16H42

15H58

16H42 C’est hallucinant. Je n’ai jamais vu un tel bazar. Toutes les avenues sont bouchées. Les voitures ne peuvent avancer au pas que sur les axes transversaux, mais il est clair que ça ne durera pas. Les gens, sur les trottoirs, sont surexcités. Beaucoup pestent contre cette panne parce qu’ils vont perdre le contenu de leurs frigos et congélateurs. Je suis arrivée dans le quartier populaire qui longe le périphérique. Devant une école primaire, des parents se demandent comment les plus grands vont rentrer du collège ou du lycée sans métro et les nounous se demandent comment les parents vont faire pour venir chercher leurs enfants chez elle avec toutes ces rues coincées. A un angle, une équipe de trois flics est encerclée par des habitants agressifs. Ils veulent savoir quand la situation retrouvera la normale, mais les flics n’en savent rien. Ils semblent tendus. Ils ont peur. Une dame en robe de chambre, sur le pas de sa porte, discute avec une dame en bigoudis : elles se demandent ce qu’elles vont bien pouvoir faire ce soir si la télé ne fonctionne pas. Des jeunes en vélo, visiblement ravis de la situation, nargue les automobilistes en zigzagant entre les voitures. Les épiceries sont bondées de gens qui cherchent ensemble des solutions aux problèmes immédiats. Les bistrots tournent malgré l’absence d’électricité : les terrasses sont bondées de clients amusés par ce capharnaüm. Soudain, sur le trottoir d’en face, un type arrache le sac à main d’une dame et s’enfuit en courant. La dame hurle. Tout le monde la regarde. Personne ne cherche à arrêter le voleur. Pourvu que l’électricité soit rétablie avant la nuit ! En suivant les consignes que m’a donné tout à l’heure un vieil homme, je trouve enfin le pont qui enjambe le périphérique et j’arrive aux abords de la gare. Plus que vingt minutes de marche !

16H42 D’habitude les réunions se passent dans le plus grand calme et chacun attend d’avoir son tour de parole. Aujourd’hui, l’urgence soulevée par cette panne agite un peu la séance. Le maire s’en sort bien. On a vraiment bien fait de lui mettre la pression pour qu’il se présente. C’est vraiment lui le meilleur. En agitant frénétiquement la cloche de temps en temps, il arrive à orchestrer les pourparlers.

« Mes enfants sont au collège ! Il faut que j’aille les chercher, et je ne suis pas la seule !, lance une dame récemment installée au village.

– Nous avons pris les devants concernant les enfants : des bus ont été envoyés au collège et aussi aux lycées pour tous les ramener ici, lui répond l’adjoint à la scolarité. Pour les primaires, l’instituteur a accepté de rester à l’école avec les enfants : on lui résumera ce qui s’est dit.

– Est-ce que les écoles seront ouvertes demain ?

– C’est peu probable, alors considérons que non.

– On devrait passer voir la vieille ! dit quelqu’un derrière moi. Elle n’a pas voulu se raccorder au réseau municipal, mais aujourd’hui on ne devrait peut-être pas lui demander son avis !

– Qui s’occupe de ça ? demande le maire.

– J’y vais demain matin, mais j’aimerais autant que quelqu’un aille la prévenir avant, elle a toujours son tromblon à gros sel, mamy! répond l’employé municipal à l’énergie.

– J’irais demain au réveil, dis-je.

– J’y vais dès qu’on a fini ! répond l’employé municipal à l’énergie.

– Si jamais ça dure, on risque d’avoir des problèmes pour trouver du fuel. Il faudrait faire un inventaire de combien on en a au village et le rationner jusqu’à ce qu’on leur rebranche le jus. »

Au fur et à mesure de la discussion, ceux qui travaillent au bourg et qui rentrent juste au village nous rejoignent. Ceux qui sont près de la porte leur résume ce qui s’est déjà dit. La salle est maintenant comble : presque tous les habitants sont réunis. J’essaie d’imaginer comment les choses se passent à la ville. Ça doit être une sacrée pagaille ! Les questions sont posées une à une et la plupart trouvent une réponse immédiate. On adopte vite des motions d’inventaires divers et d’économies des ressources. Impossible de savoir combien de temps la situation va se prolonger. Les habitants décident à l’unanimité de se retrouver ici-même le lendemain matin. On y verra plus clair après une nuit là-dessus.

Suite 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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