Au sujet des banques du Monde Normal

Jusqu’à ce matin, je croyais vivre au vingt-et-unième siècle, une époque faite de rapidité, d’immédiateté même : une époque où il me suffisait de me connecter à internet, de remplir un formulaire, de transmettre mon numéro de carte bleue et le cryptogramme qui va avec, et en quelques secondes, je pensais pouvoir changer d’opérateur téléphonique.

Mais c’était sans compter sur l’incommensurable casse-couillerie de nos banques françaises, en tout cas de la mienne, la Société Générale, pour la nommer, mais on me signale que la plupart des autres banques nationales sont aussi promptes à engendrer l’inefficacité la plus complète.

La première partie de l’opération était d’une simplicité enfantine : je donnais mes coordonnées à l’opérateur souhaité qui ensuite se débrouillait tout seul pour la résiliation de mon abonnement chez le précédent, la portabilité du numéro, l’envoi (gratuit) de ma nouvelle carte SIM … Rien à redire à l’interface en ligne de Free qui me simplifie le travail jusqu’à avoir pré-enregistré le nom du lieu-dit où j’habite , alors même qu’il ne figure pas sur toutes les cartes.

Et alors que je validais mon paiement, voilà qu’un pop-up aux couleurs de ma banque apparaît. En des termes techniques suffisamment compliqués pour que je me demande comment se débrouillent les gens – nombreux – qui maîtrisent mal la langue, on me demande d’enregistrer ma carte bleue et mon numéro de téléphone. Pour ma sécurité, paraît-il.

Je dois donc appeler une plate-forme téléphonique. Vous vous en doutez, cet appel n’est pas gratuit. Une dame désagréable décroche, je lui explique ma situation, et voilà qu’elle me demande mon numéro de carte bleue. Par téléphone ? Allons bon ! Quelle drôle de conception de la sécurité, quand la règle de base en matière de sécurité bancaire consiste à ne pas donner son numéro de carte de paiement par téléphone à n’importe quel inconnu ! Qu’est-ce qui pourrait me protéger d’une éventuelle malveillance de la personne en ligne ? Est-ce que je lui demande son numéro de carte, moi ? Une banque est tenue de rembourser les pertes d’une utilisation frauduleuse de ma carte sauf si elle peut démontrer une imprudence évidente, et distribuer comme ça mon numéro par téléphone ne me semble absolument pas prudent. La dame désagréable se vexe et, lapidaire, me renvoie sur le site de ma banque.

Il me faut cinq bonnes minutes pour trouver le lien vers la page qui me permettra d’enregistrer non mon numéro de carte – après tout ma banque le connaît forcément – mais mon numéro de téléphone : numéro de téléphone dont ma banque dispose déjà depuis près de quinze ans. Il me faut encore au moins autant de temps pour déchiffrer le formulaire censé m’expliquer la marche à suivre. Puis il me faut envoyer une liste de chiffres longue comme le bras à un numéro SMS surtaxé.

Je crois en avoir fini. Quelle naïveté ! J’apprends alors par un retour de SMS que « ma demande d’enregistrement est prise en compte » et que je recevrai « un courrier contenant les modalités d’activation ». Il me faudra donc encore attendre plusieurs jours. Ensuite, il me faudra retourner sur le site de la banque pour taper un quelconque code. Je devrai alors réitérer ma commande chez l’opérateur téléphonique, patienter jusqu’à ce que je reçoive par SMS un code unique spécifique à chaque commande en ligne, avant de pouvoir enfin valider mon paiement. Et tout ça pour un paiement de … deux euros !

Je risque cependant de rencontrer d’autres difficultés : en effet, pour valider mes achats en ligne, il me faudra donc à chaque fois attendre ce code unique envoyé par SMS. Seulement voilà : j’habite en pleine campagne. Le réseau téléphonique ne passe que dans certaines conditions météorologiques très précises, et uniquement à certains endroits de la maison (de préférence au grenier, grimpée sur une chaise sur une jambe et une main tendue vers le ciel). Or chaque code unique de validation de paiement en ligne, comme son nom l’indique, n’est valable qu’une fois et pour une durée limitée.

Et encore ai-je la chance d’avoir un opérateur français, car cette validation n’est possible qu’auprès d’eux. Si j’étais par exemple une étudiante française résidant à Bruxelles, disposant d’un compte en banque français mais d’un opérateur téléphonique belge, cette opération me serait impossible, et je ne pourrais pas commander en ligne avec ma carte bleue, fût-elle « visa ».

Les banques nous compliquent ainsi la vie soi-disant pour notre sécurité. C’est tout à fait faux. Comme je le soulevais plus haut : les banques sont tenues de rembourser le coût d’éventuelles utilisations frauduleuses de nos cartes. En mettant en place ces embrouillaminis, elles se protègent elles-mêmes, cela n’a strictement rien à voir avec notre sécurité à nous. J’irais jusqu’à supputer qu’elles transforment nos achats en ligne en parcours du combattant du formulaire dans l’unique but de nous décourager de réaliser de tels achats qui leur font prendre des risques à elles.

J’ignore si de telles démarches abracadabrantesques existent dans d’autres pays, mais alors qu’on ne cesse de nous ressasser la crise à toutes les sauces, je ne peux m’empêcher de me demander quelle espèce de cerveau tordu a pu imaginer un système si baroque et prompt à nous dégoûter de dépenser notre argent. Il s’agit indubitablement de quelqu’un de parfaitement Normal.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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