Celle qui avait guérit.

Tout a commencé un jour d’été écrasant de chaleur. Il s’était arrêté dans sa tâche et l’avait regardée venir de loin. Elle portait des verres fumés, pourtant c’est au moment où elle le regarda qu’il porta la main au bord de son chapeau et inclina la tête. Elle répondit par un hochement de tête et un sourire et continua son chemin.

Le lendemain, elle le croisa de nouveau au bord de la rivière. Il était allongé dans l’herbe. A son passage, il se releva sur un coude et lui fit signe en souriant d’approcher. Elle s’exécuta, ils se présentèrent et elle s’allongea elle aussi en s’appuyant sur un coude. Ils fondirent immédiatement leurs pensées en organisation qui devait donner lieu dès le surlendemain à des festivités.

Le jour suivant, elle accepta une invitation à dîner, mais elle avait au réveil oublié toute la soirée. Elle avait beau se concentrer, elle ne voyait qu’au travers un filtre doux et cotonneux. Il n’y avait pas d’images, seulement des sensations, comme si elle avait passé la soirée les yeux fermés avec chaque pore de la peau pour seul organe de vision. Parfois des mots se glissaient entre les sensations.

Les mots étaient précautionneux mais fermes. Et en fonction d’eux, les sensations évoluaient entre le très pénible et le sublime. Elle avait rit. Elle avait pleuré. Voilà ce dont elle était sûre.

Quelque chose avait changé. Elle n’avait pas peur de cette défaillance mémorielle et cette absence de peur était tout à fait nouvelle. Elle accueillie la bande vierge du film de cette soirée avec une désinvolture et une légèreté qu’elle n’avait jamais éprouvées. Sa gorge semblait libérée d’un poids, et un nœud avait disparu de ses entrailles. Elle se leva et se rendit à la salle de bain. Elle s’étira et constata que sa respiration était plus ample et son dos s’était redressé sans effort particulier. Elle prit une douche fraiche puis se regarda dans le miroir. Un grand sourire illumina un visage qu’elle n’avait jamais vu encore, un visage dont on ne voyait que de grands yeux joyeux avant de percevoir toute la douceur qui s’en dégageait. C’était le plus beau visage qu’elle n’avait jamais vu et c’était le sien.

Ils s’activèrent le lendemain autour de la fête, se croisèrent dans la cohue, échangèrent quelques sourires. Alors que la fête battait son plein, il s’approcha d’elle et s’excusa.

« Tout ça n’était pas parfait, c’est un peu embêtant. »

Quand il eut dit ces mots, elle sentit qu’il y avait un petit quelque chose qui coinçait. Ses entrailles s’étaient serrées, et elle respirait un peu moins bien. Sans savoir de quoi exactement, elle le remercia chaleureusement, puis quitta la fête.

Le chemin du retour fut pénible. Ce qui avait été dompté la veille n’avait pas dit son dernier mot et s’arc-boutait en elle, tentait de ressurgir par toutes les plaies si fraichement cicatrisées. Rentrée chez elle, la lutte dura une bonne partie de la nuit entre ce qu’elle fut jadis et ce qu’elle était devenue. Quand la lune fut haute, elle se leva, s’appuya sur les rebords de la fenêtre ouverte, inspira lentement, profondément, autant d’air qu’elle pu et hurla à la lune sa libération.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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