dehors des cases pré-établies et limitées qu’on nous impose.

A gauche, on a décidé sans le moindre débat que la PMA était synonyme d’émancipation, et c’est devenu l’unique revendication sociétale de l’époque pour les personnes auto-estampillées « de gauche ». L’émancipation consiste donc désormais à se déposséder de notre reproduction pour la confier à des médecins et des laboratoires qui doivent sans nul doute y avoir trouvé une manne financière prometteuse. C’est assez comique, d’ailleurs, de constater que cette médicalisation ultime de la reproduction humaine apparaît en même temps que la dénonciation de la surmédicalisation de la naissance sans que personne ne semble rien voir à redire à ces contradictions : « Inséminez-moi artificiellement, mais laissez-moi accoucher naturellement », semblent dire nombre de femmes du XXIe siècle.

Pourtant, la PMA devrait poser bien des questions. Dans une société de plus en plus individualiste, elle tend à faire disparaître l’autre tout en finissant de médicaliser l’ensemble du cycle de la vie. On sera désormais conçu en éprouvette, implanté dans un utérus à l’hôpital, et à l’autre bout de la vie, on finira branché à des machines qui nous maintiendront en vie envers et contre tout pour finalement mourir loin de chez soi au milieu de blouses blanches. L’autre n’est plus un individu, juste un donneur de gamètes. Et pas forcément un seul, d’ailleurs, puisque nous en sommes à fabriquer des êtres humains avec l’ADN de trois individus différents. On voit là les prémices bien entamés de l’eugénisme sans que personne ne trouve à y redire.

Face au déclin bien réel de la qualité du sperme, on ne recherche qu’à peine les causes et encore moins à modifier les modes de vie et de production qui nous ont menés là : on applique au contraire à la reproduction humaine la même logique productiviste qui nous a justement menée là. On sait maintenant que les perturbateurs endocriniens posent d’énormes problèmes, et les clientes de la PMA, pour y faire face, vont opter pour des traitements hormonaux lourds pour retenir le contenu des éprouvettes. Autrement dit, la chimie stérilise l’humain et c’est à la même chimie qu’on demande une solution. Nous avons développé l’usage de ces chimies sans le moindre principe de précaution, et nous nous apprêtons à confier la reproduction humaine dans les mêmes conditions plus ou moins aux mêmes laboratoires.

Autre paradoxe de l’époque, alors qu’on accuse les semenciers céréaliers et légumiers d’avoir non seulement marchandisé mais encore normé les graines de légumes et de céréales, on s’apprête à user massivement de banques de « graines » humaines, en prétendant sans doute qu’elles ne seront pas marchandisés. Comme si dans ce monde on ne marchandisait pas tout ! C’est avoir une vision bien naïve et court-termiste que de croire qu’il en ira autrement avec la semence humaine ! Il viendra bien vite, le moment où on choisira de la semence fabriquée en laboratoire sur la base de plusieurs spermes afin de proposer un catalogue aux aspirants à la reproduction artificielle ! Avec quelles conséquences ? Bien malin celui qui prétend le savoir …

La PMA va tout simplement créer une industrie du bébé. Et c’est cela qu’on appelle « émancipation ». Nous allons atteindre le point ultime de ce que le capitalisme sauvage porte de pire. Tout sera vraiment une marchandise, même les bébés. La PMA est la quintessence du libéralisme économique. Et malgré ça, le discours majoritaire est de nous asséner que la PMA est une idée « de gauche ».


Les imbéciles et les règles

Percehaie Malebranche

cliquez sur l’image pour lire l’article de FranceTVInfo

La mésaventure de Philippe Croizon, amputé des quatre membres, de qui un contrôleur SNCF a exigé qu’il présente sa carte d’invalidité, est une anecdote ô combien malheureuse qui en dit long sur l’état de notre société.

Car derrière l’anecdote se cache une vérité : il y a toujours eu et il y aura toujours des imbéciles pour appliquer à la lettre les textes, lois et règlements, aussi absurde, stupide, dangereux, cruel et inhumain cela soit.

Et il ne sert à rien d’agonir d’injures ces imbéciles et de les vouer aux gémonies : ce sont des imbéciles ! Comme le disait fort justement un éminent professeur : « Ça sert à rien de les frapper ! J’ai essayé, avec une pelle, ça sert à rien. » (François Rollin, dans son spectacle « Le professeur Rollin se rebiffe »)

Par contre, l’imbécile a un…

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RT, les médias français et le CSA

 

La chaîne de télévision russe RT débarque en France, et voilà l’ensemble de la presse du même pays qui dénonce d’un seul bloc la propagande du Kremlin.

Est-ce que RT est effectivement un outil de propagande ? Oui, indubitablement, et les concernés n’en ont jamais fait mystère. Le Kremlin finance cette chaîne autant que le journal en ligne du même nom. Elle diffuse en plusieurs langues et sa ligne éditoriale est claire : elle se propose de présenter une image de la Russie et une vision de l’actualité autres que celles des médias occidentaux.

Bien. Maintenant que cela est posé, j’ai quelques remarques à formuler, et quelques questions qui en découlent.

En 2002, sous l’impulsion de Jacques Chirac, alors Président, la chaîne française France 24 a été créée dans le but « de donner à la France une voix à l’étranger. » Si une chaîne russe qui diffuse chez nous c’est de la propagande, comment nommer une chaîne française qui diffuse chez les autres ? Et une chaîne financée à grand renfort d’argent public ? Et si c’est différent, pourquoi ? Parce que nous sommes les « gentils » et eux les « méchants » ? Je veux bien, mais je suis certaine que n’importe quel Russe vous dira qu’il est le gentil et que nous sommes les méchants. C’est le problème, avec l’ennemi : « il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui ! »

Mais ça n’est pas tout ! Voyez-vous, depuis que la principale radio de service public française, à savoir France Inter, se prend pour Rire et Chanson en diffusant des programmes abscons, pro-vegans, hystériques, j’en passe et des plus graves, j’ai tendance à opter pour un autre service radiophonique, public, lui aussi, mais de chez nos voisins : la BBC internationale. Car, l’Anglois, toujours prêt à toutes les vilenies, diffuse sa propagande sur presque toutes les ondes du monde, 24 heures sur 24, en 28 langues et la BBC internationale est directement financée, preuve qu’il s’agit bien de propagande, par le ministère des Affaires Étrangères britannique. De l’aveu même d’un responsable de cette radio, son but est  » d’être la voix la plus connue et la plus respectée au monde apportant par là un profit à la Grande-Bretagne« . Mais je suppose qu’eux aussi sont les gentils, donc ça n’est pas très grave.

Nous voilà donc contraints de trouver une chaîne de propagande diffusée en France par des gens « pas comme nous ». Pas besoin de chercher très loin : la chaîne qatarie Al Jazeera émet chez nous depuis 1998. Mais les Qataris sont de gros investisseurs, ils ne peuvent donc pas être l’ennemi, donc il n’y a absolument rien de grave.

La propagande n’est pas qu’une affaire de télévision. Le cinéma hollywoodien est et a toujours été un outil de propagande pour la diffusion à travers le monde de l' »American way of life ». Je vous renvoie au très anticommuniste « L’invasion des profanateurs de sépultures » pour prendre un exemple, mais une large part des productions plus tardives de l’ère Reagan fera tout autant l’affaire. Mais depuis des décennies, on avale cette propagande toute crue sans se poser la moindre question, sans même voir l’uniformisation du monde qu’elle a provoquée au plus grand bénéfice des États-Unis, et nos chers médias français, s’ils l’ont jamais fait, ne s’en offusquent plus depuis bien longtemps. Car les États-Unis sont nos alliés, et il n’est nul besoin de pousser des hurlements de vierge effarouchée quand nos alliés débarquent avec une surconsommation à nous refourguer.

Mais il y a encore plus grave, du moins à mes yeux, que cette hypocrisie « tendance » : il y a le contenu même de notre presse nationale. Car à qui appartient-elle, notre presse ? A quelques exceptions près – L’Humanité, Marianne, le Canard Enchaîné – « nos » journaux appartiennent à des gens qui ont tout intérêt à voir notre actuel Président-Monarque réussir son démantèlement complet du pays. Bien sûr, les journalistes de ces journaux brandissent leur indépendance, mais quiconque regarde leurs publications d’avant les élections à aujourd’hui n’est pas dupe. Donc à tout prendre, au moins, avec RT, je sais où je mets les pieds. Je connais le « filtre », la ligne éditoriale, je n’ai donc aucun mal à voir les traits grossis, les oublis ou les partis pris. Je suis beaucoup plus embêtée avec Le Monde qui brandit son objectivité là où je ne vois plus qu’une presse partisane.

Je ne suis pas pro-Poutine – comment peut-on raisonnablement l’être ? – mais je n’ai rien contre un autre regard sur l’actualité du monde qui élargira suffisamment le champ pour avoir un peu plus de chance, en usant de nos méninges, de trouver le juste milieu.

 


Le Livre Noir de Orhan Pamuk

Bien sûr, je pourrais commencer par vous dire que Le Livre Noir, c’est l’histoire un homme qui, un soir, ne trouve pas sa femme chez lui, constate qu’elle lui a laissé une lettre lapidaire pour lui dire qu’elle est partie sans la moindre explication et que cet homme se met à errer à la recherche de son épouse dans les rues d’Istanbul. Ça serait parfaitement vrai et proche de ce qui est écrit sur la quatrième de couverture, mais c’est à cause de cette description que ce roman est resté deux ans sur mon étagère des livres à lire, tout cela ne me semblant pas très intéressant.

La réalité, c’est qu’il est impossible de résumer ainsi ce roman, mais le problème c’est qu’il est impossible de résumer ce roman dans l’absolu. Le Livre Noir est une histoire à tiroirs dans la grande tradition orientale. C’est une quête d’identité personnelle et culturelle, c’est un regard mélancolique porté sur la Turquie, c’est une multitude de contes traditionnels, un voyage intérieur, une confrontation de l’orient et de l’occident, un livre d’Histoire mâtiné de philosophie, d’histoire des idées et des religions. On y parle d’amour et de censure, de famille et de pression sociale, de créativité et de secrets, de politique et de liberté. Et ça a beau partir dans tous les sens, l’écriture est parfaitement maîtrisée et cohérente. Je suis prête à parier que Orhan Pakuk est un lecteur assidu de l’autre prix Nobel qu’est Thomas Mann, et en particulier de La Montagne Magique. Nous sommes dans le même type de romans : ceux où il ne se passe pas grand-chose mais qui sont d’une incroyable densité.

Disons-le tout net : ça n’est pas le genre d’ouvrage qui sera accessible à tous les lecteurs. S’il est intemporel et universel, il n’en est pas moins d’un abord complexe. L’écriture est riche, la forme est complexe, le fond nécessite des bases solides. Le Livre Noir ravira les lecteurs de grands classiques mais plongera les amateurs de légèreté dans les affres de l’expectative. Il n’en est pas moins l’un des plus grands livres de la fin du XXe siècle.


De la télé-réalité politique

8 avril 2027
Et ce soir, sur BFMTV, le grand débat pour la présidentielle sera présenté par Cyril Hanouna et Nabilla !
Hanouna : Salut Français chéris !
Nabilla : Allô, quoi !
Hanouna : Mais avant toute chose, présentons nos invités ! A ma droite : Marion Le Pen, Geoffroy Didier et Nadine Morano. Allez les supporters, faites du bruit !
Nabilla : Et du côté de la main avec laquelle je ne tiens pas mon rouge à lèvres : Jean-Luc Mélenchon, toujours dans la place, Najat Vallaud-Belkacem et Emmanuel Macron.
Hanouna : Mais ne perdons pas de temps, mes chéris, vous êtes venus voir du spectacle alors commençons les épreuves !
Nabilla : Ouais, alors on va commencer tranquille, hein, avec l’épreuve de culture générale. C’est oùsqu’on va vous poser des questions vachement compliquées pour faire voir comme vous êtes intelligents.
Hanouna : Vous avez chacun un buzzer en face de vous, mais pour qu’on se fende la gueule on les a fait en forme de bite. Donc si vous avez la bonne réponse, vous tapez sur la bite.
(Rire du public)
Nabilla : Alors la première question qu’elle est vraiment dure …
Hanouna : Comme la bite !
(rire du public)
Nabilla : la première question, c’est de la géographie. Attention. Moi je ne savais pas. Je suis une île du Pacifique vantée par Brel et Gauguin, je suis, je suis …
Buzzer
Macron : La Guyane !
Nabilla : Ah ben non, c’est pas loin mais c’est pas ça.
(silence)
Mélenchon : Non mais c’est antidémocratique ! Dans ma 6e République, les bites seront à la bonne hauteur pour les gens, comme moi, en chaise roulante ! C’est les Marquises, la réponse !
Hanouna : On va envoyer la pub et pendant ce temps-là, on mettra une petite bite à Jean-Luc.
(Rire du public / page de publicités)

Hanouna : Et nous revoilà les amis ! Alors on a regardé les questions, et c’était trop compliqué.
Nabilla : Ah oui, hein ! Je ne comprenais même pas les questions, allô, quoi !
Hanouna : Alors on va passer tout de suite à l’épreuve de cuisine ! Chaque candidat a devant lui un kilo de merde, du sucre, de la farine, des œufs et des noisettes. Il devra confectionner un gâteau avec tout ça et attention ! Ils devront le manger !
(Rire du public)
Nabilla : Et le gagnant de l’épreuve sera celui qui le mange en entier sans vomir !
(Rire du public)
Une page de publicités plus tard :
Hanouna : Et la gagnante du concours est Nadine Morano. Madame Morano, quel est votre secret ?
Morano : Ah mais c’est très simple ! J’ai l’habitude de dire de la merde, alors de la merde qui sort ou qui entre de la bouche, c’est pareil !
(Rire du public / page de publicités)

Hanouna : Et nous revoilà les amis ! Et maintenant, c’est l’épreuve ultime, celle que vous attendez tous !
Nabilla : Oh oui !
Hanouna : Des Français sont cachés derrière ce rideau. Les candidats devront passer la main dans ce trou du rideau, palper le Français qu’ils ont sous la main et dire si c’est : un homme, une femme, ou un travelo !
(Rire du public)
Ce grand débat explosa les records d’audience. Jean-Luc Mélenchon fut éliminé pour avoir refusé de palper les Français et fit un score de 0,1 % lors de l’élection. Nombre d’électeurs diront qu’on n’élit pas quelqu’un qui ne joue pas le jeu. Marion le Pen qui se jeta par terre en hurlant des prières et autres incantations quand elle constata qu’on lui avait donné un travesti à palper fut élue dès le premier tour. Nadine Morano fut choisie comme première ministre pour avoir réussi la deuxième épreuve. Les Français se dirent ravis d’avoir enfin des émissions politiques et des élus à leur niveau.


Chroniques agricoles : y a-t-il du pus dans le lait ?

«  D’abord, dans le lait, il y a plein de pus, parce qu’on trait tellement les vaches qu’à la fin elles ne font plus que du pus. »
Vous avez sans doute déjà lu ou entendu cette assertion émanant des gens qui voudraient nous convaincre que l’élevage, c’est mal et que le lait, c’est dangereux. Alors aujourd’hui, parlons mamelles et pus.

Commençons par le commencement : est-il possible qu’une vache ait du pus dans la mamelle ? La réponse est : oui. C’est rare, quoi que les éleveurs diront sans doute que ça ne l’est pas encore assez, mais ça arrive. C’est dû à une maladie qu’on appelle la mammite chez la vache, la brebis, la chèvre ou la chamelle et la mastite chez la femme. Quoi qu’on emploie des mots différents, les causes et conséquences sont les mêmes chez tous les mammifères, même chez les mammifères à deux pattes : des bactéries pénètrent dans la mamelle par le trayon, créent une infection qui peut aller jusqu’à la production de pus. Certaines mammites restent subcliniques, c’est à dire qu’elles ne se voient pas à l’œil nu et ne seront détectées que lors d’un contrôle par la présence anormale de leucocytes, sans provoquer pour autant d’infection grave. Ce contrôle est réalisé chaque mois dans toutes les fermes laitières. D’autres mammites sont dites cliniques, et celles-là sont visibles à l’œil nu : quand on « tire les premiers jets », c’est à dire quand on vérifie – ce qu’on fait systématiquement – l’état du lait avant de brancher la vache à la trayeuse, on voit tout de suite des espèces de grumeaux, ce que d’aucun appelle du pus – et on sait que la vache a une mammite. En général, d’autres signes peuvent alerter : mamelle gonflée, chaude et rouge, par exemple. Est-ce qu’on laisse les choses dégénérer ? Évidemment que non. C’est la première chose qu’on apprend quand on doit faire la traite : quand une vache a une mammite, on la marque – en général on utilise une craie grasse rouge spéciale pour faire un trait sur le quartier de la mamelle infectée – de façon à pouvoir en écarter le lait, et on la soigne, par injection intra-mammaire d’antibiotiques. Ça a l’air impressionnant, dit comme ça, mais ça n’est en réalité pas grand-chose : on vide le quartier malade de tout son lait, à la main ou à l’aide d’une sonde, on prend une seringue en plastique pré-remplie, on l’injecte dans le quartier malade, et voilà. Est-ce que c’est douloureux pour la vache ? Ma foi, aucune ne m’a jamais mis de coup de patte pour si peu.

Évidemment, le lait des vaches sous antibiotiques est immédiatement écarté : il ne partira jamais dans le circuit de l’alimentation humaine. D’abord parce que personne n’a envie de manger des antibiotiques, ensuite parce qu’il est absolument impossible de transformer du lait en fromage s’il en contient. Notez d’ailleurs qu’il est tout autant impossible de faire du fromage avec un lait qui contiendrait trop de leucocytes, et c’est aussi pour ça que le lait des vaches malades mais pas trop est tout autant écarté.

Est-ce que la traite est directement responsable de l’existence des mammites ? Non. On ne trait pas les femmes, certaines développent quand même des mastites. Les bactéries responsables de cette cochonneries peuvent se trouver sur la mamelle ou dans l’environnement de la vache. C’est pour ça qu’en élevage, on passe un temps fou à nettoyer. Vous n’imaginez pas le temps que prennent toutes les formes de nettoyage pour limiter les propagations bactériennes. On passe presque autant de temps, en salle de traite, à nettoyer à grand renfort de racloir et de jet à haute pression qu’à traire. On nettoie et sèche soigneusement les trayons avant de traire. Certains désinfectent même les « griffes », mot barbare qui désigne l’appareil qu’on branche à la mamelle, entre deux vaches. On racle les étables pour en ôter la bouse tous les jours. On refait quotidiennement le lit des vaches avec de la paille propre. Certains traient systématiquement avec des gants en nitrile sur lesquelles les bactéries n’accrochent pas pour ne pas les propager d’une vache à l’autre.

Pensez-vous vraiment que les éleveurs, qui prennent tant de soin et de temps à faire tout ça, enverraient par ailleurs un lait sale dans les laiteries ? Soyons sérieux ! Le lait est systématiquement contrôlé. S’il contient trop de cellules, c’est à dire de leucocyte, soit il est payé moins cher, soit il finit par ne plus être accepté par la laiterie et l’éleveur est ruiné. Ne serait-ce que pour des raisons économiques, quel éleveur ferait un truc aussi idiot ? En outre, la mammite peut vite devenir douloureuse, et la production laitière d’une vache qui a mal chute immédiatement. Là encore, ne serait-ce que pour des raisons économiques, il serait franchement crétin de ne pas réagir. Or les éleveurs vivent avec leurs animaux, et je n’ai encore rencontré aucun éleveur sadique qui prend plaisir à voir ses bêtes souffrir.

Alors que penser de l’assertion «  dans le lait, il y a plein de pus, parce qu’on trait tellement les vaches qu’à la fin elles ne font plus que du pus » ? Que les gens qui disent des choses pareilles ont dû tomber sur une vidéo où on voit les résultats d’une mammite et en déduire que c’est ainsi tout le temps, pour toutes les vaches. C’est un peu comme si un extra-terrestre voyait une photo d’un humain cancéreux en phase terminale et en déduisait que tous les humains sont des êtres affaiblis au point de ne plus pouvoir se mouvoir.

Notez tout de même que ce que je décris ici vaut pour nos élevages familiaux français. J’ignore comment ça se passe dans les usines à vaches allemandes ou danoises où les traites ne sont pas forcément faites par des humains, où les vaches n’ont pas de nom, où personne ne vit avec elles et j’ignore aussi si les systèmes de contrôle de la qualité du lait sont aussi stricts et performants que chez nous. Je vous laisse donc imaginer ce qui pourrait advenir si nos éleveurs disparaissaient au profit de ces usines.


Comment voient les vaches ?

La bestiole à deux pattes qu’est l’humain a tendance à imaginer que l’ensemble du règne animal fonctionne comme lui, et cet anthropomorphisme peut s’avérer dangereux. En effet, s’approcher d’une vache ou pire encore d’un troupeau sans avoir la moindre idée de comment on sera vu – ou pas – par des animaux craintifs mais puissants, rapides et cornus peut mener à un embrochage en bonne et due forme. Régulièrement, les faits divers parlent de touristes encornés ou piétinés : cela pourrait être évité avec une meilleure connaissance de nos amies les vaches.

Pour commencer, la vache voit beaucoup moins bien que nous. Si elle est capable d’entendre une feuille tomber à vingt mètres et de sentir l’électricité qui passe dans les clôtures avec son nez – et sans contact ! – la vision n’est pas son sens le plus développé. En outre, les vaches peuvent être atteintes des mêmes défauts visuels que nous – myopie, astigmatisme … – voire dans de rares cas être complètement aveugles. Or, on ne fabrique pas de lunettes correctrices pour bovins, et une vache qui voit encore plus mal que la normale sera d’autant plus dangereuse.

Contrairement à nous et aux autres carnivores ou omnivores, la vache, comme tous les herbivores, n’a pas les yeux faits pour chasser mais pour surveiller l’approche éventuelle d’un prédateur. C’est pour ça qu’ils sont sur le côté de sa tête. En situation normale, si elle n’est pas stressée ou effrayée, elle voit donc relativement bien devant elle et un peu moins bien sur les côtés, avec un angle mort à l’arrière, comme les chevaux. Mais faites lui peur et son champ de vision va immédiatement rétrécir ! Elle se mettra à courir, mais elle ne verra plus rien du tout de ce qu’il y a en face d’elle. Et si c’est là que vous vous trouvez, ça peut vite virer au drame. Si vous arrivez par derrière, elle ne vous verra pas du tout. En élevage – que ce soit en bâtiment ou en extérieur – on a coutume de beaucoup leur parler, quoi que certains préfèrent chanter ou siffloter, ainsi les bêtes savent toujours exactement où nous nous trouvons. En réduisant le risque de les surprendre, on réduit celui d’un accident. Et ça vaut pour les randonneurs.

L’œil de la vache perçoit surtout les mouvements. C’est très logique : on n’a jamais vu un arbre ou un menhir attaquer un troupeau pour se nourrir. Ce qui bouge est donc un danger potentiel. Là où le cerveau humain enregistre 25 images par seconde, celui des bovins en reconnaît entre 40 et 60. Si vous agitez les bras, si vous courez, vous attirerez immédiatement leur attention. Si vous vous déplacez lentement, sans geste brusque et à vitesse constante, vous les inquiéterez beaucoup moins.

Elles peuvent être surprises par leur propre ombre ! En effet, la rétine des bovins est équipée d’un « amplificateur de lumière résiduelle » qui réfléchit la lumière dans l’obscurité et c’est ce qui leur permet d’avoir en proportion une bien meilleure vision nocturne que nous. Néanmoins, la nuit, elles ne perçoivent aucune couleur. Elles y voient juste assez pour pâturer. Mais la conséquence de cette bonne vision nocturne est une plus grande sensibilité aux contrastes. Autrement dit, elles sont plus facilement éblouies que nous et les ombres les agacent. C’est ce qui explique qu’elles peuvent parfois s’énerver d’un changement dans leur environnement auquel nous ne prêterions aucune importance. J’ai par exemple vu des vaches qui refusaient absolument de sortir de la salle de traite. Il a fallu beaucoup se creuser la tête pour comprendre le problème : un pot à lait n’était pas à sa place habituelle. Les ombres qu’elles percevaient étaient différentes. Et si c’est différent, allez savoir si ça n’est pas dangereux. Autre exemple, vous faites faire le même trajet quotidien à une vache, toujours dans les mêmes conditions. Mais un jour, vous oubliez un arrosoir sur le trajet. La vache va en percevoir l’ombre, et ce changement d’environnement va l’agacer suffisamment pour qu’elle vous fasse un cirque épouvantable. Autre conséquence de cette sensibilité aux contrastes : ce qui est pour vous un coin sombre dans une étable est pour une vache un véritable trou noir. Et un trou noir, ben ça fait peur.

Toujours pour les mêmes raisons, les bovins sont beaucoup plus sensibles aux réflexions de lumière : flaques d’eau, éléments métalliques, vitres sont autant d’éléments prompts à leur ficher la trouille.

Vous connaissez ce phénomène qui fait qu’on n’y voit goutte quand on passe d’un coup d’un dehors ensoleillé à une pièce sombre. Il faut quelques secondes pour faire la mise au point. Eh bien il faut cinq fois plus de temps à l’œil bovin pour s’habituer à un changement d’intensité de lumière. Alors si la vache a le soleil dans les yeux et que vous êtes mal positionné par rapport à elle, ça peut vite devenir compliqué ou dangereux. Chantez, parlez, sifflotez si vous voulez, mais comprenez bien que le nombre de situations où la vache ne va pas vous voir correctement est énorme.

Et les couleurs, dans tout ça, me demanderez-vous ? Des études récentes sont formelles : les vaches voient essentiellement les ondes bleu-vert. Elles ne voient pas grand-chose dans le spectre du rouge. On peut comparer leur perception des couleurs au daltonisme vert-rouge des humains.

La position latérale des yeux a pour autre conséquence de réduire la perception des reliefs et des distances. Les vaches ne peuvent évaluer la distance que pour les objets qui se trouvent en face d’elles. Sauf, donc, si elles sont stressées ou effrayées, situations où elles ne perçoivent plus grand-chose. Et pour ne pas arranger les choses, elles ne voient net que de près.

Les vaches ont une réputation d’animaux gentils. De fait, ce sont des herbivores, pas des ours blancs. Mais la nature n’a pas de morale. Il n’y a pas de gentils ni de méchants. Il y a des réalités physiologiques dont il faut tenir compte. Notre cerveau et nos recherches nous permettent d’analyser, de comprendre et de nous adapter aux différences de perception des autres espèces. L’inverse n’est pas vrai. Si vous faites le choix de traverser une pâture occupée par un troupeau, si en plus ce troupeau comporte des veaux et/ou un taureau, les bovins analyseront votre présence selon leur référentiel de proies potentielles. Ils n’essaieront pas de se mettre à votre place. Vous, par contre, vous avez la possibilité de comprendre comment les animaux vont vous percevoir en fonction de la luminosité, des couleurs que vous portez, des mouvements que vous faites. Vous pouvez donc anticiper leurs réactions les plus probables, agir en conséquence et éviter ainsi d’aller vous faire embrocher.