Des interdits alimentaires à la mode.

Au début, on m’a dit qu’il ne fallait plus manger de viande. C’était mauvais pour moi, pour les animaux et pour la planète. Le poisson a suivi de peu, parce que dans les mers, il n’y en a plus beaucoup et que l’élevage, c’est mal. Les oeufs sont entrés à leur tour dans le champ de l’exploitation animale à laquelle il ne fallait pas participer.
Ensuite, on m’a dit, pour les mêmes raisons, qu’il ne fallait plus manger de lait, ni de produits laitiers. Fini les yaourts, le beurre, le fromage et la crème.
Après ça, on m’a dit qu’il ne fallait plus manger de gluten, parce que le gluten, c’est pas bon pour la santé, ça donne des maladies. Fini les pâtes, le pain, les tartes et gâteaux.
Ensuite il aurait encore fallu supprimer l’huile de palme, le café, le cacao, le thé : tout ce qui était excitant, polluant, qui poussait trop loin de chez moi ou qui était cultivé par des gens dont on ne savait pas bien combien ils étaient payés.
On m’a encore dit que le sucre était une drogue, un toxique, un poison violent : il ne fallait plus y toucher. Exit aussi les sodas, l’alcool, le tabac. On est allé jusqu’à me démontrer que l’ail est un poison spécifique pour toutes formes de vie et pour les cellules du cerveau, que l’oignon provoquait de l’anémie et que les deux étaient dangereux pour ma fréquence vibratoire (sic). Le poireau étant de la même famille, il devenait proscrit à son tour.
On m’a dit qu’on pouvait très bien vivre en mangeant du riz complet, du soja et des carottes. On m’a même dit  qu’on pouvait se nourrir en respirant.
Parce que fatalement, quand on s’engage sur la piste de la suppression progressive des aliments, on finit par ne plus rien manger.
C’est un phénomène contemporain qui prend tant d’ampleur qu’il a fallu lui inventer un nom tout exprès : l’orthorexie. C’est l’obsession à l’ingestion de nourritures « saines ».
Ce trouble alimentaire est le reflet de la peur du monde de demain du fait des pollutions, de la très judéo-chrétienne culpabilité – toujours proche de l’auto-flagellation – qu’on entretient désormais avec les animaux, et de cette bonne conscience qu’on tente de s’acheter à peu de frais, sauf pour notre santé, pour palier au manque de prise qu’on a sur une planète aux échanges désormais mondialisés.

J’élève des poules, mange leurs œufs et elles finiront leur vie en poules au pot. Dans mon potager, je fais pousser un peu de tout, pour les animaux comme pour moi, dont de l’oignon, de l’ail et bientôt du blé. Au printemps arrivera une vache qui vêlera quand elle en aura l’âge. Je pourrais ainsi faire du beurre, de la crème et des fars bretons au lait crémeux. Quand le veau sera assez grand, je l’emmènerai moi-même à l’abattoir.  Je fume, je bois de l’alcool, j’adore le café ( surtout celui qui est brûlé pas très loin de chez moi ), l’hiver, je déguste volontiers un chocolat chaud au coin du feu et il m’arrive même de manger du poisson, surtout depuis que j’habite près de la mer.

Je suis une barbare inconsciente et je vais bien, merci.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

3 responses to “Des interdits alimentaires à la mode.

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