Le Quai de Wigan – George Orwell

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Dès les premières pages de cet essai, on comprend comment Orwell en est arrivé à écrire La Ferme des animaux puis 1984 une dizaine d’années plus tard.

Dans la première partie, il nous raconte la vie quotidienne des mineurs du nord de l’Angleterre. A ses côtés, on visite une mine et jamais aucun autre auteur n’en a mieux décrit les souffrances physiques et les dangers qu’on y trouve. On visite également beaucoup de maisons, une chambre « chez l’habitant » où s’entassent vendeurs de journaux, chômeurs et journaliers. On dissèque le budget des travailleurs pauvres et aussi celui des chômeurs. Car en ce milieu des années trente, le chômage prolifère et les aides sociales ne suffisent pas. On voit fleurir la misère, sous forme de roulottes, de carcasses de bus transformées en abris de fortune ou de logements dont l’insalubrité n’a rien de commun avec ce qu’on nomme de la même façon de nos jours : Orwell effectue un travail journalistique d’une épouvantable précision.

Dans une deuxième partie, il nous emmène en Birmanie, où il fut un membre de la police coloniale durant sa jeunesse, et dont il est revenu avec une haine farouche du colonialisme et de la peine de mort, de l’injustice et de l’arbitraire.

La troisième partie trace les grandes lignes de ce que Bourdieu décrira bien des années plus tard sous le terme d’habitus. Orwell nous parle des classes sociales, et expose tout le danger qu’il y a de les définir uniquement par le revenu ou par le fait d’effectuer un travail manuel ou pas.

Enfin, il exhorte ses contemporains à ne pas laisser l’idée de socialisme aux pires illuminés, sectateurs et constructeurs du mythe de la Russie angélique. Il y voit, sous conditions, un remède nécessaire au fascisme grandissant en Europe.

 

Le Quai de Wigan n’a rien d’un roman. C’est un essai sociologique et pragmatique sur cette fin des années trente, et un document historique indispensable. A sa lecture, il est impossible de ne pas entendre l’écho de la situation économique que nous connaissons actuellement. Le chômage grandissant, on y entendait déjà nombre de personnes prétendre que les chômeurs sont des assistés, des fainéants, en dépit d’une réalité économique calamiteuse. On y découvre une gauche divisée, incapable de faire face à la montée des fascismes, fascismes qui eux savent attirer les classes moyennes et tous ceux qui craignent la perte des traditions et des valeurs face à la mécanisation du monde et du travail. Orwell savait déjà que la guerre était inéluctable et invitait, par cet essai, ses contemporains, malgré tout ce qui pouvait à juste titre les en éloigner, à gonfler les rangs des socialistes, à ne pas laisser l’idée de socialisme à ses défenseurs les plus dogmatiques, et à repousser ainsi l’inexorable avancée du fascisme.

En lisant le Quai de Wigan, c’est notre époque que nous comprenons. C’est une lecture instructive et indispensable, tant pour comprendre notre temps que l’œuvre et le parcours de George Orwell.

 

 

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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