Bien-être et décadence

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Quand je regarde les listes de parution de livres, deux genres semblent être particulièrement à la mode.

Il y a d’abord le genre « bien-être ». Les bouquins que si tu les lis, tu seras un sur-être vachement balaise du psychique, beau, intelligent et heureux. Dans cette catégorie de livres, il y a des titres assez incroyables. Ça va du « Charme discret des intestins » (qui t’explique donc que pour être heureux il faut être gentil avec tes intestins), à « Comment j’ai décroché du sucre » (en cherchant bien on doit trouver le même avec la viande, le gluten et le Nutella), en passant par « Le système quantique de Kinslow » (parce que « quantique » c’est tendance, alors on le met à toutes les sauces et tant pis si ça ne veut rien dire). Et il y a au même rayon tous les manuels de yoga, « soins énergétiques », méthodes de jeûne : tout un tas de conseils plus ou moins abracadabrantesques (et contradictoires) pour avoir un esprit illuminé dans un corps resplendissant.

L’autre genre, ce sont les témoignages. En général y est accolé l’adjectif « bouleversant » et un titre à rallonge : « J’avais 12 ans, j’ai pris mon vélo et je suis partie à l’école », « Le jour où j’ai pu pardonner les crachats de ma mère », « Le silence des autres – Victime de son père pendant 28 ans ».

L’immense majorité de ces livres sont écrits par des femmes qui déballent leurs sacs d’histoires tristes avec la pudeur d’une actrice X et un style qui ferait passer Musso pour un génie littéraire. Je ne serais guère étonnée cependant que les voyeurs qui se repaissent de ces récits vilipendent par ailleurs l’exhibitionnisme pornographique.

L’édition fait son beurre sur le paraître et le malheur et elle aurait tort de s’en priver puisque ça fonctionne très bien. D’un côté, on vend des sacs de larmes, de l’autre, on propose des anxiolytiques. Dommage que la loi sur le prix unique du livre ne permette pas de vendre des packs complets : pour toute rasade de misérabilisme achetée, cent pages de soulagement offertes ! Trois viols commandés, un régime sans sel en cadeau ! Un cancer du sein, deux enlèvements : trois raisons de lire le gourou de la médecine quantique !

Malheureusement, l’édition a autant d’imagination que les auteurs qu’elle publie et on ne verra jamais de telles campagnes de communication. C’est fort dommage, le PIB s’en porterait mieux.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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