Deux Mondes.

Les conducteurs roulent vite pour arriver plus vite au travail. Ils roulent vite pour aller chercher les gosses à l’école. Ils roulent vite pour rentrer à la maison. Ils accélèrent encore pour ne pas avoir à regarder ces femmes qui lavent les pare-brises au feu rouge.

Les gens marchent vite.

Ils courent pour attraper la rame de métro. Ils courent pour retrouver l’air libre. Ils courent pour acheter. Ils courent pour vendre. Ils courent pour ne pas regarder l’alignement de pauvres qui tendent la main devant les distributeurs de billets.

Ils ne se regardent pas. Ils ne se parlent pas. L’un n’existe pas pour l’autre. Et pourtant ils arrivent, dans leur course frénétique, à ne jamais se heurter: ils ne se touchent pas.

Tout est cacophonie. Les moteurs vrombissent, les camions font trembler les fenêtres, les téléphones sonnent et les gens qui y répondent parlent fort.

Caméras de vidéosurveillance. Cette rame peut être écoutée. Agents de sécurité. Police. L’espace public est verrouillé.

Bitume, bitume, bitume et arbres en cage.

L’air est poisseux, poussiéreux: pas de vent pour le balayer. Oxydes de pots d’échappement qui brûlent la gorge.

La petite ville est perdue dans la brume au fond de la vallée.

Sur le marché, la vendeuse de fromage a réservé ses crottins de chèvre les plus secs pour le monsieur à la grosse moustache: ce sont ceux qu’il préfère. Le garde champêtre cherche le propriétaire du gros chien marron qui coure après les ballons sur le stade, ce qui fiche une sacrée pagaille. Le voilà justement qui arrive en courant: il le cherchait. Les gamins connus de tous pour dealer un peu de shit dans le square aident leur vieille voisine, celle qui nourrit les chats du même square, à porter ses courses.

L’assistante sociale essaie encore une fois de convaincre le clochard de la poste de venir la voir dans son bureau, mais il ne veut rien savoir.
Un rassemblement s’est formé autour du stand de l’apiculteur: les habitants ne sont pas contents de la récente décision du maire de clôturer le parc. Pas plus tard que le lendemain, il recevra une pétition, et il a intérêt à accueillir la délégation des mamans en colère qui la portera.

Le patron du bar engueule son pilier habituel qui a salopé les toilettes. Ça fait un peu l’animation, chacun prend position, et le pochetron sera interdit de comptoir pour la semaine.

Ca papote dans tous les coins. De temps en temps passe une voiture au ralenti. La boulangère court: elle a un train à prendre.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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