Le plancher des vaches

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Puisque tout le monde parle d’avion, je vous propose de revenir, en douceur, au plancher des vaches, parce que les vaches, c’est sympathique, ça n’est pas déprimant, et tout le monde aime les vaches.

Malheureusement, parmi ceux qui aiment les vaches, quelques-uns restent beaucoup trop au niveau du plancher et clament partout qu’on devrait rendre leur vie sauvage aux vaches. C’est gentil et plein de bonne volonté, celle-là même dont on pave la route de l’enfer. C’est aussi, pardonnez-moi de vous le dire, tout à fait stupide. En effet, notre amie cornue est aux bovins ce que le chien est au canin : un animal qui n’existe que parce qu’il a été domestiqué. La vache n’a jamais existé en tant que telle. L’aurochs(*) est devenu vache justement quand on l’a domestiqué comme le loup est devenu chien par le même biais.

Un chien est incapable de se débrouiller seul loin des humains, et pour notre ruminant, c’est pire. Plusieurs races de vaches ne savent plus vêler sans intervention humaine. Ce qu’elles pourraient trouver à croûter dans la nature ne suffirait pas à leur survie. Exactement comme la plupart d’entre nous si on nous balançait dans une forêt, sans argent, sans outil, loin d’un supermarché. Au mieux, on mourrait de faim, au pire, on s’empoisonnerait, à moins que ça ne soit l’inverse.

C’est très simple : si on cessait d’avoir des élevages de vaches, la vache ne tarderait pas à disparaître, à part peut-être quelques-unes dans des parcs zoologiques – pour rappel les éléphants des zoos n’ont jamais vu la savane, aussi, on peut penser que la vache ne verrait plus de pâturage – et chez quelques originaux qui en auraient en décoration. Plusieurs races de chevaux – dont beaucoup de chevaux de trait – n’ont subsisté que parce qu’on les mangeait. En l’absence d’humains omnivores refusant la viande de laboratoire, il y a fort à parier que nos campagnes se videraient vite de ces paisibles bestioles. On peut sans peine imaginer que dès lors, les bocages ressembleraient vite aux régions céréalières : pas un arbre à l’horizon dans des champs immenses, récoltés avec des machines grosses comme des maisons. Ou alors deviendraient-ils de ces verrues urbaines que sont les moches lotissements de maisons en carton-pâte.

Les paysans ne font pas qu’exploiter – ouh le vilain mot – terres et bêtes, ils font aussi le paysage en général, et celui du plancher des vaches en particulier.

Il reste bon, parfois, de prendre un peu de hauteur.

(*) Oui, l’aurochs a un -s même tout seul, allez comprendre.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

4 responses to “Le plancher des vaches

  • fjva

    Ce sont les mêmes qui veulent qu’on libère les animaux sauvages des zoos, et notamment (parce que je l’ai relu récemment) qu’on renvoie les orangs-outans à Bornéo. Presque tous les animaux actuellement en zoo sont nés en captivité et ne seraient pas forcément capables de se réadapter. Et le vétérinaire de la Ménagerie de Paris nous avait raconté avoir visité à Bornéo les centres de « sauvetage » des orang-outans. Ils ont moins de moyens qu’en Europe, alors les primates sont entassés dans de moins bonnes conditions qu’ici. Quant à les libérer… c’est signer leur mort vu que leur milieu naturel est en péril.
    Dans l’esprit, je veux bien qu’on rende les animaux à la nature, mais il faudrait d’abord s’occuper de rendre leur milieu à nouveau vivable pour eux avant de les y envoyer…

    • Tagrawla Ineqqiqi

      C’est ce qu’on nomme la route de l’enfer, oui. On ne peut pas tous être des spécialistes de tout, il me semble nécessaire de s’informer correctement avant d’avoir un avis définitif sur les choses. Ça semble évident, et pourtant c’est bien loin de l’être pour tous.

  • fjva

    Je pense qu’on a le droit d’avoir un avis non-informé, même si on n’est pas obligé d’en faire profiter les autres… Mais commencer à militer activement et à insulter les autres sans s’être informé, ça c’est vraiment idiot et ça peut faire des dégâts.
    Surtout que les gens qui travaillent directement avec les animaux, même s’ils en vivent (et ma foi il faut bien gagner sa vie et faire du bénéfice pour payer les soins et la nourriture des animaux!), font sans doute plus pour eux que les gens qui se contentent de critiquer derrière leur écran.

    • Tagrawla Ineqqiqi

      Voilà. Je pense à certains intégristes végans, en particulier, qui racontent des tas de mensonges sur leur site, à se demander s’ils ont déjà vraiment vu une vache, la certitude étant qu’ils n’ont jamais rencontré un éleveur. Je m’en ficherais si cela n’avait pas un impact désastreux sur l’image des éleveurs qui sont très très loin d’être les barbares ignorants sans cœur que beaucoup imaginent par la « vertu » de ces lamentables sites.

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