Obscurité

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On assiste à de drôles de conjonctions, ces derniers temps.

Tout d’abord, il y a le désormais indispensable statut de victime. Être une victime, c’est bien, ça permet d’exister. Mieux, ça donne un accès illimité aux médias. De tous les humains, la victime est la plus prompte à accéder à son quart d’heure de gloire. Alors on se met à déclarer que 100% des femmes sont des victimes, par exemple. Mais pas seulement. Être coupable, c’est être une victime. Orwell est partout, bien malgré lui.

Ensuite, il y a la croyance qui chasse peu à peu la raison. Comme si les grandes croyances monothéistes ne suffisaient pas, d’autres surgissent. La science devient un grand complot et tout ce qui s’y réfère devient suspect. On croit que les vaccins tuent et que les plantes soignent le sida. On croit que les ondes rendent malade et que les médicaments sont inutiles. Il ne faudra que peu de temps encore pour qu’on croit de ce côté-ci de l’Atlantique que les dinosaures n’ont pas existé. Et à ce rythme-là, la terre redeviendra vite plate ou creuse et elle se baladera bientôt à dos de tortue dans l’univers.

A la conjonction de ces deux éléments, les charlatans sont les nouveaux prophètes. Accusés d’avoir mis des gens en danger en leur vendant des remèdes au mieux inefficaces, ils deviennent des victimes. Clamant que la science ment, leur statut de néo-prophètes en est renforcé.
Il y a deux autres éléments qui viennent aggraver le tout : le mythe du risque zéro et le culte du « tout tout de suite ». La science devrait être parfaite, comme si ce qui est humain pouvait l’être. Elle n’a aucun droit à l’erreur et elle doit proposer des solutions non seulement immédiates mais encore sans la moindre faille. Si l’on découvre après coup des effets secondaires à un médicament, c’est toute la science qu’on remet en cause. Et revoilà les charlatans qui s’agitent, suivis par une foule de plus en plus nombreuse. A écouter croyants et charlatans, on ne devrait plus mourir de rien. A y regarder de près, c’est la peur de la mort qui crée cette époque mortifère.
Quand chacun se sent victime, on ne tarde jamais à voir les foules chercher des coupables. Quand de surcroît la croyance prend la place de la raison, alors l’obscurantisme n’est plus très loin.
Tous ceux là qui n’osent plus rien manger, plus rien boire, qui ne veulent plus se soigner et remettent en cause le confort moderne, ce confort que nous devons largement à la science, me font penser aux légions de pénitents qui, au Moyen-Âge, parcouraient l’Europe en se flagellant, prêchant que la fin du monde approchait.

Chacun devient victime. Le croire gagne du terrain sur le savoir. Le monde peu à peu s’obscurcit. Et à la conjonction de tout ça, ceux qui essaient de comprendre et d’user de raison ont l’air d’être les fous.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

One response to “Obscurité

  • lizagrèce

    Le confort nous le devons à la science mais aussi au progrès social conquis au travers des luttes ouvrières. Nier ce progrès c’est aussi accepter le recul des avantages acquis. Devenir apolitique. Militer suelement pour les couches lavables, les tisanes à la pelure d’oignons et le tri sélectif des ordures ménagères. Cela obscurcit la vision politique d’ensemble et favorise le repli sur soi.

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