Le jour où je devins dictateur

Tout a commencé un matin où je me suis réveillée ailleurs que dans mon lit et au dernier endroit où je m’attendais à me réveiller un jour : au Palais de l’Élysée. Personne n’expliquera sans doute jamais comment c’est arrivé, mais le fait est que j’étais là, dans un grand lit avec des draps en soie, au milieu d’une immense chambre toute décorée à la mode pompeuse de cet édificet-là. Bien sûr, je n’ai pas compris tout de suite que c’était l’Élysée puisque je n’y étais jamais allée avant, mais je me rendis vite à l’évidence.

J’inspectais toutes les pièces ou presque et ne trouvais personne. Évidemment, je fus prise de panique. D’abord parce que je ne comprenais pas du tout comment j’avais pu atterrir là, ensuite parce qu’il n’y avait personne dans cet immense espace et aussi parce que je me demandais où et comment le gouvernement avait disparu. Un pays sans gouvernement risquait gros, il était urgent que quelqu’un intervienne.

Ne sachant trop que faire, j’appelais la presse, mais mon histoire ne les intéressait pas beaucoup. Les journalistes que j’arrivais à joindre voulaient tous savoir qu’elles étaient les décisions prises par le gouvernement au sujet de telle loi ou tel décret en cours : des tas de choses qui ne me concernaient normalement qu’en tant que simple citoyenne. J’essayais d’appeler la Préfecture, et des tas de numéros que je trouvais dans un calepin près du téléphone du Président, mais tout le monde me disait la même chose : puisque j’étais à l’Élysée, c’était moi qui dirigeais et je n’avais qu’à me débrouiller toute seule avec mes affaires nationales et internationales, c’était mon problème et pas le leur. Je sortis dans la rue, tentais d’expliquer la situation aux passants, mais tous me dirent plus ou moins la même chose : quand on se réveille à l’Élysée, c’est qu’on est le Président. Ils se fichaient bien de savoir qui j’étais, ce qu’ils voulaient c’est que je retourne gérer le pays.

Vous imaginez bien mon embarras ! On ne se retrouve pas comme ça un beau matin à la tête d’un pays de soixante millions d’habitants à la légère ! Je n’avais jamais fait de politique, je n’avais étudié l’économie qu’au lycée, et encore : en option ! Et le seul diplôme qu’on me connaissait était un doctorat en bidouillologie acquis au fil de la vie ! Certes, j’étais du genre à avoir un avis sur tout, tout le temps, mais enfin : entre avoir un avis qu’on défend auprès des copains les soirs d’apéro et avoir un avis qui déciderait de la vie de tant de gens, ça n’était tout de même pas la même chose.

Mais, ma foi, puisqu’il en était ainsi, je n’avais pas vraiment le choix, et il me fallait m’atteler à mon nouveau boulot. Je commençais par appeler les plus raisonnables de mes amis et leur demandais de me rejoindre. Il fallait commencer, me semblait-il, par nommer des ministres. Ensuite, il nous faudrait tous ensemble écrire et appliquer notre programme politique. J’étais déjà fatiguée rien que de penser à l’ampleur de la tâche.

Les amis n’arrivèrent pour la plupart que plus tard dans la journée : presque aucun d’eux n’habitaient Paris. Dès que tout le monde fut présent, nous nous attelèrent à la tâche. Et c’est ainsi que nous transformâmes radicalement le fonctionnement du pays.

A suivre …

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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