Du nombril en littérature

Insolite-ce-qui-se-cache-vraiment-dans-notre-nombril

Je suis effarée à chaque fois que j’entends un auteur français à la radio ou dans la télévision : il semble que le seul sujet qui intéresse conjointement écrivains, journalistes et distributeurs officiels de prix littéraires (?), c’est le nombril de l’auteur. On ne parle plus que d’autobiographies ou d’autofictions – ce qui est la même chose – . On n’entend que Christine Angot, Simon Liberati, Delphine de Vigan … Uniquement des gens qui se contemplent la cicatrice abdominale, tournent autour et y plongent allègrement. Or le nombril est rarement profond.

Où est passée la fiction ? Où sont les auteurs munis d’une imagination fertile ? Ou éventuellement d’un sens de l’observation du monde, d’un talent de sublimation, d’analyse ou de projection ? Oh, je sais bien qu’ils existent – je ne citerai que Yann Marchand en bon exemple – mais ils sont invisibles, absents de la presse, des médias.

L’Italie a Umberto Eco et son regard unique et érudit sur le monde. L’Angleterre a Salman Rushdie dont l’imagination n’a aucune limite quand il s’agit d’en user pour parler de l’histoire ancienne ou contemporaine, et Neil Gaiman dont l’univers fantastique et sombre sait emmener loin les petits comme les grands. Les États-Unis ont Tristan Egolf, Thomas Pynchon, Shalon Auslander, Brady Udall, tous tranchants à leur façon, tous solidement équipés d’une imagination fertile.

Fut un temps où la littérature française rayonnait sur le monde, elle s’est désormais repliée sur le nombril des prétendants au Goncourt.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

6 responses to “Du nombril en littérature

  • fjva

    Justement j’en ai lu quelques uns ces dernières années en choisissant des lectures au hasard dans des bibliothèques… Dont le 2e roman de Delphine de Vigan, consacré à sa mère et à sa famille. Je dois lui reconnaître ça, il y avait de quoi écrire une histoire, et elle a un certain style. C’est un peu plombant, cela dit, comme lecture… Plus proche du document que du roman.
    D’autres, racontant aussi des vies de famille dramatiques, ressortent plus de la complainte de la pauvre petite fille riche. Je me souviens d’un (dont j’ai heureusement oublié le titre et l’auteur) écrit dans un style précieux à grand renfort d’effets. Je me suis demandé en lisant s’il pouvait plaire à quelqu’un d’autre qu’à quelqu’un issu du même milieu germano-pratin.

    Et je ne parle pas de tous les livres qui, quand on lit la 4e de couv’, racontent l’histoire d’un romancier, d’un éditeur, d’un journaliste, d’un prof de lettres… Bref de l’auteur à peine déguisé. C’est de la littérature de littérateur pour littérateur. Non seulement ils écrivent au sujet de leur nombril, mais en plus j’ai l’impression qu’ils ignorent qu’un monde existe au-dehors, ou qu’ils n’écrivent que pour leurs semblables. En même temps… ils doivent avoir raison puisqu’ils sont publiés!

    L’imaginaire souffre toujours d’un déficit d’image vis-à-vis des « gens qui s’autorisent à penser ». Malgré la riche histoire des auteurs français en la matière, de Dumas à Jules Verne…

    • Tagrawla Ineqqiqi

      Étant écrivain public et rédigeant donc des biographies à usage privé, je suis formelle : il n’existe pas de vie qui ne fasse un bon roman. Seulement voilà : je trouve infiniment plus instructive et poétique la vie d’un vieux paysan breton à celle d’un auteur parisien qui ressemble tellement à la vie d’un autre auteur parisien …

    • fjva

      J’ai beau chercher, je ne vois pas comment je pourrais faire de la mienne un roman qui intéresserait grand-monde 😉

      Vu que je n’ai pas lu beaucoup de vies d’auteurs parisiens modernes, ça reste relativement instructif pour moi, tout étant relatif : on apprend de ce qu’on ne connaît pas encore, et je ne fréquente pas ce milieu. Ce qui n’empêche que je compte bien lire les Mémoires d’un paysan Breton un jour.
      Mais en l’occurrence ce roman là parlait surtout de la jeunesse de sa mère, issue de parents bobos gauchos avant l’heure, assez radicaux et famille très nombreuse, et de la glissade de sa mère dans la folie. Sachant que sur la grande fratrie, deux enfants meurent avant leurs 18 ans, et un 3e se suicide à la vingtaine. On peut comprendre aussi le besoin de finalement étaler sur la table tout un tas de secrets qui ont pourri la famille pendant longtemps (disons que je le comprends aisément parce que certains aspects de cette bio font écho à l’histoire de ma famille – et je m’estime fort heureuse que ce soit une petite partie seulement!).

      Enfin je partais avec un a priori très négatif sur ce livre, pas loin de ton opinion, et en fin de compte il m’a semblé moins… inutile et insupportable que je ne m’y attendais.

    • Tagrawla Ineqqiqi

      « J’ai beau chercher, je ne vois pas comment je pourrais faire de la mienne un roman qui intéresserait grand-monde. » : c’est toujours par là que commencent tous mes clients ^^
      En général, ils commencent par vouloir raconter leur histoire à leurs petits-enfants, mais au fur et à mesure qu’ils lisent les pages qu’on construit ensemble, ils se rendent compte de ce petit quelque chose d’à la fois exceptionnel et d’universel qu’il y a dans leur vie. Tout le travail consiste à leur faire relater les anecdotes, et c’est dans ces anecdotes qu’on trouve la beauté, joyeuse ou triste, de chaque vie.
      Quant aux biographies des écrivains français contemporains, c’est l’étalage des secrets de famille qui me dérange, justement : chaque famille a ses squelettes dans le placard. On fait avec. Il y a quelque chose d’indécent à sembler penser que les leurs sont plus intéressants que ceux de n’importe quel quidam.

    • fjva

      Dans ce roman-là, elle y explique qu’après avoir initialement fermement rejeté l’idée d’écrire sur le sujet à la mort de sa mère, elle s’est rendue compte qu’elle n’arrivait plus à écrire sur autre chose. Du coup, ça lui devenait nécessaire de creuser le sujet avant de pouvoir passer à autre chose. J’ai eu l’impression qu’elle l’a écrit pour comprendre, comme une occasion aussi d’aller demander à ses frères et soeurs et aux autres témoins leurs souvenirs, pour rendre un portrait complet de sa mère… Et que comme elle était déjà dans le milieu, ça a été publié.
      En fait j’y vois le même « problème » qu’il y a avec la célébrité qu’obtiennent tous ceux qui font blogs, chaîne Youtube ou sextape, ou ceux qui sont chroniqueurs ou « experts » à la télé. Qui choisit ce qui mérite d’être diffusé sur un média plus généraliste (cad ici édité). J’imagine que si la maison d’éditions a publié son second roman, c’est qu’outre qu’il leur semblait de qualité correcte, le premier avait dû se vendre…
      Chacun a le droit de s’exprimer, après c’est plutôt la pub qui leur est faite qui ou le fait d’être mis en avant par « les cercles autorisés » qui me chiffonne. C’est plutôt là que le copinage joue, je pense.
      Mais après c’est dans la manière que ça devient plus ou moins supportable. Il y a des auteurs qui clairement m’inspirent la même chose que toi concernant leur certitude que leur vie est plus intéressante que les autres (enfin, plus exactement, généralement ils ne semblent pas conscients qu’il existe d’autres types de vies…).

    • Tagrawla Ineqqiqi

      Pour le coup, je comprends parfaitement le besoin d’écrire pour comprendre. Mais si chacun se met à publier son journal intime, on n’a pas fini !
      Mais oui, le souci, c’est la com’ monstrueuse qui est faite pour quelques-uns et qui nous empêche, nous lecteurs, de découvrir d’autres auteurs moins connus mais tellement plus talentueux.

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