Comment naissent les légendes.

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L’autre soir, alors que minuit approchait, je suis sortie vaquer à mes occupations nocturnes habituelles. La lune était à son zénith, on la devinait derrière une épaisse brume d’altitude qui en diffusait si bien la lumière blême que je n’eus pas besoin d’utiliser ma torche, malgré ma vision nocturne défaillante.

Je traversai donc la cour, passai le portail en bois, fis quelques pas et m’arrêtai. Quelque chose clochait, mais quoi ? Je sentais bien qu’il y avait un problème quelque part sans toutefois pouvoir l’identifier immédiatement.

Je fis donc la tournée des bestioles. La vache était couchée avec la chèvre sur son dos, les poules étaient bien rentrées au poulailler dont je verrouillai alors la porte. Je retournai vers la maison, mais je m’arrêtai, nez au vent, pour essayer de comprendre ce qui différait de l’ambiance nocturne habituelle.

Eh bien justement, il n’y en avait pas, de vent. Alors que chaque soir, il y a toujours au moins une brise qui agite les hautes branches de l’immense eucalyptus, cette nuit-là : pas un souffle. Les branches étaient parfaitement immobiles, et on n’entendait pas le bruissement habituel, ni de l’eucalyptus, ni des pommiers, ni d’aucun arbre alentour. Mais il n’y avait pas que les arbres qui faisaient silence, et voilà bien l’étrange !

J’avais beau tendre l’oreille, retenir ma respiration pour mieux entendre : pas un seul son ne me parvenait. Je n’entendais pas les aboiements des chiens des fermes lointaines. Pas un glapissement de renard. Pas un seul ululement d’oiseau nocturne. Pas un froissement d’aile de chauve-souris, pas un seul imperceptible pas ou grignotement de rongeur, pas un feulement de chat, pas un meuglement de vache, pas un coassement grenouille : rien, absolument rien, pas un son, le silence complet.

Il y avait quelque chose d’inquiétant à ce silence. Je frémi et pressai le pas pour rentrer. Je n’aurai pas voulu avoir quelque déplacement pédestre à effectuer cette nuit-là par les chemins creux, pas même avec une torche. Qu’est-ce qui peut être assez effrayant pour faire taire jusqu’aux plus aboyeurs des chiens de fermes ? Quelque lavandière de nuit occupée à tordre ses linges sanglants au lavoir du village ? Quelque créature invisible perçue par tous les animaux des bois et des fossés ? Ou l’Ankou ayant graissé le moyeu de sa maudite charrette ?

Ne le sachant, et une fois n’est pas coutume, j’ai soigneusement verrouillé toutes les portes, tiré les rideaux et me suis glissée dans les draps sans être rassurée. Il m’a fallu du temps pour m’endormir d’un sommeil agité, peuplé de rêves étranges.

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

3 responses to “Comment naissent les légendes.

  • fjva

    Mini-tremblement de terre, peut-être?

    • Tagrawla Ineqqiqi

      Je ne saurais dire. Il y a souvent, ici, des événements étranges qui mettent la rationalité au défi. Une fois, j’étais dans mon jardin, il faisait un temps splendide. Soudain, une nappe de brume épaisse a tout recouvert, on n’y voyait pas à 10 mètres. Ça a duré quelques minutes, puis le beau temps est revenu. Si je n’avais pas alors croisé mon voisin qui m’a dit « Ah, toi aussi tu as vu le drôle d’événement météorologique, alors ? « , j’aurais cru avoir rêvé …

  • gima46

    J’avais remarqué aussi que le manque de vent, lors de mes promenades nocturnes était mauvais présage…

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