19H37

16H54

19H37 Il fait nuit depuis un moment. Heureusement que j’aime les bougies. Je les ai d’abord toutes allumées pour pouvoir lire sans me fatiguer la vue. Et puis une idée m’a traversée l’esprit. Et si la panne devait durer ? Je n’en ai laissé que trois par souci d’économie. Au cas où. J’ai cessé de lire. Cette situation m’inquiète. J’ai faim. Je fouille les placards et calcule que j’ai de quoi me nourrir pendant trois jours. Cinq en me rationnant. Ça n’arrivera pas, c’est impossible. Et puis, si ça devait durer, je pourrais toujours aller ailleurs. Nous serions nombreux à marcher vers ailleurs. Je me prépare un bol de riz avec une carotte coupée en petits morceaux, un filet d’huile d’olive et de la sauce de soja. C’est la première fois que je passe une soirée sans écouter de musique. Dehors, la circulation commence à reprendre. Heureusement que ça n’est pas l’hiver : je ne pourrais pas me chauffer. Des gens discutent sur le trottoir juste sous ma fenêtre. Le bar d’en face est fermé. Si seulement j’étais dans cette ville depuis assez longtemps pour avoir eu le temps de rencontrer des gens, j’aurais pu passer la soirée avec eux. Je ne connais que mes collègues de travail. Soupir. Je pourrais aller dans un bar, mais il n’y a pas d’éclairage public. C’est déjà la foire, dans le quartier, la nuit, quand il y a de la lumière, alors dans l’obscurité … Que puis-je faire d’autre que lire ?

« Que ce que j’écris puise être un jour utile à d’autres … »

22 h 03 Je pose mon livre. Quelle merveille que ce poème de neuf cents pages ! Je fais la vaisselle du soir, nettoie la table. J’emmène les épluchures au compost à la lueur de la lune. Il fait encore bien doux, sous le vent léger du soir. Je reste dehors. Je me roule une cigarette et souffle la fumée de la première bouffée vers la Voie Lactée, parfaitement visible. Qu’est-ce que c’est beau ! Autour de moi, c’est l’habituelle cacophonie nocturne. J’entends le chien d’Osmane aboyer au loin. Celui de la vieille Marie lui répond, et d’autres, aussi, plus loin. Les chauves souries donnent la chasse aux insectes au dessus de ma tête avec de petits claquements d’ailes. Un renard glapit. Il est dans la pâture, juste derrière ! Une chouette hulule. Je l’entends tous les jours mais je n’ai jamais réussi à la voir. C’est frustrant ! Je remonte le fil de la journée. Ces événements d’aujourd’hui m’ont fait prendre du retard dans mon travail d’écriture. Et ça sera la même chose demain ! D’ailleurs, demain, il ne faut pas que j’oublie de passer prendre Osmane. J’essaierais de convaincre la vieille Marie de venir aussi. En espérant qu’elle ne me jette pas son seau d’eau comme la dernière fois. C’est une grincheuse, mais ça serait bien qu’elle accepte au moins un peu d’aide, ça ne doit pas être facile tous les jours pour elle, avec son grand âge.
J’éteins ma cigarette, rentre et jette le mégot dans une bouteille d’eau pleine. Il y en a assez, je pourrais vaporiser ça sur les rosiers ces jours-ci. Je me prépare une tisane de camomille et l’emmène dans ma chambre. Je la bois en lisant le paragraphe qu’il me faudra retravailler. 

« Après cela je vis : c’était une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le trône et devant l’agneau, vêtus de robes blanches et des palmes à la main … » 

22H58

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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