Celui qui ne se posait aucune question

    Il avait une tête toute ronde, rougeaude, avec un tout petit nez au milieu, un crâne chauve qui lui donnait plus   encore un aspect lunaire et des yeux bleus. Enfin, l’un de ses yeux était naturellement bleu. L’autre, en verre, était plutôt translucide. Il fallait un certain temps pour s’habituer à la fixité d’un globe aux couleurs délavées, mais quand on l’oubliait et qu’on plongeait dans son oeil valide, on découvrait un pétillement facétieux inextinguible.

Sur son avant bras droit, un tatouage de jeunesse, bleu, étalé, déformé par le temps et le corps qui s’était musclé avant de grossir, avait fini par transformer une jolie jeune femme en grosse matrone rassurante.

Sur son avant bras gauche, une ancre marine, sous le même effet de la vie qui passe, avait gagné en fiabilité dans sa tâche: plus ample et massive, elle aurait freiné un tanker dans sa nage.

Il avait le ventre aussi rond que sa tête, et il semblait que toute sa gentillesse débordait autant qu’elle pouvait par où c’était possible.

Il parlait peu mais toujours pour poser une vérité définitive aussi évidente qu’oubliée de tous, avec les mots les plus simples qui soient, à condition toutefois de comprendre son argot patoisant.

Il avait élevé un nombre inconcevable d’enfants, dont la plupart n’était pas de lui, mais avec pour chacun une inconditionnelle tendresse.

Il savait tout faire, tout réparer, tout récupérer et le faisait pour tous ceux qu’il croisait. S’il lui avait fallu trouver de quoi nourrir mille personnes, il l’aurait fait. Il méconnaissait parfaitement le sens du mot problème: il n’y avait pour lui que des évènements auxquels il fallait s’adapter. De fait, il n’avait pas plus le sens de la prévoyance: il vivait dans un perpétuel présent.

Et il était contagieux.
Ne s’inquiétant jamais de rien, il était rassurant. Traitant les déconvenues avec nonchalance, ils les rendaient irréelles.

                                                                                                                                                                     En sa présence, on pouvait régresser et grandir.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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