Les chroniques agricoles : l’écornage

cage-de-contention-ecornage

Hier, en arrivant à la nurserie, j’ai découvert que plusieurs veaux, dont ma copine pleine de câlins, avaient été écornés.
Soyons clairs sur le sujet : je ne suis pas super fan de l’écornage, même si j’en comprends parfaitement l’utilité. Si les vaches ont l’air d’être toujours paisibles, ça n’est pas le cas. Elles se battent souvent et toujours de la même façon : en mettant des coups de tête dans le ventre de leurs adversaires. Même, surtout, si l’adversaire en question est gestante. Sans être écornées, elles s’entre-éventreraient souvent. Les cornes sont aussi dangereuses pour les éleveurs, forcément.
Ma vache n’est pas écornée, parce que je n’en ai qu’une et que ça n’est dangereux que pour moi. Je redouble donc de vigilance, et ça se passe plutôt bien. J’ai pris une fois un coup de corne dans la pommette, sans qu’elle y ait mis la moindre force – j’ai baissé la tête au moment où elle relevait la sienne – et j’ai eu très mal, et aussi très peur : à quelques centimètres près, je perdais un œil. Si j’avais un troupeau, j’écornerais peut-être.
On écorne les veaux avant leurs deux mois. Les cornes sont encore à l’état d’embryon. On brûle donc, avec un appareil spécial, cet embryon : une espèce de petite boule qu’on sent bien sous la peau. Ça fait un trou qu’on désinfecte bien, puis ça cicatrise. Certains éleveurs commencent à utiliser des anesthésiants locaux pour réaliser cette opération. On commence aussi à traiter les veaux écornés avec des antalgiques. Malheureusement, ça n’est pas encore généralisé, et il y a encore un gros travail à faire dans les élevages sur ce point. Il n’y a pas si longtemps que ça qu’on se rend compte que c’est douloureux, et encore moins longtemps qu’on sait mesurer le stress chez les animaux. Il y a aussi une sélection génétique réalisée sur des bêtes naturellement sans corne : ça n’est pas du tripatouillage de type ogm, juste une sélection qui permet de faire l’économie de l’écornage (qui ne coûte rien à réaliser).
Donc, dans la nurserie, une génération de veaux a été écornée. Quand je me suis approchée de ma copine, j’ai eu peur qu’elle ne veuille plus s’approcher de ces humains qui font mal. Et en effet, elle a reculé. J’ai approché doucement ma main, qu’elle a reniflé. Je lui ai parlé, comme d’habitude. Et soudain, j’ai constaté qu’elle me reconnaissait, et elle est venue me faire les mêmes bisous gluants et râpeux que d’habitude.
Il n’y a aucun doute possible : les veaux sont bien capable de différencier un humain d’un autre, et si un humain leur fait mal, ils ne généralisent pas à l’ensemble des deux-pattes.
Publicités

À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :