Extrême-droite et gueule de bois

C’est désormais une habitude, après chaque élection : la gueule de bois fait suite à l’insomnie. L’ignorance et la bêtise ont encore gagné. Le contrat social n’existe plus. Ceux qui voulaient moins d’austérité n’ont rien fait pour arriver à leurs fins ; pire : ils ont permis aux fanatiques de la dite austérité d’en faire plus encore. Je ne m’inquiète pas pour ma propre survie. Je me suis assez remuée pour être à peu près sûre de ne pas avoir faim. Je pourrais donc m’en foutre le plus profondément du monde. Je pourrais faire comme les anciens jeunes qui continuent, éternels adolescents, à brailler que la jeunesse emmerde le Front National. Sans pour autant remuer le petit doigt pour lui faire vraiment barrage.

Il serait temps de redéfinir les choses. La citoyenneté, par exemple. La citoyenneté comporte des droits civils et politiques et des devoirs civiques définissant le rôle du citoyen dans la cité et face aux institutions. On a le droit de ne pas être enfermé pour nos opinions. On a le droit – du moins chez nous – d’être soigné avec ou sans carte bleue. On a le droit de questionner un député, il a en retour le devoir de nous répondre. On a le droit de se présenter à une élection. On a le droit de faire grève, de manifester, d’afficher tout ce qu’on veut sur les panneaux prévus à cet effet, on a le droit d’association, on a le droit de croire ou de ne pas croire en tel ou tel bon dieu. On a le devoir de connaître les institutions elles-mêmes garantes du contrat social. On a le devoir de voter.

Que les institutions s’attaquent à l’un de nos droits civiques, et c’est un concert de protestations. C’est normal et salutaire. Que l’on demande au citoyen de remplir leurs devoirs, et il répondra au choix que les politiciens sont tous pourris ( sans jamais chercher à faire mieux lui-même), que c’est leur conviction de ne pas voter ( vive l’anarchie), qu’ils n’ont pas le temps ( ils sont entrain de chanter que la jeunesse emmerde le Front National). Les chansons n’ont jamais changé le monde. Au mieux, elles soulagent momentanément, rien de plus.

Je ris jaune en constatant que les premiers à dénoncer l’individualisme contemporain sont les mêmes qui détruisent par leur manque de civisme l’existence d’un contrat social. Puisque leur idéal à eux tout seul ne peut pas exister alors le monde ne doit pas fonctionner. Détruisons l’Europe plutôt que de l’améliorer. L’humain n’est pas parfait, mais le « système » doit l’être. Le « système » doit être très exactement comme on le rêve et tant que ça n’est pas le cas, on boude. Malheureusement sans retenir sa respiration. Mais tout de même on se justifie : en vrai on est gentil. On porte attention à son voisin. On lui donne des cours, on lui fait l’aumône : on fait « des trucs ». Des trucs ponctuels. Mais on laisse arriver au pouvoir ceux qui le briseront et nous avec.

Mais constater n’est pas régler le problème et le problème ne sera pas réglé sous peu. C’est désormais de résistance, dont il s’agit. Les résistants n’ont jamais été et ne seront pas les égoïstes, jeunes ou vieux, qui chantent que la jeunesse emmerde le Front National. Ceux-là passeront trop de temps à refaire le monde autour d’une bière et/ou d’un pétard en se gargarisant d’être des « anti-système ». Sans pour autant renier leurs droits sociaux pourtant très directement liés au « système ». Laissons-les à leurs braillements inutiles.

Il y a un évident déficit de connaissance des institutions. Nous pouvons dépoussiérer l’éducation populaire. Nous avons encore le droit d’association, alors profitons-en. Organisons l’instruction civique, et pas seulement celle des enfants. Nous ne pouvons pas compter sur les journalistes pour expliquer l’Europe, ça n’est pas grave : faisons-le nous-mêmes. Ça ne suffira pas. On ne construit rien ex nihilo : nous pouvons encore nous appuyer sur l’existant. Les partis politiques actuels ne vous plaisent pas ? C’est amplement compréhensible, aucun n’est passé au XXIe siècle. Investissons la politique. Se plaindre ne suffit pas. Il faut inventer et agir.

Beaucoup se sont levés ce matin désespérés. Ça ne sert à rien. Il reste, pour ceux d’entre-nous qui croient à la nécessité d’un contrat social, d’institutions fortes, de lois à se remuer sérieusement. Enseignez la notion de civisme. Engagez-vous pour la politique à venir. Écrivez les programmes politiques et économiques de demain. Faites les circuler. Réunissez ce qu’il reste de citoyens autour. Le CNR avait un projet de société, pas des illusions individuelles. Il ne chantait pas qu’il emmerdait l’extrême-droite : il agissait concrètement en politique.

Vous pouvez aussi baisser les bras. Rien ne vous interdit de sombrer vous aussi dans le nombrilisme idéologique déguisé en militant « anti-système ». C’est ce que l’extrême-droite attend de vous.

Il est plus que temps de choisir son camp.

 

 

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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