La Guerre de la fin du Monde de Mario Vargas Llosa

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Wahou. Je vous accorde qu’il s’agit là d’un commentaire fort peu littéraire, mais c’est tout de même la première chose qui m’a traversée la tête à la lecture de l’ultime page de ce long roman.

La Guerre de la fin du Monde, c’est la guerre de Canudos : conflit armé bien réel de la fin du 19e siècle, au cœur de la toute jeune république du Brésil. D’un côté, il y avait les républicains. De l’autre, une communauté hétéroclite unie autour d’un prédicateur, perçu comme un messie, qui s’oppose à la république, au mariage civil et au système métrique décimal. Autour, apparaît une théorie de complot monarchiste financé par l’Angleterre. Voilà pour le décor.

On croise, dans ce roman historique, bien des personnages, réels pour certains, imaginés par l’auteur pour d’autres : le Conseiller de Canudos prêche à ses adeptes, pauvres gens, anciens esclaves, bandits de grand chemin plus ou moins repentis, commerçants, paysans, gauchos, gens de cirque et même un anarchiste européen. Pendant ce temps, un conflit politique oppose républicains et monarchistes, conflit qui se cristallise sur le cas de Canudos. Voilà pour l’action.

L’ensemble du roman ne se contente pas de relater des faits historiques en comblant ce qu’on ignore par l’imagination. La Guerre de la fin du Monde parle avant tout des idéaux de chacun, de leurs incompatibilités entre eux et de l’impossibilité pour un idéal d’aboutir à un monde de paix, lisse, uniforme. L’un verra en Canudos l’exemple ultime de l’aboutissement de la lutte des classes, l’autre y verra la réunion de tous les ennemis existants. Tous regardent l’existence de cette communauté théocratique au travers son propre filtre.

Tout le génie de Mario Vargas Llosa est de ne jamais sombrer dans ce travers. Il regarde les événements de Canudos avec suffisamment de neutralité pour que le lecteur ne puisse jamais s’attacher à un camp plutôt qu’à un autre. Chaque idéal est porté par des humains : il est donc imparfait et entaché des pires exactions dont ils sont capables.

Aussi épaisse que dense, l’œuvre est magistrale. L’écriture est riche, le rythme parfaitement maîtrisé, les personnages palpables : rien n’est ici laissé au hasard. Mario Vargas Llosa a bien mérité son Nobel de littérature, et sa Guerre de la fin du Monde rejoint l’étagère de ma bibliothèque réservée aux rares œuvres à emmener sur l’hypothétique île déserte.

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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