15H58

13H32

15H58 Rentrer chez moi. C’est ce que j’espérais, mais pour l’instant je ne sais pas comment procéder. L’électricité n’est pas revenue donc le métro ne circule pas. J’habite à plusieurs kilomètres d’ici et je n’ai aucune idée du trajet à suivre. J’ai toujours fait ce chemin sous terre. Je n’ai même jamais regardé sur un plan : je ne sais pas où il y a un pont pour traverser le périphérique près de chez moi. Je vais rentrer en stop. Je sors du quartier piétonnier pour rejoindre une entrée d’autoroute. Aucun feu de signalisation ne fonctionne. C’est une incommensurable pagaille. Tout le monde klaxonne. Plus personne n’avance. Les trottoirs sont occupés par des véhicules que leurs propriétaires ont garés là avant de partir à pied. Des automobilistes sont descendus de leurs voitures immobilisées au milieu de la chaussée. Certains se hurlent dessus. D’autres sont assis sur le capot de leur voiture, d’autres encore papotent sans douter une seconde que l’électricité et l’ordre seront rétablis sous peu. J’arrive à l’entrée d’autoroute. Elle est aussi bouchée que la rue. Des gens abandonnent leurs véhicules sur les bas-côtés et les bandes d’arrêt d’urgence et remontent les entrées et la sortie à pied. Je m’arrête. Il ne me reste qu’une solution : rentrer à pied ! Je devrais pouvoir aller de station en station. La panne d’électricité a poussé tout le monde dehors, il y aura bien des gens pour m’indiquer la route en chemin.

15H58 J’entends une voiture qui approche. Elle se gare devant chez moi. Alors que je me dirige vers la porte d’entrée, la cloche du portail sonne. Je sors. Osmane attend devant le portail ouvert. Il n’osera donc jamais aller directement à la porte de la maison !

« Alors, ces carottes ? Demande-t-il

– Elles sont semées ! »

Osmane arbore un air grave qui ne lui est pas coutumier.

« Dis-donc, si tu es disponible, le maire demande à tout le monde de rappliquer tout de suite à la salle des fêtes. Un commandant de la gendarmerie est venu le voir, il paraît que c’est grave.

– Tu sais à quel sujet ?

– Non.

– Et bien allons-y alors !

– Je t’emmène ?

– Avec plaisir ! »

J’enfile mes bottes et je monte dans la voiture de Osmane. Nous plaisantons sur les causes probables de cette convocation qui ne pouvait attendre la réunion hebdomadaire de mercredi. Quelques minutes plus tard, nous arrivons à la salle des fêtes. Elle est déjà bondée aux deux tiers. Il y a des voitures garées partout et un peu n’importe comment tout autour. Ça n’est pas la place qui manque. Nous entrons dans la salle et prenons chacun une chaise dans le sas d’entrée. Nous nous installons en saluant nos voisins, dans le brouhaha général. Le conseil municipal est là au grand complet, debout face à la foule. Je fais remarquer à Osmane qu’ils ont tous l’air extrêmement préoccupés. Nous papotons tous jusqu’à ce que le maire agite la cloche des débuts de réunion. Le silence se fait peu à peu.

« Merci d’être venus vite !, commença le maire. J’ai des nouvelles de la plus haute importance. C’est très grave et ça ne pouvait pas attendre. »

La foule des habitants du village chuchota.

« S’il vous plaît ! » ,cria l’adjoint à l’énergie. Tout le monde se tut et le maire reprit :

« Comme je vous disais, les nouvelles sont graves, et je vais vous demander de m’écouter jusqu’au bout, nous discuterons tous ensuite, d’accord ? »

La salle approuva.

« Bien. Le capitaine de la gendarmerie de la ville nous a informé que l’électricité est coupée dans tout le pays depuis 14H12. Nous ne serions pas directement concernés si ça n’était qu’un problème technique temporaire, seulement personne ne sait d’où vient la panne. Seuls les services de l’État équipés de générateurs indépendants peuvent encore communiquer. Il semblerait que cette panne ait touché d’autres pays avant nous. Personne n’a aucune idée ni de quand ni de comment l’électricité sera rebranchée. Les services de police craignent des débordements dans les villes. Ni nos éoliennes ni notre parc de stockage ne sont touchés – je crois qu’on peut remercier les jeunes qui nous ont cassé les pieds pour que le village s’équipe – mais la situation pourrait durer et personne ne sait ce qui va se passer dans les heures et les jours qui viennent. Tout le pays est à l’arrêt. Peut-être même le monde entier. Voilà la situation à l’heure qu’il est. »

La salle reste plongée dans un profond silence pendant quelques secondes. Puis c’est l’explosion. Tout le monde veut parler, poser des questions. Le maire agite frénétiquement la cloche et propose d’attribuer la parole à chacun son tour.

Suite

 

 

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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