Conte avec deux ogres, des cancres, une princesse laide et un petit garçon en baskets

Théodore avait passé trois semaines dans le ventre d’un ogre. Alors que les sucs gastriques du monstre avait à peine entamé le caoutchouc de ses baskets, un vaillant chevalier était venu éventrer celui qui l’avait gobé sans même le mâcher et l’avait ainsi libéré.

Le monstre avait longtemps hanté la région, avalant régulièrement un écolier qui avait fait l’école buissonnière, et le roi local avait promis la main de sa fille au premier qui rapporterait l’immense tête de l’ogre. Le chevalier regretta son courage quand il constata que la princesse était sans doute la fille la plus laide qu’il lui eut été donné de voir.

Quand à Théodore, il ne voulait pas rentrer chez lui car ayant séché les cours, il craignait bien plus les représailles de sa mère que l’estomac de tous les ogres de la terre. Compatissants l’un pour l’autre, Théodore proposa au chevalier d’être son écuyer et ce dernier accepta. Le chevalier devenu prince acceptait toutes les missions qui pouvait l’emmener loin de sa princesse.

Il participa à toutes les croisades, à toutes les conquêtes et évitait de revenir au château quand un état de siège se profilait. Partout, Théodore le suivait. Bientôt, les effets de la disparition de l’ogre se firent sentir : les écoliers constatant qu’ils ne craignaient plus rien à ne pas aller à l’école ne s’en privèrent pas, tant et si bien que tous les professeurs de la contrée présentèrent leur démission au roi. Et le roi s’inquiéta. Qu’adviendrait-il de son pays si plus personne ne savait lire, écrire et compter ? Furieux, il convoqua son gendre et lui parla ainsi :

« Tu as tué l’ogre et maintenant nos écoles sont vides. Puisque tu sembles aimer les aventures, je te préviens : si tu ne trouve pas très vite un remplaçant pour celui que tu as tué, tu seras consigné dans les murs du château ! »

Le prince, dépité, raconta cette entrevue à son fidèle écuyer.

«Que vais-je devenir ? Je vais être obligé de passer le restant de mes jours avec cette princesse aux grandes dents, qui en plus chante terriblement faux ! Je vais devenir fou !

– Et bien, proposa Théodore, partons sur le champ à la recherche d’un ogre !

– Mais comment le convaincre de venir dévorer les enfants d’ici, alors qu’il y en a déjà de très bon chez lui ?

– J’ai mon idée. Partons sur le champ ! »

Et c’est ainsi qu’ils prirent le chemin du royaume voisin. Ils ne mirent que peu de temps à apprendre où l’ogre local avait ses habitudes. Ni que le roi de ce royaume promettait lui aussi la main de sa fille à quiconque le débarrasserait de son ogre. Et le prince put constater que cette princesse là était la plus jolie qui soit. Alors, Théodore dit à son maître :

« Voilà mon idée : je vais convaincre l’ogre de me suivre jusque chez nous. Je raconterais à ton beau-père que tu as péri dans la bataille, non sans vaillance, et tu seras ainsi délivré d’une princesse laide pour pouvoir en épouser une jolie. En échange, le roi m’accordera bien quelques terres, et nous pourrons tout deux vivre en paix ! »

Le prince trouva l’idée grandiose et fut même un peu jaloux de ne pas l’avoir eu lui même. Théodore alla au devant de l’ogre :

« Attends avant de me manger ! J’ai une proposition à te faire ! »

L’ogre n’était pas très intelligent, mais il était curieux et donc il écouta.

« Je viens d’un pays où plus aucun enfant ne va à l’école. Il y a là bas de quoi faire un banquet pour tous les ogres de monde. Et dans ce pays, les enfants se nourrissent de sucreries et de hamburgers. Ils sont gras à souhait. Et pourtant, là bas, il n’y a pas d’ogre. Si tu promets de ne pas me dévorer en chemin, je t’y emmène! »

Bien sûr, l’ogre alléché accepta. Quelques jours après son arrivée, et après qu’il eut dévoré une demi-douzaine de cancres, toutes les écoles rouvrirent : les professeurs étaient heureux, et le roi satisfait. Bien sûr, la princesse fut un peu triste, mais cela ne dura que jusqu’à ce que son père oblige le pauvre capitaine de gendarmerie à l’épouser. Heureusement pour lui, le brave homme était sourd. Quand à Théodore, le roi lui donna, pour le récompenser, une immense ferme et des terres où il put prospérer. Quand au prince, on sait qu’il a fuit son nouveau château quand il s’aperçut que la princesse était aussi bête que jolie.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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