Archives de Catégorie: Poesie (approximative)

Le rêve de la nuit

Il y a une bonne dizaine d’années, alors que je dormais à la belle étoile, quelque part dans la garrigue, j’ai fait le plus beau rêve de toute ma vie.
Des milliers de gens étaient réunis dans une vaste salle sans mur ni plafond, une sorte de joyeux purgatoire vaporeux éclairé non par une source identifiable, mais par une multitude de particules de lumière qui flottaient dans les airs. Il y avait là des gens que je connaissais dans la vie éveillée et des inconnus. Certains jouaient de la musique, d’autres jonglaient, dansaient, peignaient ou simplement discutaient en riant … De nouveaux arrivants nous rejoignaient, descendant en douceur du plafond inexistant. Et soudain, tout le monde se tut et je me mis à chanter l’air de la Reine de la nuit, de bout en bout. Ce qui est étrange à bien des égards.
En premier lieu, si je connaissais l’air, comme tout un chacun, j’ignorais tout à fait d’où il était tiré. Et puis, je ne parle en réalité pas trois mots d’allemand. Ceux qui m’ont entendu chanter, en vrai, n’ont pas retrouvé l’ouïe depuis que j’ai fait saigner leurs oreilles. Enfin, ma voix réelle tient plus du baryton que du soprano.
A la dernière note, je me suis réveillée, lentement et pleurant de joie. Tout mon corps semblait se souvenir encore du chant.
J’ai toujours beaucoup rêvé, je me suis presque aussi souvent souvenue de mes rêves ; j’en ai fait de toutes les sortes, des plus joyeux aux plus effroyables cauchemars, mais celui-là est le plus beau. Et quand j’entends par hasard, comme tout à l’heure, cette scène, tout le rêve resurgit : la lumière, la douceur et la sensation physique du réveil.
Il existe des rêves qui font douter de toute perception rationnelle du monde. Celui-là en était un.

 

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A tous les vents.

Il y a le vent du Nord, continu, chargé de pluie, qui depuis les plaines sans obstacle s’engouffre dans le couloir des canaux comme dans les rues des villes et chasse devant lui la terre noire ou la poussière grise. Il est colérique souvent, parfois même violent, mais toujours sans surprise, presque fade et décevant.

Il y a le Mistral et ses bourrasques vicieuses qui vous poussent quand vous n’y prenez garde, qui, l’été, arrive chargé des odeurs de garrigues avant de chasser des villes les détritus vers la mer. L’hiver, il apporte avec lui les grands froids d’altitude, vous gèle les extrémités, rend les oreilles cassantes et arrache le couvre-chef censé les protéger.

Il y a le Sirocco, majestueux, puissant, qu’on voit venir de loin, charriant par dessus la mer chaleur et poussière ocre qui bientôt recouvre tout. Il joue avec les feuilles mortes et les sacs plastiques à faire des tourbillons à hauteur d’enfant.

Il y a la Tramontane, sèche, violente, qui refroidit tout ce qu’elle touche, qui met les nerfs en pelote et qui parfois même emporte la raison du voyageur égaré.

Et il y a les quatre vents.

Il y a le Nordet, Kreisteiz à midi, Hanternoz à minuit, fort, impétueux et glacial et leur cousin le Noroît, qui est plus clément mais souvent chargé de pluie. Ils rafraîchissent les étés brûlants et au cœur de l’hiver poussent les Hommes près des âtres brûlants. Quand ces deux-là se taisent le Suroît se met à souffler de son air caressant. Il pousse les hirondelles au printemps et passe son automne à repousser l’hiver. Enfin, après avoir voyagé sur l’océan, voici venu le Père Banard, chargé d’embruns, de sel, des odeurs de la mer et des histoires de marins.

Affolant les girouettes, si l’un d’eux faiblit il sera suivi de peu par un autre après lui.

Ces quatre-là sans cesse vous tirent et vous poussent à hue et à dia. Que vous soyez dressé dans une plaine ou du haut d’un Ménez, ils vous lavent l’esprit, vous ancrent à la vie. Tantôt doux, tantôt intenses, ils charrient avec eux toutes les histoires du monde et les colères des Dieux. Face à eux, le plus puissant de vos cris ne sera qu’un soupir. Pourtant, loin de vous amoindrir, tous ces vents vous grandissent de ne pas plier devant eux.