L’Exposition coloniale – Erik Orsenna

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D’Erik Orsenna, je ne connaissais que sa série de petits livres à l’usage des enfants et des amoureux de la langue : la Grammaire est une Chanson douce et ses suites. Je n’ai de cesse de conseiller ces succulents ouvrages aux enfants, aux parents, aux enseignants … Il me semblait qu’il était temps de lire un de ses ouvrages plus adultes et plus conséquents.

Son roman L’Exposition coloniale me semblait alléchant, prometteur de contrées lointaines, de populations bigarrées et sans doute d’un regard critique sur la colonisation en général et la colonisation française en particulier. La nature même des expositions coloniales était si abjecte qu’en faire le titre d’un roman garantissait un minimum de satire.

Hélas ! J’étais bien loin du compte, et si j’aime être surprise par un livre, c’est ici la stupéfaction qui en a tenu lieu.

 

Du côté de la forme et du style : rien à redire, et c’est parce qu’Orsenna a un style efficace que j’ai pu venir à bout des cinq cents pages de ce livre. Car du côté du fond … L’Exposition Coloniale transpire la nostalgie des colonies par toutes ses pages. Le personnage principal ayant été élevé dans l’idée du grand et noble Empire, on pourrait tout à fait imaginer qu’on ne donne ici que l’avis de ce même personnage. Mais alors pourquoi montrer l’exposition coloniale comme l’utopie grandiose d’un doux rêveur ? Pourquoi les populations autochtones d’Indochine sont à ce point absentes du récit d’Orsenna, hormis comme une masse informe et presque nauséabonde ? Pourquoi à ce point monter en épingle la tristesse des colons obligés de fuir sans jamais, nulle part, dire autre chose que le déclin de la France par la perte de ses colonies, sans aucune considération pour les pays concernés ? L’unique objection apportée à l’existence des colonies et de l’exposition coloniale de 1931, c’est la reproduction d’un tract du Parti Communiste de l’époque. Ce tract fait tant de peine au pauvre organisateur doux et naïf de l’exposition ! Et un peu plus loin, le communisme devient le refuge de ce personnage, toujours si doux et si rêveur : un personnage fou auquel les gens sérieux ne sauraient apporter de crédit ; un personnage prêt à accuser son propre et unique fils de ses propres trafics pour mourir l’âme en paix.

 

Autre détail des promesses non tenues par l’auteur, il s’engage en début de roman et avec une jolie prose à ne pas entrer dans les détails de la vie sexuelle de son héros. Rien ne saurait être nouveau dans ce genre de description, nous dit-il, et l’imagination vaut mieux que tous les récits du monde. Dans ce cas, pourquoi nous décrire par le menu, en fin de roman, une scène orgiaque qui n’apporte pas grand-chose au roman, si ce n’est qu’il nous montre une certaine exhibition fantasmagorique de l’auteur ?

 

Il me reste une dernière question : le jury du prix Goncourt apprécierait-il les romans tout à la gloire du colonialisme ? Si le prix avait été remis dans les années 50, j’aurais – peut-être – pu comprendre. Mais en 1988 ? C’est la première fois que je lis un prix Goncourt, étant plus habituée à l’internationalisme du prix Nobel. Ce label, par ce roman, a pris valeur de repoussoir à mes yeux.

 

Montrer le colonialisme sous un angle romantique est une insulte à tous les peuples qui l’ont subi. Si vous souhaitez lire un excellent roman sur le sujet, je vous conseille bien plus volontiers l’excellent et terriblement réaliste Le Pauvre Christ de Bomba de l’écrivain camerounais Mongo Béti. Mais ne mettez surtout pas l’Exposition coloniale entre les mains de gens mal informés sur les réalités du colonialisme : cela participerait à certains discours nauséabonds ayant cours de nos jours.

 

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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