13H32

13H17 

13H32 Cette fois, j’ai ma carte d’accès. Je l’ai retrouvée dans mon paquet de clopes. Je finirais par la jeter sans faire gaffe. Je passe la porte. Première à droite. Je vais me chercher un café. Personne n’est encore rentré de pause. Je profite du silence climatisé de l’endroit. Mais au bout de quelques secondes, cette salle borgne m’angoisse. Je retourne m’asseoir à mon bureau. Je regarde par la fenêtre. Béton et bitume. Soupir. Voilà la standardiste qui entre. C’est mon jour de chance : deux dossiers n’ont pas atterri sur le bon bureau ce matin, ils sont pour moi. Les collègues rentrent de pause en troupeau. Et chacun de retourner à sa place dans un brouhaha d’écoliers. Je boucle les deux dossiers. Soudain un miracle se produit. 14H12 Une coupure d’électricité. Pourvu qu’elle dure ! Je pourrais rentrer ! Les minutes s’égrainent. Ceux du bureau d’à côté viennent ici puisque c’est là qu’est le chef. Le chef doit tout savoir. Tous pestent, râlent, couinent parce qu’ils ne peuvent plus travailler. Je ne dis rien. J’observe le défilé depuis mon bureau, les mains derrière la tête, les pieds croisés sur le bureau. On dirait un poulailler où vient d’entrer un renard. Le chef tente un coup de fil à la compagnie d’électricité. Il n’y a pas de tonalité. Panique à bord. Quelqu’un propose d’aller voir s’il y a de l’électricité dans les immeubles alentours. Tout le monde sort. Je profite de l’occasion d’aller regarder un coin de ciel bleu. Dehors, c’est la panique. Nous comprenons vite qu’il n’y a plus d’électricité dans le quartier. La bouche de métro vomit sa cargaison de passagers. Le centre commercial exsude des clients vociférants, dont quelques-uns qui s’enfuient en courant, les bras chargés. Les employés de tous les services alentours sont descendus sur la place et dans les rues attenantes. Le chef décrète que nous pouvons rentrer chez nous.

13H32 Je vais chercher le sécateur et j’éclaircis la mélisse. L’air s’emplit d’une odeur citronnée. Je jette les coupes au compost et retourne dans la maison. J’ôte mes bottes et passe à la salle de bain. Je me frotte les mains, me rince d’une douche fraîche. J’enfile une robe longue et légère et je passe au bureau. 14H08 Je relis mes notes et reprends le passage du livre que je voudrais réécrire aujourd’hui. « … et il y eut un grand tremblement de terre. Le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune entière devint comme du sang, et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre, comme les figues vertes d’un figuier secoué par un vent violent.Le ciel se retira comme un livre qu’on enroule et toutes les montagnes et les îles furent écartées de leur place. Les rois de la terre, les grands, les chefs militaires, les riches, les puissants, tous les esclaves et les hommes libres se cachèrent dans les cavernes et dans les rochers des montagnes. Et ils disaient aux montagnes et aux rochers: «Tombez sur nous (…) »

Il y a peu de travail sur ce passage. Hormis que de nos jours on n’enroule plus les livres. Je poursuis ma tâche jusqu’à l’heure du thé.

Suite 

 

 

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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