Petite histoire de l’avènement des prisons

On pourrait croire que la prison est une institution vieille comme la répression, mais il n’en est rien. Pendant des siècles, on lui préférera le bannissement, les châtiments corporels, les travaux forcés et autres galères et, pour les crimes les plus graves commis par les gens les plus pauvres, on appliquera plus volontiers la peine de mort, avec divers raffinements selon les pays et les époques.

De l’Empire romain au XVIIIème siècle, la privation de liberté intervient essentiellement à titre préventif dans l’attente d’un jugement, hormis pour les prisonniers de guerre et les prisonniers politiques. Il arrivait qu’un condamné à mort voit sa peine transformée en prison à perpétuité quand le juge l’oubliait dans son cul de basse-fosse et ne faisait pas exécuter la sentence. Mais en général, l’enfermement était de courte durée.

En Angleterre, Jean sans Terre signe au début du XIIIème siècle une ordonnance qui interdit l’enfermement sans jugement.

A la même époque, en France, l’enfermement commence à se développer. C’est en effet en ce temps-là que sévissait le riant Bernard Gui, rendu célèbre par son rôle d’inquisiteur de l’hérésie cathare. En tant que grand ordonnateur juridique, la moitié des hérétiques qu’il jugera lui-même ne seront pas condamnés au bûcher comme le veut la légende, mais à des peines d’enfermement à perpétuité avec mise aux fers. C’est à dire enchaînés au mur. Dans ces conditions, les peines étaient rarement de longue durée, sauf pour les individus les plus résistants. D’ailleurs les condamnés n’avaient pas le droit de connaître la durée de la peine à laquelle ils ont été condamnés.

Malgré tout, les peines d’emprisonnement restent relativement anecdotiques pendant une longue période, comme nous l’avons déjà dit. Richelieu commence à la rendre un peu plus régulière. Il transforme la Bastille en prison d’État pour les bénéficiaires de la lettre de cachet. Il s’agit là essentiellement de prisonniers politiques, enfermés arbitrairement et sans jugement, en général au motif vague de trouble de l’ordre public ou au motif plus précis de délit de presse. Leur retentissement historique est inversement proportionnel au nombre de personnes qui en furent victimes: elles ne touchaient qu’une poignée de personne.

Lorsque quelqu’un était mené à la Bastille, personne ne devait savoir de qui il s’agissait. On couvrait donc la tête du prisonnier qu’on amenait, on actionnait une cloche qui était le signe pour les boutiques alentours qu’elles devaient fermer. De même, lorsqu’un détenu mourrait, il était enterré de nuit et sous un faux nom.

Ports et prisons allaient souvent de paire. Dès 1676, une prison voûtée est destinée principalement à l’enfermement de marins et d’ouvriers de l’arsenal de Brest. C’était aussi fort pratique pour mener les condamnés aux galères. Un médecin de Brest rapporte que, avant la Révolution, il incombait au curé de Brest de faire fouetter et enfermer dans cette prison les « filles connues pour avoir commerce avec les matelots et les soldats ».

En 1776, le philanthrope anglais John Howard, capturé par les corsaires, goûte à la prison Brestoise avant d’être échangé contre un prisonnier de guerre. Dès lors, il ne cessera jamais son combat contre l’indignité des prisons, de l’Angleterre à l’Ukraine, dénonçant la situation désastreuse des plus démunis.

Puis vint la Révolution et l’avènement de la liberté. La fameuse Déclaration des Droits de l’Homme la reconnaît comme un droit inaliénable. L’enfermement devient une peine à part entière. Les révolutionnaires rasent la Bastille, et l’on commence à construire des prisons en peu partout. 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

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