« Pays des Droits de l’Homme » : l’histoire d’un titre usurpé.

Declaration_of_Independence_(USA)

On appelle la France « pays des droits de l’homme » parce qu’on a voté la Déclaration des Droits de l’Homme en 1789. Historiquement, c’est parfaitement absurde : nous n’étions pas les premiers à signer des lois et déclarations sur les droits fondamentaux.

Les premiers, c’était les anglais. L’Habeas Corpus Act existait déjà au Moyen-âge, mais c’est en 1679 qu’il fut renforcé. C’est le premier texte de l’histoire « moderne » garantissant les libertés publiques, mais qui en plus prévoyait des sanctions contre ceux qui ne le respectaient pas.

Je parle de texte « moderne », car les romains avaient déjà la « Provocatio » mais ça n’avait rien d’universel et rien de comparable dans l’absolu. Disons que c’était une base.

Après les anglais, ce sont les tout nouveaux américains qui se munissent d’un texte garantissant les droits fondamentaux des citoyens. En 1776, on y proclame l’indépendance, et la Déclaration d’Indépendance contient un préambule qui énumère une liste de droits fondamentaux. L’idée centrale du texte est la liberté. On ne parle pas là de libertés collectives mais bien de liberté individuelle. Et on y parle aussi d’égalité : « Tous les Hommes sont créés égaux. » Par cette phrase, cette déclaration d’indépendance devient un texte universel.

Certes, l’esclavage n’est pas aboli, mais je vous rappelle que la date d’abolition effective de l’esclavage en France, c’est 1848, pas 1789, malgré quelques tentatives ratées pendant la Révolution. Alors oui, dans le contexte de l’époque, la Déclaration d’Indépendance américaine est un texte universel à base de Droits de l’Homme.

C’est vrai que pour avoir des nouvelles du Nouveau Monde, à l’époque, c’était un peu compliqué. Vous me direz qu’on n’a sans doute pas su tout de suite que de l’autre côté de l’Atlantique, on nous avait précédé. Eh bien si, on le savait parfaitement. Notre déclaration a été fortement influencée par la Constitution américaine. Oui, je sais, ça gratte, mais c’est comme ça. Parmi les gens qui siégeaient à l’Assemblée de 1789, il y avait quatorze personnes qu’on appelait « les américains » parce qu’ils étaient rentrés de voyage depuis peu et qu’ils avaient une grande admiration pour ce pays en général et pour leur Constitution en particulier. L’un d’eux se nommait la Rochefoucauld d’Enville : il avait traduit la Constitution Américaine en français. Il est vrai que ce sont les Lumières européennes qui ont nourri l’écriture de la Constitution américaine, mais ce sont bien eux qui, les premiers, en ont fait un texte ayant valeur de loi.

Plus de deux siècles plus tard, on a de toute façon eu le temps d’apprendre la nouvelle : la France n’est pas la patrie historique des Droits de l’Homme. Ce titre est usurpé depuis le début. On ment délibérément depuis longtemps, sans doute pour des histoires de construction du roman national.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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