Comment voient les vaches ?

La bestiole à deux pattes qu’est l’humain a tendance à imaginer que l’ensemble du règne animal fonctionne comme lui, et cet anthropomorphisme peut s’avérer dangereux. En effet, s’approcher d’une vache ou pire encore d’un troupeau sans avoir la moindre idée de comment on sera vu – ou pas – par des animaux craintifs mais puissants, rapides et cornus peut mener à un embrochage en bonne et due forme. Régulièrement, les faits divers parlent de touristes encornés ou piétinés : cela pourrait être évité avec une meilleure connaissance de nos amies les vaches.

Pour commencer, la vache voit beaucoup moins bien que nous. Si elle est capable d’entendre une feuille tomber à vingt mètres et de sentir l’électricité qui passe dans les clôtures avec son nez – et sans contact ! – la vision n’est pas son sens le plus développé. En outre, les vaches peuvent être atteintes des mêmes défauts visuels que nous – myopie, astigmatisme … – voire dans de rares cas être complètement aveugles. Or, on ne fabrique pas de lunettes correctrices pour bovins, et une vache qui voit encore plus mal que la normale sera d’autant plus dangereuse.

Contrairement à nous et aux autres carnivores ou omnivores, la vache, comme tous les herbivores, n’a pas les yeux faits pour chasser mais pour surveiller l’approche éventuelle d’un prédateur. C’est pour ça qu’ils sont sur le côté de sa tête. En situation normale, si elle n’est pas stressée ou effrayée, elle voit donc relativement bien devant elle et un peu moins bien sur les côtés, avec un angle mort à l’arrière, comme les chevaux. Mais faites lui peur et son champ de vision va immédiatement rétrécir ! Elle se mettra à courir, mais elle ne verra plus rien du tout de ce qu’il y a en face d’elle. Et si c’est là que vous vous trouvez, ça peut vite virer au drame. Si vous arrivez par derrière, elle ne vous verra pas du tout. En élevage – que ce soit en bâtiment ou en extérieur – on a coutume de beaucoup leur parler, quoi que certains préfèrent chanter ou siffloter, ainsi les bêtes savent toujours exactement où nous nous trouvons. En réduisant le risque de les surprendre, on réduit celui d’un accident. Et ça vaut pour les randonneurs.

L’œil de la vache perçoit surtout les mouvements. C’est très logique : on n’a jamais vu un arbre ou un menhir attaquer un troupeau pour se nourrir. Ce qui bouge est donc un danger potentiel. Là où le cerveau humain enregistre 25 images par seconde, celui des bovins en reconnaît entre 40 et 60. Si vous agitez les bras, si vous courez, vous attirerez immédiatement leur attention. Si vous vous déplacez lentement, sans geste brusque et à vitesse constante, vous les inquiéterez beaucoup moins.

Elles peuvent être surprises par leur propre ombre ! En effet, la rétine des bovins est équipée d’un « amplificateur de lumière résiduelle » qui réfléchit la lumière dans l’obscurité et c’est ce qui leur permet d’avoir en proportion une bien meilleure vision nocturne que nous. Néanmoins, la nuit, elles ne perçoivent aucune couleur. Elles y voient juste assez pour pâturer. Mais la conséquence de cette bonne vision nocturne est une plus grande sensibilité aux contrastes. Autrement dit, elles sont plus facilement éblouies que nous et les ombres les agacent. C’est ce qui explique qu’elles peuvent parfois s’énerver d’un changement dans leur environnement auquel nous ne prêterions aucune importance. J’ai par exemple vu des vaches qui refusaient absolument de sortir de la salle de traite. Il a fallu beaucoup se creuser la tête pour comprendre le problème : un pot à lait n’était pas à sa place habituelle. Les ombres qu’elles percevaient étaient différentes. Et si c’est différent, allez savoir si ça n’est pas dangereux. Autre exemple, vous faites faire le même trajet quotidien à une vache, toujours dans les mêmes conditions. Mais un jour, vous oubliez un arrosoir sur le trajet. La vache va en percevoir l’ombre, et ce changement d’environnement va l’agacer suffisamment pour qu’elle vous fasse un cirque épouvantable. Autre conséquence de cette sensibilité aux contrastes : ce qui est pour vous un coin sombre dans une étable est pour une vache un véritable trou noir. Et un trou noir, ben ça fait peur.

Toujours pour les mêmes raisons, les bovins sont beaucoup plus sensibles aux réflexions de lumière : flaques d’eau, éléments métalliques, vitres sont autant d’éléments prompts à leur ficher la trouille.

Vous connaissez ce phénomène qui fait qu’on n’y voit goutte quand on passe d’un coup d’un dehors ensoleillé à une pièce sombre. Il faut quelques secondes pour faire la mise au point. Eh bien il faut cinq fois plus de temps à l’œil bovin pour s’habituer à un changement d’intensité de lumière. Alors si la vache a le soleil dans les yeux et que vous êtes mal positionné par rapport à elle, ça peut vite devenir compliqué ou dangereux. Chantez, parlez, sifflotez si vous voulez, mais comprenez bien que le nombre de situations où la vache ne va pas vous voir correctement est énorme.

Et les couleurs, dans tout ça, me demanderez-vous ? Des études récentes sont formelles : les vaches voient essentiellement les ondes bleu-vert. Elles ne voient pas grand-chose dans le spectre du rouge. On peut comparer leur perception des couleurs au daltonisme vert-rouge des humains.

La position latérale des yeux a pour autre conséquence de réduire la perception des reliefs et des distances. Les vaches ne peuvent évaluer la distance que pour les objets qui se trouvent en face d’elles. Sauf, donc, si elles sont stressées ou effrayées, situations où elles ne perçoivent plus grand-chose. Et pour ne pas arranger les choses, elles ne voient net que de près.

Les vaches ont une réputation d’animaux gentils. De fait, ce sont des herbivores, pas des ours blancs. Mais la nature n’a pas de morale. Il n’y a pas de gentils ni de méchants. Il y a des réalités physiologiques dont il faut tenir compte. Notre cerveau et nos recherches nous permettent d’analyser, de comprendre et de nous adapter aux différences de perception des autres espèces. L’inverse n’est pas vrai. Si vous faites le choix de traverser une pâture occupée par un troupeau, si en plus ce troupeau comporte des veaux et/ou un taureau, les bovins analyseront votre présence selon leur référentiel de proies potentielles. Ils n’essaieront pas de se mettre à votre place. Vous, par contre, vous avez la possibilité de comprendre comment les animaux vont vous percevoir en fonction de la luminosité, des couleurs que vous portez, des mouvements que vous faites. Vous pouvez donc anticiper leurs réactions les plus probables, agir en conséquence et éviter ainsi d’aller vous faire embrocher.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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