La Montagne Magique – Thomas Mann

mann

Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais mis autant de temps à lire un roman. Entendons-nous bien : ça n’est pas que cette œuvre soit d’un style particulièrement ardue, ni que ce soit ennuyeux. Mais le rythme en est volontairement lent. A tout prendre, si ce livre qui valut un Prix Nobel à Thomas Mann paraissait aujourd’hui, beaucoup s’empresseraient de le qualifier de « chiant ». Voire, il ne serait jamais édité.

En effet, sur la Montagne Magique, il ne se passe rien. Pas de crime, pas de sexe, pas de poursuite, pas d’explosion. Les personnages principaux sont des personnes tout ce qu’il y a de plus normales – à l’exception du fait qu’elles sont toutes malades puisque la non-action se déroule dans un sanatorium – , il n’y a ni guerrier ni vampire.

Nous voyons simplement le quotidien d’un jeune allemand, contraint par une tendance à l’hypocondrie de se plier au rythme de l’établissement de soin. Il découvre une vie où le temps est suspendu autant que les nécessités matérielles du quotidien. Ainsi livré à la seule chose qu’il lui reste à faire, il s’y adonne : il pense. La Montagne Magique est le récit détaillé de ses pensées et de ses échanges de pensées avec différents personnages : d’un républicain italien franc-maçon à un inquiétant frère jésuite, entre autres.

Je ne saurais rien gâcher du plaisir de la lecture en vous révélant que ces pensées s’étalent sur sept ans et sont interrompues par l’entrée en guerre de l’Allemagne en 1914. Car vous l’aurez compris, l’intérêt de ce chef d’œuvre ne se situe pas dans l’histoire qu’il raconte mais dans la manière dont il le raconte. Peu de livres sont aussi bien écrit que celui-ci. L’histoire que Thomas Mann a construite n’est qu’un prétexte à aborder sans survoler de nombreux sujets complexes et essentiels : religion, science, justice, liberté, progrès … Et aussi une façon de montrer comment l’insouciance et le non-faire peuvent être constructifs et comment cette insouciance est brisée par la guerre.

Ces notions sont abordées essentiellement par le biais de dialogues avec une telle intelligence qu’on ne peut se contenter de lire d’un œil distrait.

La Montagne Magique est un livre admirable et essentiel, mais si vous étiez tentés par sa lecture, au moins serez-vous prévenus que de vous lancer vers des hauteurs ne se fera pas si aisément et que vous en redescendrez sans doute transformés.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

2 responses to “La Montagne Magique – Thomas Mann

  • simonnegeorgette

    Un de mes livres préférés, si pas le. Pas chiant, non, pas pour moi : j’en ai dévoré les deux volumes sans respirer. Érudit, profond, sensible et étonnant. Un des livres, aussi, autour duquel les avis de mes amis lecteurs divergent, non, s’opposent toujours totalement. C’est peut-être un gage de quelque chose… Je n’ai jamais vu le film qu’on en a tiré.

    • Tagrawla Ineqqiqi

      J’ignorais qu’on en avait fait un film. A vrai dire, j’évite les films tirés des livres que j’ai aimé : ça me fait souvent proférer un vocabulaire innacceptable ^^
      Mais effectivement, cette oeuvre rejoint l’étagère des incontournables dans ma bibliothèque !

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