La nouvelle police de la pensée

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La France a manifesté pour la liberté d’expression.

Désormais, on ne pourra donc plus dire qu’on n’est pas Charlie ou pire, qu’on n’aime pas ce journal. Ne pas aimer Charlie Hebdo, maintenant, c’est être un fasciste ou un terroriste. Les musulmans n’auront plus le droit de dire que les caricatures les offusquent. Même pas calmement, même pas sans lancer des fatwas partout.

Je n’aime pas Charlie Hebdo. N’ayant pas de prophète, je n’ai rien contre ses caricatures, là n’est pas le problème. Je suis beaucoup plus embêtée quand on choisit la provocation facile, et c’est souvent ce que faisait ce journal et ce qu’il continuera sans doute à faire. Évidemment, ça ne mérite pas la mort, mais ça ne mérite pas plus l’admiration.

Je n’ai rien contre le fait que les musulmans soient choqués par les caricatures de leur prophète. Ils ont le droit d’être choqués et ils ont le droit de le dire. Ils ont même le droit de saisir la Justice comme la Justice a le devoir de ne pas leur donner raison.

Aussi nécessaire que soit la laïcité à notre pays, elle n’en est pas moins un long apprentissage. Il ne me semble pas judicieux de punir ceux qui ne l’ont pas comprise quand on ne cherche pas beaucoup par ailleurs à l’expliquer longuement et surtout calmement. L’injonction à la laïcité prend la gueule d’une indiscutable fatwa : on lance le mot en l’air et il est hors de question d’en débattre.

Imposer une minute de silence à des enfants qui n’ont sans doute pas du tout compris le pourquoi de ce silence, ça n’est pas expliquer longuement et calmement la laïcité. En outre, il serait bon de cesser de considérer les enfants comme des adultes miniatures en les impliquant comme on le fait dans des faits politiques. Le terrorisme et ses conséquences sont des faits politiques. Voir des gosses de six ans expliquer devant les caméras qu’ils sont à la manifestation pour défendre la liberté d’expression me laisse un goût amer. J’aurais aimé qu’on leur demande ce que représente pour eux la liberté d’expression. Je gage que la plupart de ces enfants auraient eu bien de la peine à répondre.

La France a manifesté pour la liberté d’expression. Aujourd’hui, la pression sociale empêchera bien des gens d’exprimer librement des idées qui ne vont pas dans le sens du vent. Cette informelle police de la pensée est éminemment délétère pour la liberté d’expression.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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