Petites histoires du traitement institutionnel de la misère – 1

 

Saint Vincent de Paul pourrait un peu ressembler à l’Abbé Pierre du XXVIIè siècle, avec beaucoup plus de pouvoir. Il a commencé par former un corps de religieuses infirmières dévouées (de gré ou de force, dans le contexte de l’époque) à la cause des plus pauvres. En outre, il a inventé l’hôpital des Enfants Trouvés. Un peu plus tard, il a organisé des collectes à Paris pour porter secours aux victimes des guerres de religions et aux populations ennemies que son camp venait de ravager. Pendant qu’il était confesseur des puissants de son temps, ila encore fondé un hospice pour les personnes âgées, qui deviendra l’hôpital de la Salpêtrière en 1654.
Son œuvre est admirable, surtout à une époque où l’intérêt pour les plus pauvres ne devait pas franchement être une priorité d’État. Le bonhomme est mort en 1660, laissant derrière lui de quoi être canonisé. Voyons comment par la suite ses deux principales inventions évoluèrent.

En 1684 on ajouta une annexe à la Salpêtrière pour y loger les femmes. Des aliénées, des criminelles, des prostituées. Et aussi des femmes simplement seules et pauvres.La Salpêtrière devint un lieu de concentration, de répression et de détention pour femmes livrées à l’arbitraire le plus total.Certaines étaient enchaînées en permanence. Il y eut ainsi jusqu’à dix-mille personnes enfermées dans l’ensemble du bâtiment qui n’avait alors aucune fonction médicale. Il s’agissait surtout d’y enfermer les plus pauvres : leur présence dans la rue était malvenue.

Peu après la Révolution, une rumeur racontait qu’un complot se tramait dans les prisons. Il se disait que les royalistes s’y organisaient pour massacrer les révolutionnaires. Psychose. Ces derniers se rendirent donc à la Salpêtrière et massacrèrent plus de mille trois cents personnes en une seule journée. Pendant le siècle suivant, visiter les folles de la Salpêtrières s’inscrivait dans le parcours touristiques des bourgeois en goguette dans la capitale : c’était là une attraction fort appréciée. Il fallut attendre que le professeur Charcot, en 1882 commence à penser la folie autrement pour que l’Hôpital de la Salpêtrière devienne … un hôpital.


Et l’hôpital des Enfants Trouvés dans tout ça ? Et bien au moment de sa création, il accueillait,
comme son nom l’indique, des enfants trouvés sous des porches d’églises, dans la rue ou ailleurs. Fort heureusement, ce type d’abandon va peu à peu disparaître. Au cours du dix-huitième siècle, on prendra plutôt l’habitude d’y amener directement les enfants que l’on souhaite abandonner. Il se créera même un réseau spécialisé de transporteurs d’enfants abandonnés, depuis la province et même de l’étranger, vers cet hôpital. Les neuf dixièmes d’entre eux mourraient en route, ce qui était d’un grand bénéfice pour les transporteurs qui pouvaient emmener d’autres enfants sur la route, toujours moyennant finance.

La plupart des survivants au transport mourraient à l’hôpital des Enfants Trouvés. Les autres étaient d’abord placés chez des nourrices à la campagne, pendant deux ans. Ensuite, ceux qui vivaient encore revenaient à l’hôpital où ils commenceront à apprendre un métier tout en étant frugalement nourris. Dès qu’ils étaient en âge de travailler – c’est à dire à douze ans- les familles aisées pouvaient en faire leurs domestiques à peu de frais et pour le salut de leur âme. Les artisans et les commerçants pouvaient aussi et dans les mêmes conditions en faire leurs apprentis. Beaucoup deviennent soldats ou partent peupler les colonies. L’adoption est presque inexistante.

Enfin, les derniers seront tout simplement vendus par l’hôpital qui était avant la révolution au centre d’un gigantesque trafic d’enfants. Cette pratique étant illégale, aucun registre ne permet de savoir à qui ils étaient vendus, ni dans quel but. Il n’est pas difficile d’imaginer que quelques filles ont été négociées par des bordels et quelques garçons vendus pour des travaux de force.

Ça n’est que bien plus tard que l’Hôpital des Enfants Trouvés donnera naissance à l’aide sociale à l’enfance. 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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