La Grange aux Goupils : fin de partie.

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Le pari de base avait quelque chose de presque idiot : ouvrir une petite salle de spectacles en milieu rural – c’est à dire à quelques kilomètres du village le plus proche, lui-même situé à vingt kilomètres de la première ville – dans une grange, entre une grande étable et un petit poulailler, y proposer de la poésie, du conte et de la littérature classique mise en scène, et croire que les gens viendraient.

L’autre partie du pari, c’était de croire que les gens qui viendraient seraient ceux qui ne vont pas ou peu dans les salles de spectacles. D’abord parce qu’elles sont trop loin, mais aussi et entre autres parce qu’elles sont trop impressionnantes, trop guindées, trop conventionnelles ou trop chères. Cela revenait à penser que la littérature classique est faite pour tout le monde, et que la culture d’obédience parisianiste laisse sur le côté des tas de gens qui ne manquent pas de curiosité, mais qui ne se sentent pas à leur place dans tous ces lieux subventionnés.

Et bien le pari est gagné. Oh, certes, les gens ne se sont pas déplacés en horde. Nous n’avons pas été submergés par l’affluence. Mais qu’ils fussent agriculteurs, éleveurs, fromagers, crêpiers, retraités, anglais, hommes, femmes, jeunes, vieux ou catholiques, ils sont venus. Et mieux encore, ils sont revenus. On leur a pourtant donné du Mark Twain, du Jonathan Swift, du Léon Bloy, du Choderlos de Laclos, du Victor Hugo et même un texte en vieux français : à la première visite, ils étaient prévenus, ils entendaient bien qu’on n’avait pas l’intention de les prendre pour des idiots insensibles au charme de la langue la plus classique ! Et ils sont revenus. Certains sont mêmes venus à tous les spectacles. Et quand on a voulu leur offrir une invitation pour le dernier, comme un abonnement non formalisé, et bien on s’est purement et simplement fait engueuler. Faire des spectacles est un travail, tout travail mérite salaire : hors de question de ne pas payer sa place.

Le pari de base avait quelque chose de presque idiot. Il s’agissait de parier que la culture avait le droit et le devoir d’être populaire sans être vulgaire. Il s’agissait de montrer qu’on peut rire même avec les auteurs qui nous ont endormis à l’école.

Et puisque ça a marché, on recommencera l’année prochaine, au même endroit, avec une autre organisation, d’autres spectacles et d’autres artistes, avec toujours cette volonté de mettre des morceaux de littérature dans les oreilles des gens.

Je peux déjà vous dire qu’il y aura, dans la programmation 2014 de la Grange aux Goupils, des mots venus d’Algérie : une histoire de femme, de vie et de liberté. Il paraît qu’un pirate posera aussi ses bottes sur scène. Le meilleur moyen de savoir ce qui se trame chez nous sera de se rendre sur le site suivant : http://lagrangeauxgoupils.wordpress.com/

D’ici là, on tire le rideau et on vous fait une révérence.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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