L’Auberge de la Bonne Fortune

Parmi tous les pauvres hères que compte le pays – colporteurs et camelots, ouvriers agricoles allant de ferme en ferme, conteurs et prostituées, mendiants, vagabonds et diseuses de bonne aventure, évadés, fous errants, recherchés – nul n’ignore l’existence de l’Auberge de la Bonne Fortune et tous connaissent ses règles tacites.

C’est un drôle d’endroit : à l’écart de la route d’où il est invisible, on y vient par un chemin tortueux. Il faut passer un petit bois, puis enjamber un ruisseau avant d’arriver à la bâtisse. Construite sur un chemin en pente, son rez-de-chaussée est presque en sous sol. A regarder le bâtiment, on ne peut que se demander si les deux étages qui le chapeautent ne sont pas trop lourds pour lui.

Les murs sont faits de tout ce qu’on a trouvé : bois, briques et pierres tiennent ensemble avec un mélange de terre et de paille. Son toit est couvert de mousse, et quelques tuiles manquantes ont été remplacées par un tissage de branches sèches savamment entremêlées.

Toutes les gouttières sont percées si bien que quand il pleut, on ne peut passer la porte sans franchir une cascade. Parfois, un rire ou un cri accueille le voyageur.

Derrière la porte, on descend quelques marches et une vaste salle accueille ceux qui n’ont pas encore de lit attribué. Près de la cheminée est installé un bureau de fortune où la première sœur reçoit les nouveaux arrivants. Après leur avoir offert du thé et pris de leurs nouvelles, elle consulte son registre à la recherche d’un lit disponible.

Au premier étage on trouve une vaste cuisine. Sur la cuisinière à bois trône toujours une immense marmite de soupe pour ceux qui arrivent entre les repas.
Avant le déjeuner comme avant le dîner, quelques occupants des dortoirs du dernier étage se joignent à la seconde sœur pour confectionner un repas pour tous grâce aux ingrédients qu’ont déposés les voyageurs. Tous dînent ensemble, assis là où ils peuvent, et parfois même debout. Après avoir mangé, chacun lave ses couverts tandis que la deuxième sœur s’occupe des marmites.

Chaque matin, une équipe se forme pour nettoyer l’auberge sous la férule de la troisième sœur tandis qu’une autre lave les draps avec la quatrième.

Ici, on ne paie rien et l’on reste tant qu’on veut à l’unique condition de participer à tout et de fournir la cuisine du mieux qu’on peut.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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