Les artistes oubliés : Blanche Calloway

blanchecalloway

Si je vous dis «Cab Calloway », vous allez irrémédiablement fredonner, au moins dans votre tête Minnie the Moocher. Et si Cab Calloway ne vous dit rien et que je vous fredonne Minnie the Moocher, vous ne manquerez pas de vous écrier « Ah mais oui ! ». Par contre, si je vous dis « Blanche Calloway », je suis presque sûre que vous n’en avez jamais entendu parler, et voilà une injustice que je vais tenter de réparer ici même.

Blanche était la sœur aînée de Cab. Et ce n’est pas peu dire que son petit frère lui doit tout ou presque. Ce dernier, au début de sa carrière, n’était connu dans le monde de la musique que sous le nom « le petit frère de Blanche ».

Blanche fait ses premiers enregistrements au début des années 20 avec quelques musiciens prestigieux, dont Louis Armstrong. Elle chante dans quelques uns des plus célèbres clubs de jazz des États-Unis et effectue de nombreuses tournées. Ses performances scéniques et vocales impressionnent tant le Andy Kirk band que le dit M. Kirk l’engage à la fois comme chanteuse et comme danseuse. Mais Blanche a tant de talent qu’elle devient de fait la meneuse de l’orchestre. Évidemment, cela ne plaît pas à tout le monde, et devant la place qu’elle prend, le groupe choisi de signer un contrat ailleurs et sans elle. Il en faut plus à Blanche pour baisser les bras : elle monte son propre orchestre dont elle prend la direction. Et c’est ainsi qu’elle devient la première femme – toutes couleurs confondues – à diriger un orchestre exclusivement composé d’hommes, elle mise à part.

Blanche n’est pas seulement une chanteuse hors pairs : c’est aussi une performeuse sans limite, parfaitement extravertie, une danseuse incroyable et une forte personnalité. Elle joue sur les mêmes scènes que les grands noms du jazz de l’époque, tous masculins. Elle fait face au sexisme de l’époque tête haute. Nombreux sont ceux qui cherchent à critiquer le groupe qu’elle dirige, et face aux sarcasmes elle fait preuve de plus de professionnalisme encore.

A la fin des années 30, sa maison de disque signe un contrat avec Cab et décrète qu’elle ne peut pas avoir deux Calloway dans son catalogue. L’orchestre de Blanche est dissout, et les difficultés financières la rattrape. Elle entame une tournée en solo, mais ne renoue pas avec la gloire. En 1944, la ségrégation raciale bat son plein, et Blanche se fatigue d’avoir à lutter pour jouer dans des villes où hôtels et restaurants sont interdits aux noirs. Elle arrête la musique et s’engage dans différents mouvements pour les droits civiques. Elle en devient une porte parole aussi charismatique et efficace qu’elle fut une meneuse d’orchestre talentueuse.

Le temps passe, pas son engagement. La légende raconte qu’elle fut la première femme noire à voter en 1958. Dans les années 60, elle est la seule femme noire DJ d’une radio américaine. À la même époque, elle organise et participe à des créations théâtrales. Elle crée également la première grosse entreprise uniquement gérée par des noirs. Un cancer mettra douze ans à avoir raison d’elle. Elle meurt finalement en 1978, à l’âge de 75 ans.

Bien sûr, son frère Cab avait aussi du talent. Mais pensez-vous que sa notoriété aurait pu éclipser celle de sa sœur, si cette sœur n’avait pas été une femme ?

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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