Graphouillage à deux cerveaux.

Partie 1: Par Nedjil Tanbelard

Rien ne me paraissait évident. Le vertige m’assaillait et la peur me tétanisait. Pourtant j’observais de très prés cette chèvre énergique d’un œil assez serein. Elle n’avait rien à faire ici, moi non plus, elle n’était qu’un élément de frayeur supplémentaire. « Beee Beee ». Je ne reculais pas, je déduis donc, sans trop de métaphysique complexe que « j’avançais ». Ce vide me pétrifiait, j’étais physiquement raide, mentalement figé. Je tremblais beaucoup, beaucoup trop, je ne maîtrisais plus mon corps, j’étais trahi par mon unique ami. Je le vivais sincèrement très mal.

Trembler et être statufié: les contradictions envahissaient également le champ physique, outrepassaient mes limites de l’insupportable. Le ciel, de sa couleur jaune, ne me donnait aucune impression, aucun sentiment ne pouvait traduire ma vision vraisemblablement altérée. Habituellement, la mélancolie ou le lyrisme m’attachaient dés lors qu’un paysage s’érigeant au centre de l’environnement observé suivait le parcours fléché de mes sens, intelligemment transmis de ma rétine jusqu’à ma cervelle déterminée.

La chèvre faisait « beee beee », le lama se dandinait. Je ne l’avais pas vu tout ceci au départ, je ne voyais pas grand chose d’ailleurs. Un lama, c’est assez étrange: Un genre d’âne mais en plus esthétique. Mes mains sont longues. Je pouvais toucher le sol en restant debout, je pouvais toucher le ciel d’un subtil mouvement de l’index. Un pouvoir nouveau, dans un registre beaucoup moins respectable, autorisait à me gratter toute partie du corps (le mien ou un autre) sans une once d’effort.

J’ai mal. J’ai mal au bout du pied gauche (le pied droit va bien, soit dit en passant). J’ai mal mais je ne sais pas trop d’où la douleur tire son énergie. Ce ciel jaune est une chose acceptable. J’en avais assez du bleu. Je me suis cogné, j’ai mal. J’ai la douleur, j’ai l’impression de cette douleur, mais je n’en aperçois rien…J’ai un hématome, bleu violacé très joli, j’ai la chair meurtrie et mécaniquement : Les rouages suivent leurs progressions. Ça tourne, ça tourne, ça tourne. Un poil me gène. Il me dérange. Il n’a rien faire ici. Il m’agace. Je n’étais pas préparé.

Mais le lama me fixe, la chèvre s’est barrée. Et moi: j’ai peur. Ce vide n’a rien à faire ici ! Il me veut du mal, je n’ai pour lui qu’un sentiment de dégoût et de haine profonde. Mais quel bruit peut me réveiller ainsi ? Quel choc physique issu de ce monde réel venu jusqu’à mon ouïe sensible possède ce pouvoir de gêne irrespectueux de mon repos ? Le lama, il commence à me faire chier. J’ai cogné un mur, j’ai la main en sang. J’avais une envie de mourir, mais je n’ai seulement donné qu’un membre à la mort.

J’ai cogné un mur. Le mur, contrairement au lama, n’a rien dit. Il n’a rien fait d’ailleurs. J’ai mal un peu, j’ai un peu mal, mais surtout :un peu partout. J’ai une dette, j’ai un vertige, j’ai peur et j’ai froid. J’ai un ou plusieurs animaux à proximité, un crapaud, soudainement apparu, laisse poindre le bout de sa chair humide et poisseuse (quoique, je ne l’ai pas touché…Je m’avance beaucoup concernant le jugement que je lui porte). Il est moche, il est petit et gras…Il s’approche, il n’a aucunement peur lui. Il arrive à me faire fuir. Et je suis bien plus haut, bien plus en l’air et j’ai encore bien plus de craintes. Je crois, et loin de moi l’idée d’accentuer la sensation, que je souffre sans trop savoir l’exprimer. Il arrive depuis le ciel jusqu’à mon entité physique (ainsi que de mes comparses lama, crapaud et chèvre) des flocons. Des flocons quantiques. Je ne détermine rien de visuellement explicable en eux.

Un métal mêlé de gaz les compose, ou bien, un liquide mêlé de cendres. Comble de la déception: Ils ne sont aucunement doté de la faculté de m’éblouir. Ils tombent, ternes et froids (mais je ne ressens pas leurs températures, donc ils ne sont même pas froids: La frustration tombe du ciel). J’ai essayé de parler à un arbre. Cet arrogant s’est gentiment dandiné de la richesse de ses feuilles, quel hautain, quel connard. La prochaine fois, je m’abstiendrai.

Partie 2, par Tagrawla Ineqqiqi

« Vous me convoquerez l’accessoiriste et le décorateur. Ha oui ! Tant que j’y pense ! Je veux voir également dans mon bureau les responsables synaptiques.

– Oui chef ?

– On ne peut décemment pas continuer comme ça. Chacun y va de sa fantaisie, et ça commence à sérieusement manquer de discrétion. Une chèvre, passe encore : ça reste dans la limite du crédible, mais enfin : cette débauche polychrome, et je ne parle même pas des animaux exotiques, là, sérieusement : ça va commencer à se voir ! C’est une nouvelle mode, de tiédir ainsi les sensations ? De jouer du piston à trouille ? Est-ce que vous vous rendez compte que ces choses là doivent être dosées des plus savamment, sous peine de voir le sujet s’évaporer ? Il ne manquait plus qu’un serpent, trois araignées et un chien enragé, et on avait la totale ! Vous êtes des irresponsables, de sales gosses à qui on a confié des outils trop élaborés pour eux ! Des égoïstes à mille lieues de la responsabilité ! Je ne suis pas content, mais alors : pas content du tout ! Des millénaires que nous passons inaperçus, et voilà qu’une bande de drilles se décide à jouer à l’humour potache ! C’est pourtant une affaire sérieuse, que la nôtre ! Si chacun y va de sa petite idée imaginative, nous aurons sous peu des oiseaux du paradis qui jacasseront sur des pruniers géants sur fond de ciel vert et ç’en sera définitivement fini de notre réputation de rigueur et de sérieux ! Au fait ? Où est le responsable des symboles ? Le seul qui continue à faire son boulot sérieusement : à croire que de nos jours seuls les vieillards savent encore travailler proprement. Je vais être très clair : le prochain qui ne joue pas le jeu, je l’expulse de la partie et il devra se trouver une autre équipe. Et les places ne courent pas les rues ! Retournez tous au boulot, et plus de blague cette fois ci ! Reprenez les bases, les fondamentaux, et trêves de psychédélisme hâtif ! Rompez !

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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