Le Bel Espoir de Michel Jaouen

Pere Jaouen

Vous ai-je déjà parlé du Père Jaouen ? Si non, j’ai eu tort, et si oui, il mérite bien qu’on parle de lui plusieurs fois.

Michel Jaouen, on s’en doute avec pareil patronyme, est né breton, à Ouessant, en 1920. Il a grandit à Kerlouan, dans le Finistère et à 19 ans, il entre au séminaire, chez les Jésuites. Il est ordonné prêtre en 1951, les Jésuites pensaient l’envoyer en Chine, mais Mao en décide autrement et il atterrit à Fresnes comme aumônier auprès des jeunes de la prison. Il s’insurge au contact des mineurs embastillés pour des broutilles. C’est peut-être parce qu’il a grandit dans un paysage où le regard porte loin qu’il crée alors l’Aumônerie de la Jeunesse Délinquante dont l’objet social est d’ « élargir l’horizon des jeunes sortant de prison , en les invitant à revenir dans le monde. » Vaste programme. Mais il se donne les moyens de ses ambitions. Il fait construire un immeuble à Paris pour accueillir ceux qui sortent de prison, puis achète un vieux voilier, le Bel Espoir, pour les emmener en vacances. Et ça marche.

En 1968, le gouvernement, débordé, lui demande d’embarquer les toxicomanes dont on ne sait que faire, dont personne ne veut. Et voilà notre Jésuite qui emmène ces jeunes gens sur les mers, uniquement sur la base du volontariat. Et à la dure : pas de traitements de substitution, pas de médecin et pas d’excuses. Mais pas de jugement de sa part. On ne sait pas combien de gens ont définitivement décroché à la came ou raccroché à la vie sur le Bel Espoir, mais c’est un fait, la mer élargit l’horizon. Une quinzaine de milliers de jeunes en rupture sociale sont passés chez lui.

Le Bel Espoir ne suffit plus. Il installe une base à Pen-Enez, Landéda, Finistère, sur la dune face à l’entrée de l’Aber-Wrach, avec des baraques récupérées de la reconstruction de Brest. Puis viendront deux autres navires. Et le Père en est convaincu : les gens, il faut les mélanger. Alors le foyers d’accueil parisien et la base bretonne s’ouvrent à tous les publics, aux paumés de toutes les sortes, jeunes ou vieux, aux délinquants en réinsertion, aux alcooliques et aux drogués en désintoxication, mais aussi aux retraités, aux amoureux de la voile, aux patrons, à vous, si vous voulez. « Le mélange, le mélange, j’te dirais qu’il n’y a que ça qui marche. » dit-il. Le mélange et l’ouverture de l’horizon. St Domingue, New York, St Pierre et Miquelon, les Açores… Il navigue et fait naviguer partout.

Le bonhomme est réputé bourru et incapable de langue de bois. On lui parle de foi ? « Faire don de soi aux autres, c’est la seule expression de foi qui compte. Tout le reste, c’est du baratin ! » De prison ? «  La prison ça sert à rien, sauf à coûter cher au contribuable. C’est l’école du crime. » De drogues ? Il se déclare sans ambages pour la légalisation de toutes les drogues « qui font peu de dégâts dans la consommation, mais d’énormes dans le trafic. La pire, c’est l’alcool qui est autorisée et même subventionnée ! » Ce qu’il dira à son Dieu quand il mourra ? « Je n’en sais rien. Je ne sais pas ce qu’il y a de l’autre côté. Le Pape non plus n’en sait rien ! »

Et si vous lui demandez une recette à la vie, il vous répondra « Démerdez-vous pour être heureux ».

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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