France, pays de l’éloge de la médiocrité.

C’est bien connu, l’école française est nulle : elle ne fait que favoriser les plus aisés. Combien de fois peut-on entendre ce genre de propos ? Et dans notre pays quels sont les exemples de réussite qu’on met généralement en avant ? Des participants de télé-réalité, quelques footballeurs illettrés et éventuellement quelques héritiers de grandes fortunes. Pas vraiment de quoi donner envie aux plus jeunes de se remuer neurones et arrière-train. Juste de quoi alimenter l’idée que la France, c’est nul, et qu’il n’y a dans ce pays d’avenir que pour les bien-nés. Et quels modèles féminins propose-t-on aux jeunes femmes ? Quelques hystériques à demi-nues, quelques épouses de parvenus et quelques icônes rétrogrades. Pas vraiment de quoi inciter les jeunes filles à se diriger vers les responsabilités professionnelles ou politiques. 

Voilà pourquoi je n’aime pas beaucoup la télévision en général : elle véhicule trop de valeurs qui n’en sont pas. Mais me voilà hier soir devant une émission de Ardisson, qu’au demeurant j’apprécie peu, sauf peut-être pour sa capacité à mettre en avant des parcours personnels atypiques. Et c’est ainsi que je découvre deux récits de vie qui devraient être mis en avant dans les médias et dans les écoles. Deux personnes qui seraient sans doute portées aux nues dans d’autres contrées. Mais ici, on n’aime guère les gens qui s’élèvent.

Je vois cette femme incroyable, d’abord : Madame Mémona Hintermann. Fille d’un indien musulman et d’une créole catholique d’ascendance bretonne, Madame Hintermann a grandi dans une fratrie de onze enfants, dans la plus grande pauvreté et avec la langue créole de la Réunion pour langue maternelle. Un départ difficile dans la vie qui ne promet pas grand-chose dans notre vision française. Seulement cette dame n’est pas de nature à faire du sur-place et elle se bat pour elle-même. De son propre aveu, c’est la tant honnie école de la République qui lui permet d’abord de s’élever. Puis vient sa volonté d’aller toujours plus loin. A force de travail, elle obtient une maîtrise de droit, intègre la télévision publique, vient à Paris et devient grand reporter. Elle va se frotter aux conflits du monde, du Liban à l’Afghanistan en passant par la Yougoslavie. Elle obtient la Légion d’Honneur, est faite officier de l’Ordre National du Mérite. Elle publie plusieurs livres et se fait nommer conseillère au CSA car c’est dans ce type de lieu de pouvoir qu’on peut peser réellement.
Lucide et vindicative, elle dit et répète que dans la vie, si on veut avancer, il faut se battre. Et elle est la preuve que parfois, ça fonctionne. Madame Hintermann fait plus pour l’avancée du droit des femmes que toutes les expositions de seins auxquelles on assiste ces temps-ci.

Vient ensuite Monsieur Bertin Nahum. Lui aussi était mal parti à la naissance. Né au Bénin, sa famille s’installe en France quand il a un an. Ses parents décèdent chacun à leur tour et Monsieur Nahum est pris en charge par un orphelinat. Il a un parcours scolaire moyen, mais il a de l’ambition, de l’imagination et une vocation. Il se spécialise dans la robotique chirurgicale qu’il va bientôt révolutionner à lui tout seul. Il invente un premier robot, mais pour le fabriquer, il lui faut des fonds. Seulement voilà : en matière d’investissement, les Français préfèrent le bas de laine ou l’investissement dans des entreprises déjà bien installées. Chez nous, on ne prend surtout pas de risque. On ne sait jamais, le risque pourrait aboutir à une réussite et qu’adviendrait-il si on sortait de notre médiocrité ? Il ne trouve pas les fonds pour construire son robot. Mais les Américains ayant la culture du risque économique qui a fait d’eux la première puissance économique du monde n’hésitent pas : ils lui rachètent le brevet. Monsieur Nahum peut donc faire vivre son entreprise et fabriquer son deuxième robot d’aide aux neurochirurgiens. Non sans avoir reçu entre-temps la visite de la DST : le gouvernement n’aime pas que les réussites s’exportent, même si le même gouvernement n’a rien fait pour le soutenir dans la dite réussite. Outre-Atlantique, le magazine scientifique Discovery Series le classe quatrième dans la liste des inventeurs les plus innovants, en septembre 2012, juste derrière les Américains Steve Jobs, Mark Zuckerberg et James Cameron. Rien de moins. En France, il a droit à trois petits articles enfouis dans les pages économiques d’un quotidien et de deux hebdomadaires et à quelques minutes dans le talk-show d’hier soir.

Voilà comment nous traitons ceux qui réussissent : on les ignore ou peu s’en faut.

Ces deux personnes nous montrent que la reproduction sociale n’est pas une fatalité : ceux qui choisissent d’exploser les plafonds de verre peuvent voler très haut. Tous deux sont des modèles d’une intégration réussie et d’une élévation sociale accomplie. Mais les médias continuent de nous proposer des modèles qui n’en sont pas. Ils continuent de mettre l’accent sur les intégrations qui ont échoué. Ils continuent de nous maintenir dans l’idée que le Français est médiocre par nature.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

3 responses to “France, pays de l’éloge de la médiocrité.

  • Teddy Smith

    Je confirme votre constat .
    En France , on a peur de tout changement .
    On préfère dormir sur nos laurier et s’enorgueillir de nos succès passés.

    Sauf que le monde et le temps avancent , et nous on s’enfonce.
    Il faudrait plus qu’une crie pour qu’un jour ce pays se réveille de son sommeil du souvenir.

    D’un côté faut le dire aussi , il y a plus de cons sur cette terre que de gens réfléchi. C’est un mal pour un bien car ça fait tourner les affaires.
    Mais bon on pourrait faire meilleur si au moins ils arrivent à comprendre ces idées novateurs.

    Ce qu’on pourrait faire c’est de commence a demander des comptes à des gens à qui on confie nos investissements, à qui on paye leur service et leur protection et le système.

    Quand il n’y a pas de résultat, il faut qu’on leur remercie, et qu’on les remplace immédiatement. Et s’il est nécessaire qu’on reforme tout le système, Alors il faut le faire , car c’est notre investissement, notre bien qui perd de sa valeur de jour en jour.

  • Teddy Smith

     » RECTIFICATION , Y A EU QUELQUE ERREUR D’ORTHOGRAPHE PRECEDEMMENT 🙂  »

    Je confirme votre constat .
    En France , on a peur de tout changement .
    On préfère dormir sur nos lauriers et s’enorgueillir de nos succès passés.

    Sauf que le monde et le temps avancent , et nous on s’enfonce.
    Il faudrait plus qu’un crie pour qu’un jour, ce pays se réveille de son sommeil du souvenir.

    D’un côté faut le dire aussi , il y a plus de cons sur cette terre que de gens réfléchi. C’est un mal pour un bien car ça fait tourner les affaires.
    Mais bon on pourrait faire meilleur si au moins ils arrivent à comprendre ces idées novatrices.

    Ce qu’on pourrait faire c’est de commencer a demander des comptes à des gens à qui on confie nos investissements.

    A qui on paye leur service et leur protection et le système.

    Quand il n’y a pas de résultats, il faut qu’on leur remercie, et qu’on les remplace immédiatement. Et s’il est nécessaire qu’on reforme tout le système, Alors il faut le faire , car c’est notre investissement, notre bien qui perd de sa valeur de jour en jour.

    • Tagrawla Ineqqiqi

      Il y a eu récemment un excellent papier dans le journal « Les Echos » intitulé Le pays qui avait peur de tout. On doit pouvoir le retrouver en ligne, et sans adhérer à tout ce que dit ce journal, ça vaut vraiment la lecture !

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