Les Affinités électives de Goethe

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Ah je vous entends déjà ! Goethe, c’est compliqué, c’est ennuyeux, c’est démodé ! Si si, ne niez pas, on me le dit souvent. Je l’ai même cru moi-même avant d’être contrainte d’en lire, un soir de grande détresse parmi celles que je crains le plus : je n’avais plus qu’un seul livre non lu dans la maison, et c’était Les Souffrances du jeune Werther. Or, mon cerveau est ainsi accoutumé que ne pas lire revient à ne pas dormir. Mais il arrive aussi que l’inverse soit vrai : lire revient à oublier de dormir. Cela n’arrive qu’avec les très grandes œuvres. Et c’est ce qu’il advint avec cet ouvrage de l’illustre auteur allemand.

Forte de cette première expérience, je poursuis donc ma découverte de Goethe avec cet opus : Les Affinités électives. Et je vais vous décevoir : ça n’est ni compliqué, ni ennuyeux et surtout pas démodé.

Certes, la langue de Goethe est belle comme l’est celle de notre Hugo national. Mais une belle langue n’est pas forcément une langue alambiquée. On trouve au contraire ici une langue accessible. Goethe aimait les sciences autant que leur vulgarisation, aussi ce roman n’use pas d’un champ lexical particulièrement savant. Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai même pas pensé : nous n’avons pas non plus affaire à une écriture simpliste.

Certes Goethe ne nous propose pas ici un récit épique empli de grandes batailles, de créatures fantastiques et d’aventures rebondissantes. Mais il n’est nul besoin de galoper à un rythme effréné pour tenir le lecteur en haleine. Si le contexte du récit est bucolique, l’histoire en elle-même s’inscrit dans la lignée des grandes tragédies antiques.

Enfin, rien n’est moins démodé que Les Affinités électives, sauf à considérer que les passions tragiques n’existent plus. Quoi de plus intemporel que les souffrances de l’amour ? Que le questionnement sur la régulation de nos émotions par la morale ? Quoi de plus moderne que de se demander quelle place occupe la chimie dans nos choix amoureux ?

Dans ce roman, c’est bien sous l’angle de son intérêt scientifique que Goethe observe les relations humaines. Mais en explorant le sujet par le biais du roman plutôt que de l’essai, il rend l’ensemble bien plus que simplement digeste : il ouvre des portes philosophiques essentielles sans jamais nous ennuyer.

Lire Goethe, c’est aussi plus simplement prendre une bonne rasade de pure beauté.

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

2 responses to “Les Affinités électives de Goethe

  • fjva

    Ah c’est marrant, je l’ai lu il n’y a pas si longtemps (l’an dernier il me semble). J’avais été agréablement surprise aussi, je pensais que ce serait indigeste, et finalement non. Très étonnant aussi dans ces chassés-croisés de sentiments et les parallèles faits avec les sciences de l’époque.

    • Tagrawla Ineqqiqi

      Je crois que le principal problème des « classiques », c’est qu’on s’en fait tout un monde, alors que s’ils traversent les époques, c’est forcément qu’il y a « un truc ».

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